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........................................Petite note sur la « poésie pure ».

 

Pour réfuter et ridiculiser la thèse célèbre de l'abbé Bremond qui prônait la « poésie pure » et prétendait que la beauté d'un vers pouvait tenir à sa seule musicalité indépendamment de tout sens, il suffit de se livrer à une expérience très simple qui consiste à prendre un vers célèbre et à en remplacer les mots par d'autres qui leur ressemblent le plus possible du point de vue des sonorités, de façon à détruire le sens du vers tout en lui conservant le plus possible sa musique originelle.

En guise d'exemple, je prendrai tout d'abord le vers célèbre de Mallarmé :

............Le vierge le vivace et le bel aujourd'hui

que Raymond Queneau a transformé en : :

............Le liège le titane et le sel aujourd'hui.

Bien d'autres solutions seraient possibles et l'on pourrait respecter encore davantage que ne le fait Queneau les sonorités du vers de Mallarmé.Il ne s'est proposé, en effet, que de conserver les mêmes voyelles sans se soucier des consoones. Je suggère donc de remplacer plutôt 'vierge' par 'cierge ' et 'vivace' par 'vivat'.

Mais peu importe que l'on transforme

............Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui

en :

............Le liège le titane et le sel aujourd'hui.

ou en :

............Le cierge le vivat et le sel aujourd'hui.

Car le résultat est le même : on avait un beau vers, et l'on a plus rien. Dénué de sens, un vers, si musical qu'il puisse être, est dénué de tout intérêt. Un vers qui ne veut rien dire, ne dira jamais rien à personne.

Afin de conserver plus fidèlement les sonorités du vers de Mallarmé et rendre ainsi la démonstration encore plus probante, on pourrait d'ailleurs ne changer qu'un seul mot et transformer, par exemple, le vers en :

............Le vierge le vivace et l'obèse aujourd'hui.

En remplaçant seulement « le bel » par « l'obèse », on ne modifie que très légèrement la musique du vers, mais l'effet de cette épithète si parfaitement incongrue et qui s'accorde si mal avec celle qui la précède, « vivace », est tout à fait dévastateur.

Au lieu de le simplifier, on peut aussi, pour compléter la démonstration, compliquer l'exerice en essayant, tout en préservant au mieux la musique du vers, de lui conserver un sens, aussi éloigné que possible du sens originel. L'expérience sera particulièrement significative, si l'on choisit un vers spécialement poétique tant par sa musicalité que pas son contenu. Il conviendra alors, en changeant le moins possible les sonorités, de lui donner un sens aussi prosaïque, aussi trivial que possible. C'est ce que j'ai essayé de faire en transformant le vers célèbre de « Booz endormi »:

............Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèles

en :

............Un pet parfois sortait des fesses d'Asmodée.

Le résultat me paraît tout à fait concluant  : la musique du vers a beau être assez bien conservée, on ne la perçoit plus. La trivialité du contenu nous rend insensibles à l'harmonie des sonorités.

 

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