Assez décodé !
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....................Préface

 

Nous avons réuni ici, sous un titre qui donnera enfin aux doctes qui aiment tant à décoder, l'occasion de le faire à bon escient, quelques articles déjà publiés [1] ou inédits. Ils ont en commun d'avoir été dictés par la colère, même si le contenu en est le plus souvent comique, en raison de l'extrême sottise des "lectures" que nous avons choisi de commenter. Cette colère explique que le ton de ces pages soit d'une vivacité que certains jugeront excessive, à commencer bien sûr par ceux que nous avons pris pour cibles. Mais, quelques termes qu'on emploie, quand on reproche aux gens de dire des sottises, ils ne veulent jamais nous croire et ils ne sont pas contents. Et, si les doctes d'aujourd'hui n'ont que dédain pour la vieille idée de « l'homme éternel », ils consentent à se conformer, sur ce point du moins, à l'une des constantes les mieux établies du comportement humain. D'ailleurs moins que beaucoup d'autres ils pourraient y échapper, puisque à l'évidence le trait le plus marquant de leurs différents 'travaux', le commun moteur de leurs diverses 'méthodes', le principe directeur de leurs divagations et le ressort de leurs sornettes, n'est autre que l'outrecuidance.

Ce fut pendant bien longtemps le privilège des philosophes que de pousser la présomption jusqu'à son point extrême et Jean-François Revel a fort bien résumé ce qui constitue l'intime conviction d'un philosophe authentique, à savoir que « l'humanité ne commence vraiment à penser qu'avec lui [2]». Mais, s'ils ne sont aucunement disposés à renoncer à une pratique que leur a enseignée leur maître Platon et qui, il faut bien le reconnaître, a beaucoup fait pour leur prestige, ils doivent être bien dépités de constater que de tous les côtés on s'est mis à les imiter. Combien de psychologues, de sociologues, d'historiens, de linguistes, et, plus encore, de pédagogues, sont profondément convaincus que tout, dans leur discipline, est à réinventer et qu'on n'attendait qu'eux pour le faire ! Pourtant c'est dans la critique littéraire, nous semble-t-il (peut-être parce que nous connaissons plus mal les autres disciplines), que les cuistres de notre temps ont le mieux réussi à reculer les bornes de l'outrecuidance. Si les philosophes sont persuadés que jamais personne n'a su penser avant eux, la coterie des critiques de choc est profondément convaincue que jamais personne n'a su lire avant eux. Cela n'empêche pas qu'ils ne cessent de se contester réciproquement les résultats de leurs diverses 'lectures' et qu'ils ne sont guère d'accord au total que sur deux points : tous considèrent les écrivains comme des crétins (aucun d'eux n'a jamais vraiment compris la signification profonde de ce qu'il avait écrit) et tous estiment que les critiques (mais seulement ceux qui partagent ce point de vue) doivent être considérés comme de véritables écrivains. Qu'il est dommage que nous ne puissions leur accorder le premier point ! Combien volontiers alors leur eussions-nous concédé le second !

En battant, en effet, tous les records d'outrecuidance, ils ont battu en même temps tous les records d'extravagance. Comment s'en étonner ? Quand on prétend donner une interprétation entièrement nouvelle de n'importe quel texte, même des plus clairs, des plus connus, des plus commentés, de ceux que tous les lecteurs, depuis des siècles, ont sans le moindre effort compris de la même façon, il n'est d'autres recours que le sophisme, d'autre ressource que la sottise, d'autre recette que la sornette. Pour révolutionner la 'lecture' des textes, le contresens total est la seule méthode vraiment complète; c'est aussi la plus commode et la plus courte. Sans compter que c'est en même temps le meilleur moyen d'éblouir les jobards. Les médecins de Molière avaient fort bien compris que, pour paraître profond et savant aux imbéciles, il suffisait de tourner le dos à l'évidence et de prendre le contre-pied du bon sens. Ils avaient fort bien compris que, devant un malade qui ne sort pas du coma, dont le pouls est d'heure en heure plus faible et plus irrégulier, dont la respiration s'arrête de plus en plus souvent et reprend de plus en plus difficilement, le médecin qui s'en inquiète ne peut faire autant d'impression que, si voyant passer d'un pas allègre un jeune athlète qui vient de battre un record, il fronce le sourcil et dit à mi-voix en hochant gravement la tête : « Il n'en a plus que pour trois jours ». Aussi feignaient-ils de ne s'inquiéter que devant la santé la plus éclatante et de n'être rassurés que par les progrès de la maladie. Sganarelle, dans Le médecin malgré lui, répond à Jacqueline qu'il voudrait bien examiner et qui lui, déclare se porter le mieux du monde : « Tant pis, Nourrice, tant pis. Cette grande santé est à craindre [3]». En revanche, lorsque Géronte vient se plaindre que sa fille se trouve « un peu plus mal » depuis qu'elle a pris son remède, il le rassure aussitôt : « Tant mieux : c'est signe qu'il opère » et, Géronte, répliquant : « Oui, mais en opérant, je crains qu'il ne l'étouffe », l'optimisme de Sganarelle ne connaît plus de bornes : « Ne vous en mettez pas en peine, j'ai des remèdes qui se moquent de tout et je l'attends à l'agonie [4]». Bien sûr, pour pouvoir affirmer, comme il le fait, que le foie est à gauche et le cœur à droite [5], il faut savoir lâcher quelques mots de latin, se gargariser de galimatias et invoquer gravement le nom d'Aristote. Mais, de nos jours, pour habiller ses balivernes et abriter ses fariboles, plus n'est besoin de latin : on a la linguistique et son sabir abominable qui fait saliver les jobards; et pour les faire baver d'aise, plus besoin d'Aristote : il y a Roland Barthes.

 

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Ah ! certes, si l'on nous accordait une année sabbatique, combien volontiers écririons-nous sur l'auteur de S/ Z et du Roland Barthes par Roland Barthes dans la collection « Ecrivains de toujours », un Roland Barthes / ras le bol qui pourrait être le premier titre d'une collection « Cuistres de notre temps ». Car aujourd'hui, dans l'art d'ébahir les jobards par un mélange habile de sabir et de fariboles, incontestablement le maître est Roland Barthes. Qu'un esprit aussi confus puisse, aux yeux de beaucoup, incarner la lucidité, qu'un esprit aussi fumeux soit regardé comme l'un des Phares de notre temps, que l'avant-garde ait choisi pour chef de file un esprit aussi fuyant, rien n'illustre mieux la crise actuelle de l'esprit critique. Nul, en effet, n'a contribué plus que lui à faire avancer du même pas le galimatias et la divagation, à faire passer les pires élucubrations pour des 'lectures' très subtiles, à rapprocher l'activité du critique de celle de la pythonisse, en réduisant les textes à n'être plus que des sortes de boules de cristal et de marc de café où l'on peut voir tout ce qu'on veut.

Mais, non content d'être un semeur de sornettes, un brasseur de fariboles, un levain de balivernes, Roland Barthes est persuadé que, par ses contresens sur Racine et ses élucubrations sur le S de Sarrasine et le Z de Zambinella [6], il contribue grandement à la marche en avant de l'humanité. Et, à la suite du Maître, il n'est point de foutriquet qui ne confère aux foutaises qu'il publie dans Poétique ou dans Littérature, une portée révolutionnaire. Leur amour-propre a tout à y gagner et particulièrement quand ils sont attaqués. Il est certes plus flatteur, pour celui qui se voit critiqué, de se dire que c'est à cause de son audace, plutôt que de sa sottise, à cause de ses idées révolutionnaires, plutôt que de ses lubies ridicules, parce qu'il a exprimé des vérités explosives, plutôt que des stupidités extravagantes. Cela permet en même temps de ranger une fois pour toutes le contradicteur dans la catégorie des barbons radoteurs, des ganaches rétrogrades et des badernes réactionnaires.

C'est pourquoi nous tenons à dire que l'extrême sévérité des jugements que nous portons sur la plupart des travaux de ce que l'on appelle la 'nouvelle critique', n'est motivée que par des arguments purement rationnels. Nous n'attaquons que des tocards; nous ne pourfendons que des foutaises; nous n'avons d'autre cible que la sottise. Ce que nous défendons, c'est l'attention aux textes, la rigueur et la logique; ce n'est ni le respect du Passé, ni la Tradition, ni l'Ordre [7]. Rien, au contraire, ne nous réjouit autant qu'un écrit vraiment corrosif. Mais aussi rien ne nous irrite autant qu'un cuistre creux qui croit briser tous les carcans parce qu'il fait des contresens. Comme si des balivernes pouvaient être libératrices ! comme si des sornettes pouvaient être corrosives ! et des sottises, subversives !

Et, puisque nous avons choisi, parmi les diverses 'lectures' élucubrantes que nous offre la critique actuelle, de tourner en ridicule celles surtout qui, s'inspirant de la psychanalyse, tendent à donner une signification érotique aux textes qui semblent s'y prêter le moins, nous tenons à bien préciser les raisons de ce choix. La première tient à la fréquence de ce type d'interprétations, fréquence qu'il serait facile d'expliquer par la mode, et cette mode elle-même par sa commodité : le 'chercheur' sait d'avance, du moins en gros, ce qu'il doit trouver et, en faisant intervenir « l'inconscient » aussi pratique que le « mystère » pour le théologien chrétien, il jugera d'autant moins nécessaire de démontrer ses affirmations qu'elles seront plus arbitraires et plus absurdes. La seconde raison de notre choix, et la plus importante - mais ceux que nous prenons à partie pourraient bien la méconnaître - réside dans la valeur comique de ce type d'exégèses. Profitons de l'occasion pour rendre hommage aux mérites, inconscients mais très réels, de nos adversaires. A tant faire, en effet, que de dire des sottises, au moins qu'elles divertissent ! D'autres 'approches' des textes peuvent assurément nous en éloigner tout autant, sans nous apporter le même dédommagement. Pour ne prendre qu'un seul exemple, les analyses que Lucien Goldmann a consacrées à Racine, sont tout à fait arbitraires mais bien peu amusantes, totalement fausses mais passablement fastidieuses : le lecteur de Racine n'y apprend rien et celui de Goldmann s'ennuie [8].

Mais il ne s'agit aucunement pour nous de défendre les bonnes mœurs ni de venger la morale outragée. Bien loin que nous soyons hostile à la libéralisation des mœurs, elle nous paraît constituer l'un des aspects les plus positifs de l'évolution de la société. Dans la nuit où nous sommes, comment pourrions-nous contester à qui que ce soit le droit d'essayer d'être heureux comme il le peut et de prendre son plaisir là où il le trouve, pourvu seulement qu'il respecte toujours la liberté d'autrui. Aussi notre position en matière de morale sexuelle rejoint-elle exactement les principes définis par M. Robert Joly dans une conférence donnée à l'Union Rationaliste en mai 1967 [9]. Il y affirmait notamment ceci : « La morale sexuelle n'a pas à être spécifique. Déclarer mauvaises en soi les relations préconjugales, la masturbation, l'homosexualité, c'est introduire de la spécificité. Scrupuleusement appliqué, le principe qui interdit de faire du tort à autrui suffit à construire, hic et nunc, une morale sexuelle comme d'autres aspects de la morale [10]».

D'ailleurs les divagations dont nous nous sommes diverti, atteignent un degré d'extravagance tellement grotesque qu'il n'est point besoin d'être rigoriste pour en faire des gorges chaudes. Lorsque M. Philippe Lejeune [11] nous propose de voir, dans la description du clocher de Combray, l'évocation d'un sexe masculin en érection, ce n'est pas faire preuve d'angélisme que de rire aux anges de ce phallus étrange et sonnant l'angelus. Lorsque M. Michel Picard [12] considère comme un cadeau phallique la jambe de bois que Madame Bovary offre au malheureux Hippolyte devenu unijambiste, ce n'est pas amputer la nature humaine de sa dimension sexuelle que de se gausser de ce phallus lymphatique qui reste toujours de bois devant les spectacles les plus lascifs, évitant d'ailleurs ainsi à son propriétaire de se retrouver par terre. Lorsque M. Pierre Caminade [13] nous explique gravement que, dans « Booz endormi », Victor Hugo a pris soin de mettre le mot « moabite »; à la rime pour nous préparer à voir un symbole phallique dans la « faucille d'or » du dernier vers, ce n'est pas méconnaître ce qu'il y a de cosmique dans la sexualité que de se tenir les côtes, riant d'aussi bon cœur qu'Abraham quand Dieu lui annonça que Sarah allait enfanter, plié en deux à l'instar de ce phallus (quoi d'étonnant, il est vrai, qu'à plus de quatre-vingts ans, Booz eût le phallus quelque peu flageolant ?) affaibli, affaissé et peu à son affaire que M. Caminade nous propose de voir. C'est une chose d'admettre que la masturbation chez l'adolescent, est une étape normale du développement de la sexualité; c'en est une autre de prétendre, avec Mme Annie Ubersfeld [14], que, dans le poème « Aux Feuillantines », le même Victor Hugo, en utilisant bien sûr un langage codé, a voulu nous raconter comment, dès l'âge le plus tendre, les trois enfants Hugo se masturbaient ensemble à tire-larigot, comment ils redoublaient d'ardeur lorsqu'ils marchaient dans les fleurs ou qu'ils s'étaient perchés au sommet d'une échelle (pratique que leur mère jugeait fort dangereuse), mais que tout cela n'était rien à côté de l'excitation vraiment surnaturelle qu'ils trouvaient dans la Bible.

Comment pourrions-nous cesser d'être partisan de la liberté la plus complète de la contraception ? Il faudrait, pour le moins, que nous devenions suffisamment gâteux pour rencontrer Dieu et que lui-même (car il a enfin réussi à comprendre certaines choses, surtout depuis Vatican II) le soit redevenu au point de croire de nouveau qu'il a créé le monde comme il l'a raconté dans la Bible. Ce n'est pourtant pas une raison pour soutenir, avec Mme Josette Rey-Debove [15], que, dans Les Femmes savantes, le sonnet de Trissotin à la princesse Uranie sur sa fièvre doit se comprendre comme une invitation à la contraception, approuvée avec enthousiasme par Philaminte, Armande et Bélise. Sans parler de l'extravagance de cette exégèse, c'est assurément une étrange façon de défendre ses idées que de vouloir à tout pris les prêter à des imbéciles. A moins que, pour prêcher la cause de la contraception, Mme Rey-Debove n'ait poussé l'héroïsme jusqu'à lui sacrifier sa réputation intellectuelle, en se livrant à un véritable acte de kamikase : peut-être s'est-elle dit qu'après avoir lu son article, le pape lui-même ne pourrait pas s'empêcher de penser, que, dans certains cas heureusement très rares, la contraception, voire l'avortement, serait encore un moindre mal.

 

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Nous n'avons examiné, dans les articles que l'on va lire, que des exemples très circonscrits d'interprétations extravagantes qui portent sur des textes courts ou sur des point très précis. Il n'est pas d'autre méthode, en effet, à moins d'écrire des milliers de pages, pour prendre en flagrant délit de fraude tous les faussaires, tous les trafiquants de textes, tous les fricoteurs de la critique. Car seule une confrontation constante avec le texte, mais cela demande beaucoup de temps et de patience, peut permettre de les confondre. C'est l'unique moyen de prouver que les 'dépoussiéreurs' ne savent que jeter des la poudre aux yeux, que ceux qui prétendent lire avec des yeux tout neufs, utilisent des lunettes aux verres déformants et fumés, ayant chaussé les lubies des esprits les plus nébuleux. Il n'y a jamais rien de tel que le retour au texte pour mettre les pieds dans leur cuisine à tous ces cuistres; rien de tel pour les prendre la main dans leurs salades, tous ces Vadius; rien de tel pour lancer des pavés dans leurs marottes, à tous ces mariolles; rien de tel pour leur mettre, à tous ces pisse-Freud, le nez dans leurs piperies.

Il n'y a rien de tel, non plus, pour les agacer. Et comme n'importe quel philosophe à qui l'on reproche une contradiction patente entre deux passages d'un même livre, ils se mettent immédiatement à lâcher du jargon. Comme n'importe quel théologien à qui l'on fait une objection portant sur un point très concret, ils se réfugient incontinent dans l'abstraction la plus creuse. Comme n'importe quel politicien incapable de répondre à un grief précis, ils parlent aussitôt d' « élever le débat ». Et il est assez piquant de trouver ce vieux cliché sous la plume de Roland Barthes [16], alors qu'il vient, quelques pages plus haut, de reprocher à Raymond Picard et à « l'ancienne critique » d'utiliser un vocabulaire moralisateur, d'avoir recours à des poncifs éculés et de parler comme M. de Norpois. Puis il se plaint d'avoir été jugé sur ses actes et non sur ses intentions : « C'est une singulière leçon de lecture, que de contester tous les détails d'un livre, sans donner à penser un seul instant qu'on en a aperçu le projet d'ensemble, c'est-à-dire, tout simplement : le sens [17]». Mais que nous importe le « projet d'ensemble » d'un critique qui ne nous apporte, sur les textes qu'il devrait éclairer, que les aperçus les plus contestables ? Il sera bien assez tôt de s'y intéresser quand les applications en seront plus probantes. Va-t-on demander ses recettes à un gâte-sauce ? La vie est trop courte et les ouvrages de valeur trop nombreux pour qu'on doive se croire obligé de reconstituer le projet d'ensemble d'un livre qui, dans le détail, s'avère indéfendable. On n'arriverait d'ailleurs qu'à montrer bien souvent qu'il ne tient pas debout. Car enfin « contester tous les détails d'un livre » n'est-ce pas « donner à penser » que ce qui lui manque « tout simplement », ce n'est pas seulement un sens, mais le sens ?

Un scientifique qui, en feuilletant un mémoire, tomberait à chaque page sur une erreur grossière ou sur une stupidité patente, conclurait sans hésiter qu'il ne vaut rien et ne chercherait certainement pas à savoir quel était le « projet d'ensemble » de l'auteur et si seulement il en avait un. Mais, curieusement, depuis que la critique littéraire se prétend scientifique, elle n'accepte plus d'être jugée sur ses résultats. Bien plus, elle-même semble les tenir pour tellement négligeables que les critiques les plus outrecuidants, ceux-là même qui sont les plus convaincus d'être les premiers à savoir lire, sont aussi souvent les premiers à souligner la fragilité de leurs propres travaux. Comme on le verra plus loin, M. Michel Picard, lorsqu'il a publié en 1972 la thèse de doctorat d'Etat qu'il avait soutenue en 1971 et sur laquelle il avait travaillé pendant un certain nombre d'années, a ajouté à la fin de l'introduction cette note étonnante : « Ce travail était déjà achevé en août 1970. C'est dire combien en août 1972, il peut paraître déjà dépassé à son propre auteur du moins sur certains points [18]». On nous permettra de faire des vœux très fervents pour que cette note, dans laquelle M. Michel Picard reconnaît si ingénument le caractère très éphémère de ses écrits, échappe au naufrage général de ses productions. Roland Barthes lui-même est assez modeste pour admettre que le Sur Racine ne saurait résister [19] à l'examen pourvu qu'on lui reconnaisse autant d'importance qu'à Racine lui-même (c'est ce dernier, d'ailleurs, qui devrait en être flatté, puisque lui ne figure pas encore dans la collection « Ecrivains de toujours » [20]). A condition qu'on leur accorde a priori une intelligence que nul n'avait possédée avant eux, les critiques actuels font souvent peu de difficultés, quand ils n'y mettent pas une certaine coquetterie, pour reconnaître qu'en pratique ils ne disent que des sottises.

L'auteur de ce livre-ci laisse au lecteur, comme il se doit, le soin d'apprécier le degré de sa modestie ou de son outrecuidance. Il peut du moins faire remarquer que, sur ce plan non plus, il ne suit pas la mode. Car, s'il est assez modeste pour penser que ce qu'il dit pourrait être dit par n'importe quel individu d'intelligence moyenne, pourvu qu'il veuille bien tenir compte des textes et des règles élémentaires de la logique, il est assez outrecuidant pour croire que ce qu'il dit restera vrai bien longtemps après qu'on ne le lira plus.


 

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NOTES :

[1] Dans la revue Raison Présente.

[2] Pourquoi des philosophes ?, collection Libertés, J. J. Pauvert, p. 71

[3] Acte II, scène 4.

[4] Acte III, scène 5.

[5] Voir acte II, scène 4.

[6] Voir S/Z, notamment pp. 113-114.

[7] Avant de nous prêter de telles arrière-pensées, on voudra bien se reporter à notre livre Une Croix sur le Christ, Roblot, 1876.

[8] Nous examinerons ailleurs ces pages du Dieu caché avec une attention que ce livre ne mérite aucunement. Mais trop de gens l'ont considéré et le considèrent encore comme un ouvrage fondamental pour qu'il ne soit pas inutile de démontrer sa fausseté radicale et de dénoncer sa monstrueuse sottise.

[9] Le texte de cette conférence a été publié dans le no 39 de la revue Raison Présente sous le titre « L'Ethique sexuelle du Vatican ».

[10] P. 68.

[11] Voir notre chapitre « Phallus farfelus ».

[12] Ibidem.

[13] Ibidem.

[14] Voir notre chapitre « Que se passait-il aux Feuillantines ? »

[15] Voir notre chapitre « Sur le sonnet d'un sot les sornettes des doctes ».

[16] Voir la note 19.

[17] Critique et vérité, Editions du Seuil, 1966, p. 42.

[18] Libertinage et tragique dans l'œuvre de Roger Vailland, Hachette Littérature, p. 11.

[19] Critique et vérité, p. 42 : « Les analyses du Sur Racine se rattachent toutes à une certaine logique symbolique, comme il avait été déclaré dans la préface du livre. Il fallait ou bien contester dans son ensemble l'existence ou la possiblité de cette logique (ce qui aurait eu l'avantage, comme on dit d' "élever le débat"), ou bien montrer que l'auteur du Sur Racine en avait mal appliqué les règles - ce qu'il aurait volontiers reconnu, surtout deux ans après avoir publié son livre et six ans après l'avoir écrit ». Qu'il est heureux que les tragédies de Racine ne soient pas tombées dans l'oubli au bout de six ans  : nous aurions été privés du Sur Racine !

[20] C'est maintenant chose faite grâce à M. Jean-Louis Backès (Editions du Seuil, 1981), mais je ne pense pas que l'ombre de Racine ait lieu de s'en réjouir (note de la seconde édition).

 

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