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HARPAGON - Laissons cela, et parlons d'autre affaire. Euh ? Je crois qu'ils se font signe l'un à l'autre de me voler ma bourse. Que veulent dire ces gestes-là ?
ELISE - Nous marchandons, mon frère et moi, à qui parlera le premier et nous avons tous deux quelque chose à vous dire.
HARPAGON - Et moi, j'ai quelque chose aussi à vous dire à tous deux.
CLEANTE - C'est de mariage, mon père, que nous désirons vous parler.
HARPAGON - Et c'est de mariage aussi que je veux vous entretenir.
ELISE - Ah ! mon père !
HARPAGON - Pourquoi ce cri ? Est-ce le mot, ma fille, ou la chose qui vous fait peur ?
CLEANTE - Le mariage peut nous faire peur à tous deux, de la façon dont vous pouvez l'entendre ; et nous craignons que nos sentiments ne soient pas d'accord avec votre choix.
HARPAGON - Un peu de patience. Ne vous alarmez point. Je sais ce qu'il faut à tous deux ; et vous n'aurez ni l'un ni l'autre aucun lieu de vous plaindre de tout ce que je prétends faire. Et pour commencer par un bout : avez-vous vu, dites-moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne loge pas loin d'ici ?
CLEANTE - Oui, mon père.
HARPAGON - Et vous ?
ELISE - J'en ai ouï parler.
HARPAGON - Comment, mon fils, trouvez-vous cette fille ?
CLEANTE - Une fort charmante personne.
HARPAGON - Sa physionomie ?
CLEANTE - Tout honnête, et pleine d'esprit.
HARPAGON - Son air et sa manière ?
CLEANTE - Admirables, sans doute.
HARPAGON - Ne croyez-vous pas qu'une fille comme cela mériterait assez que l'on songeât à elle ?
CLEANTE - Oui, mon père.
HARPAGON - Que ce serait un parti souhaitable ?
CLEANTE - Très souhaitable.
HARPAGON - Qu'elle a toute la mine de faire un bon ménage ?
CLEANTE - Sans doute.
HARPAGON - Et qu'un mari aurait satisfaction avec elle ?
CLEANTE - Assurément.
HARPAGON - Il y a une petite difficulté c'est que j'ai peur qu'il n'y ait pas avec elle tout le bien qu'on pourrait prétendre.
CLEANTE - Ah ! mon père, le bien n'est pas considérable, lorsqu'il est question d'épouser une honnête personne.
HARPAGON - Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Mais tout ce qu'il y a à dire, c'est que si l'on n'y trouve pas tout le bien qu'on souhaite, on peut tâcher de regagner cela sur autre chose.
CLEANTE - Cela s'entend.
HARPAGON - Enfin je suis bien aise de vous voir dans mes sentiments ; car son maintien honnête et sa douceur m'ont gagné l'âme, et je suis résolu de l'épouser, pourvu que j'y trouve quelque bien.
CLEANTE - Euh ?
HARPAGON - Comment ?
CLEANTE - Vous êtes résolu, dites-vous… ?
HARPAGON - D'épouser Mariane.
CLEANTE - Qui, vous ? vous ?
HARPAGON - Oui, moi, moi, moi. Que veut dire cela ?
CLEANTE - Il m'a pris tout à coup un éblouissement, et je me retire d'ici.
HARPAGON - Cela ne sera rien. Allez vite boire dans la cuisine un grand verre d'eau claire. Voilà de mes damoiseaux flouets, qui n'ont non plus de vigueur que des poules. C'est là, ma fille, ce que j'ai résolu pour moi. Quant à ton frère, je lui destine une certaine veuve dont ce matin on m'est venu parler; et pour toi, je te donne au seigneur Anselme.
ELISE - Au seigneur Anselme ?
HARPAGON - Oui, un homme mûr, prudent et sage, qui n'a pas plus de cinquante ans, et dont on vante les grands biens

 

...........................................................L'Avare, acte I, scène 4.

 

.......Avec cet extrait de la scène 4 de l'acte I s'achève l'exposition de L'Avare en même temps que l'action se noue. La première scène entre Élise et Valère, nous a fait découvrir les amours et les personnalités des deux jeunes gens et nous a déjà instruit de l'avarice d'Harpagon et de la tyrannie qu'il exerçait sur ses enfants. La deuxième scène entre Cléante et Élise nous a révélé les sentiments que le jeune homme nourrissait pour Mariane et informés de la condition de la jeune fille. À la fin de la scène Cléante annonce à Élise qu'il a résolu de parler à son père, et s'il refuse de lui laisser épouser Mariane, de partir avec elle. Il propose ensuite à Élise, qui lui a laissé entendre qu'elle se trouvait dans le même cas que lui, de s'unir avec lui pour affronter ensemble leur père. Il entend alors la voix de son père et dit à Élise : « éloignons-nous un peu pou achever notre confidence ; et nous joindrons après nos forces pour venir attaquer la dureté de son humeur ». La troisième scène entre Harpagon et La Flèche n'apporte aucun élément vraiment nouveau à l'exposition, mais elle nous permet de faire la connaissance d'Harpagon et de constater que le portrait qu'Élise et Cléante nous ont fait de leur père n'était en rien outré. Ils reviennent tous deux en scène au début de la scène 4 après le départ de la Flèche. Entre temps Élise a mis Cléante au courant de ses sentiments pour Valère et de leurs projets.

.......Au début de la scène Harpagon est seul et parle tout haut : il se demande s'il a bien fait d'enterrer dans son jardin une somme de dix mille écus en or qu'il a reçue la veille. Il s'aperçoit alors de la présence de ses enfants et se demande s'ils n'ont pas entendu ce qu'il disait et prétend qu'il était en train de se plaindre tout haut de la difficulté de trouver de l'argent. « Mon Dieu ! mon père, vous n'avez pas lieu de vous plaindre, et l'on sait que vous avez assez de bien », lui dit alors Cléante, ce qui déclenche la colère d'Harpagon qui se met à reprocher à son fils ses dépenses vestimentaires et à s'interroger sur la façon dont il les finance. Cléante lui répond qu'il joue et qu'il a de la chance. Harpagon lui réplique qu'il ferait bien mieux de placer l'argent qu'il gagne au jeu et se met à évaluer la valeur de la perruque et des rubans que porte Cléante et le prix qu'il pourrait en tirer de cette somme en la plaçant ; Cléante qui pense que le moment est mal choisi pour se quereller avec son père lui réponde : « Vous avez raison ». Et c'est ici que commence notre extrait.

.......Ce passage n'est pas seulement très important sur le plan dramatique, il est aussi et surtout puissamment comique. Molière y fait appel à un des procédés comiques les plus classiques et les plus éprouvés : le quiproquo, qui, comme le note Pierre Larthomas, tient « une grande place dans L'Avare, plus que dans aucune autre pièce de Molière [1]». On peut distinguer deux types de quiproquo suivant que le spectateur est ou n'est pas lui-même victime du quiproquo. Dans le premier cas, le spectateur est conscient du quiproquo parce qu'il connaît tous les éléments de la situation, tandis que les personnages entre lesquelles se produit le quiproquo en ignorent certaines données C'est ce type de quiproquo que l'on rencontre à la scène 3 de l'acte V entre Harpagon et Valère [2]. Il ya quiproquo parce qu'Harpagon croit que Valère lui parle de sa cassette alors qu'il lui parle de sa fille tandis que Valère croit qu'harpagon lui parle de sa fille alors qu'il lui parle de sa cassette. Le quiproquo tient au fait qu'Harpagon ignore que Valère est l'amant de sa fille et que Valère ignore le vol de la cassette. Dans le second cas, le spectateur n'est pas omniscient ; comme les personnages qui sont victimes du quiproquo, il ne connaît pas toutes les données de la situation. C'est ce type de quiproquo que nous avons ici. Comme Cléante et Élise, le spectateur ignore qu'Harpagon connaît Mariane et qu'il s'est mis en tête de l'épouser. Comme eux, il ne peut imaginer qu'un homme de son âge et à ce point obsédé par l'argent puisse songer à épouser une jeune fille sans aucune fortune. Il va donc partager d'abord l'erreur de Cléante et se réjouir pour lui. Mais, bien vite, il va trouver l'attitude et dans les propos d'Harpagon décidément bien étranges et être de plus en plus porté à penser que c'est vraiment trop beau pour être vrai. Cléante, lui aussi, ne peut qu'éprouver un très grand étonnement, mais il a trop envie de se convaincre que son vœu le plus cher est exaucé pour ne pas croire au miracle.

.......Ces deux types de quiproquos ont tous les deux leurs avantages et leurs inconvénients. Dans le second cas, il y a, bien sûr, un effet de surprise pour le spectateur lorsque le quiproquo est levé, qui n'existe pas dans le premier. Mais, dans celui-ci, le spectateur apprécie mieux les ambiguïtés qui rendent le quiproquo possible. Dans le second cas, ce n'est qu'a posteriori, une fois que le quiproquo est levé que le spectateur peut apprécier pleinement les procédés qui lui ont permis de durer les ambiguïtés C'est pourquoi ce type de quiproquo est généralement relativement court. Si le quiproquo est long, il vaut mieux, pour pouvoir vraiment l'apprécier que le spectateur en ait tout de suite la solution. Et, s'il connaît déjà la solution, cela ne l'empêche pas d'attendre avec une impatience amusée le moment où la vérité éclatera et de se réjouir de la voir sans cesse retardée ; à chaque instant il s'attend à voir le quiproquo se rompre et il s'amuse de le voir relancé par cela même qui semblait devoir le faire cesser.

.......Dans le second type de quiproquo, il faut, bien que le spectateur ne sache pas précisément ce qui va se passer, qu'il se doute quand même qu'il y a un problème. S'il n'en connaît pas la nature, il doit s'attendre quand même à une surprise. C'est évidemment le cas ici. On ne sait pas qu'Harpagon veut épouser lui-même Mariane. Mais on ne peut arriver à croire qu'il veuille vraiment la donner à son fils. On ne peut s'empêcher de penser que Cléante se réjouit trop tôt.

.......La grande force comique de ce quiproquo tient au fait que les rôles y sont inversés. C'est Harpagon qui tient le rôle de Cléante, c'est lui qui dit à Cléante ce que celui-ci comptait lui dire, et c'est Cléante qui tient le rôle d'Harpagon, et, bien sûr, il lui dit non ce qu'il lui aurait effectivement répondu, mais ce qu'il aurait souhaité qu'il lui répondît. Il avait, n'en doutons pas, soigneusement préparé son intervention, il avait soigneusement réglé la progression de ses propos et soigneusement pesé les mots qu'il s'apprêtait à employer. Et voilà qu'il entend Harpagon lui dire exactement ce qu'il avait l'intention de lui dire, dans l'ordre même et avec les mots mêmes qu'il avait prévus.

.......Aussi ne se sent-il pas de joie. Cet entretien qu'il redoutait tellement, dont il pensait qu'il serait terriblement difficile, plus difficile que tous ceux, pourtant toujours très tendus, qu'il avait jamais eus jusqu'ici avec son père, voilà que, par une sorte de miracle totalement imprévu, il se révèle plus facile qu'il n'aurait pu l'imaginer dans ses rêves les plus fous. Cette partie qu'il croyait perdue d'avance, voilà qu'elle paraît gagnée sans qu'il ait eu besoin de commencer seulement à jouer. Il n'a pas besoin de plaider, il a à peine besoin de parler, il n'a qu'à approuver ce que lui dit son père qui se trouve être exactement ce qu'il voulait lui dire.

.......Harpagon se comporte comme se comporterait le meilleur des pères qui, sachant que son fils est amoureux de Mariane et veut lui annoncer qu'il désire l'épouser, devinerait son embarras et ses inquiétudes et voudrait tout de suite le rassurer tout en s'amusant à faire attendre un peu la bonne nouvelle, et il se comporte en même temps comme se comporterait un sadique particulièrement pervers qui prendrait un odieux plaisir à faire naître et à faire grandir les espoirs de son fils jusqu'à ce qu'il ne se sente plus de joie avant de les réduire brutalement à néant. Mais il ignore que son fils aime Mariane. Si, au lieu d'annoncer directement qu'il a décidé de l'épouser, il semble vouloir faire approuver sa décision par ses enfants bien qu'elle soit déjà prise, c'est parce qu'il éprouve le besoin d'être rassuré, non, comme cela serait normal à cause de la grande différence d'âges qu'il y a entre lui et Mariane, mais à cause de la pauvreté de celle-ci. Harpagon amoureux de Mariane se heurte à Harpagon avare. C'est pour l'aider à vaincre la résistance du second que le premier veut obtenir l'approbation de ses enfants. En donnant raison à son père, en approuvant chaleureusement la présentation élogieuse que celui-ci fait de Mariane, Cléante, bien loin d'avancer ses affaires, comme il le croit, contribue, en réalité, à renforcer Harpagon dans sa décision d'épouser la jeune fille.

 

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.......« Laissons cela et parlons d'autre affaire. » Dès le début, on peut être légèrement surpris par le ton et l'attitude d'Harpagon. Car il n'est pas seulement d'une avarice sans bornes : c'est un être profondément tyrannique et toujours prêt à chercher querelle à ses enfants et à ses serviteurs. Aussi peut-on s'étonner de le voir abandonner si vite la partie. C'est que, comme Cléante, il a une « autre affaire » en tête et c'est la même : Mariane.

.......Mais, bien sûr, Mariane elle même ne saurait guérir Harpagon de son obsession maladive du vol que nous a révélée la scène précédente avec La Flèche : « Euh ? Je crois qu'ils se font signe l'un à l'autre de me voler ma bourse. Que veulent dire ces gestes-là ? »

.......La réponse de Mariane (« Nous marchandons, mon frère et moi, à qui parlera le premier ; et nous avons tous deux quelque chose à vous dire ») le rassure, mais il ne se montre aucunement curieux de savoir ce que ses enfants ont à lui dire. Car, pour lui, ce ne peut-être que sans importance par rapport à ce qu'il a, lui, à leur dire.

.......« Et moi, j'ai quelque chose aussi à vous dire à tous deux. »De nouveau, le ton d'Harpagon apparait tout à fait inhabituel. L'acteur qui prononcerait cette phrase sur le ton sec et cassant qui est celui qu'Harpagon adopte d'ordinaire lorsqu'il a quelque chose à dire à ses enfants, commettrait une erreur. Ce ton serait tout à fait approprié, si Harpagon pensait seulement à annoncer à ses enfants qu'il a arrangé leur mariage à tous deux. Mais, s'il a « quelque chose » à leur dire, c'est d'abord, c'est surtout qu'il se marie lui. Aussi adopte-t-il un ton à la fois enjoué et mystérieux. Il semble s'amuser de la coïncidence : ils ont tous les deux quelque chose à lui dire et lui a « aussi » quelque chose à leur dire à tous les deux.

.......« C'est de mariage, mon père, que nous désirons vous parler ». Harpagon ne semblant guère désireux d'entendre ce que ses enfants ont à lui dire, Cléante prend le relais de sa sœur et intervient à son tour pour lui apprendre de quoi ils souhaitent lui parler.

.......« Et c'est de mariage aussi que je veux vous entretenir » Harpagon semble derechef s'amuser de cette nouvelle coïncidence (« aussi »). Cléante et Élise sont naturellement persuadés que c'est de leur mariage à eux, et seulement de leur mariage à eux, que leur père veut leur parler. Ils sont à mille lieues de soupçonner un seul instant qu'il puisse s'agir aussi d'un autre mariage et encore moins que ce mariage puisse être celui de leur père. Il y a pourtant un mot qui pourrait déjà les intriguer, un mot très surprenant dans la bouche dans d'un père aussi despotique qu'Harpagon, un mot que les pères moliéresques n'utilisent jamais pour annoncer à leurs enfants qu'ils ont décidé de les marier. Harpagon dit, en effet, qu'il veut les « entretenir » de mariage. Le mot suppose une possibilité de dialogue, d'échange de points de vues entre le père et les enfants qui n'est assurément pas dans les habitudes des pères moliéresques. Et, de fait, lorsque Harpagon annoncera à Élise quel mari il lui a choisi et quelle femme il destine à son fils, il se contentera d'une seule et courte phrase sèche et ne se souciera en aucune façon de l'opinion d'Élise.

.......« Ah ! mon père ! - Pourquoi ce cri ? Est-ce le mot, ma fille, ou la chose qui vous fait peur ? » Le cri d'Élise traduit une inquiétude bien compréhensible : même si elle n'avait pas déjà fixé son choix sur Valère, elle aurait les meilleurs raisons du monde de redouter que son père ne lui ait destiné un époux bien peu attirant. Mais Harpagon croit, feint de croire que la réaction de sa fille est celle d'une précieuse à qui le mariage fait peur. Il semble être d'humeur gaillarde, voire quelque peu égrillarde, ce qui ne correspond guère à l'image que l'on a pu se faire de lui jusqu'ici. Là encore, c'est tout à l'heure seulement que l'on comprendra tout à l'heure pourquoi : l'idée de son propre mariage l'émoustille.

.......« Le mariage peut nous faire peur à tous deux, de la façon dont vous pouvez l'entendre; et nous craignons que nos sentiments ne soient pas d'accord avec votre choix ». Cléante est agacé par les sous-entendus égrillards de son père. Il tient donc à bien mettre les choses au point. Le cri de sa sœur n'était point celui d'une jeune fille effarouchée. Ce n'est ni le mot ni la chose qui fait peur à Élise, mais seulement le choix de son père et Cléante déclare partager pleinement les inquiétudes de sa sœur (« nous faire peur à tous deux…nous craignons »).

.......Harpagon s'étonne de ces inquiétudes et se veut tout à fait rassurant : « Un peu de patience. Ne vous alarmez point. Je sais ce qu'il faut à tous deux ; et vous n'aurez ni l'un ni l'autre aucun lieu de vous plaindre de tout ce que je prétends faire. » Mais, quand on connaît un peu les pères moliéresques, on n'est guère rassuré de l'entendre dire qu'il sait « ce qu'il faut à tous deux ». On devine, en effet, que, dans son esprit, c'est lui et lui seul qui peut savoir ce qu'il faut à ses enfants. L'opinion des autres, à commencer par celle des principaux premiers intéressés, ses enfants, ne saurait compter à côté de la sienne. On peut aussi s'inquiéter d'entendre Harpagon employer le neutre (« je sais ce qu'il faut à tous deux ») pour parler de sa future belle-fille et de son futur gendre. Argan fait de même lorsque Toinette lui objectant que sa fille « doit épouser un mari pour elle », il lui répond qu' « une fille de bon naturel doit être ravie d'épouser ce qui est utile à la santé de son père [3]».

.......« Et pour commencer par un bout : avez-vous vu, dites-moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne loge pas loin d'ici ? » C'est avec cette phrase que commence vraiment le quiproquo. Et la formule 'pour commencer par un bout' est bien propre à le faire naître. En effet, quand on emploie cette expression, c'est qu'il y a deux bouts, deux cas à examiner, deux problèmes à résoudre. Harpagon vient de dire : « Je sais ce qu'il faut à tous deux  et vous n'aurez ni l'un ni l'autre aucun lieu de vous plaindre... ». Comment Mariane et Valère pourraient-ils ne pas être persuadés que, s'il y a deux bouts c'est parce que Harpagon a deux enfants à marier ? Comment pourraient ils deviner qu'en réalité, les deux bouts sont, d'une part, le mariage d'Harpagon et, de l'autre, celui de ses enfants et que, s'il commence par le premier, c'est parce que c'est celui qui compte le plus pour lui, pour ne pas dire que c'est le seul qui compte vraiment ? 

.......Harpagon semble se comporter en bon père de famille soucieux de ne pas avoir l'air d'avoir une préférence pour son fils et s'excuser de commencer par lui plutôt que par celui de sa fille en disant qu'il faut bien commencer par un bout. Il feint de n'avoir aucune arrière-pensée et de choisir purement au hasard. Mais, bien sûr, il n'en est rien. La question qu'il pose à ses enfants peut paraître tout à fait naturelle, sauf que les pères de Molière ne sont pas des pères comme les autres et que, d'ordinaire, lorsqu'ils veulent marier leurs enfants, ils ne se soucient pas de savoir si leur fils a vu la jeune fille ou leur fille le jeune homme qu'il leur destine. Il arrive même qu'ils ne les aient pas vus eux-mêmes avant de prendre leur décision. C'est le cas d'Argan lorsqu'il décide de marier sa fille à Thomas Diafoirus [4] et l'on verra tout à l'heure qu'Harpagon n'a effectivement pas vu la femme qu'il a décidé de donner en épouse à son fils.

.......Si l'on peut s'étonner qu'au lieu de notifier purement et simplement sa décision d'épouser Mariane à ses enfants, Harpagon choisisse, au contraire, de procéder par étapes et en quelque sorte de tâter le terrain en les invitant par les questions qu'il leur pose à approuver par avance cette sans le savoir cette décision, c'est, en revanche, la démarche à laquelle, de toute évidence, Cléante s'apprêtait à avoir recours. Car il n'avait assurément pas l'intention d'annoncer tout de go à son père qu'il voulait épouser Mariane. Il avait donc certainement prévu de commencer par sonder le terrain avec précaution et la première question qu'il avait programmée était précisément, n'en doutons pas, celle que lui pose son père à qui il aurait demandé s'il connaissait Mariane ou s'il avait entendu parler d'elle.

.......À la question d'Harpagon, Cléante se contente de répondre : « Oui, mon père ». S'il n'ajoute rien, c'est d'abord parce que l'étonnement le laisse sans voix. Le nom de Mariane est évidemment celui qu'il s'attendait le moins à entendre. Mais en même temps qu'un immense étonnement, ce nom fait naître en lui un immense espoir. Il se garde bien pourtant d'ajouter quoi que ce soit et de porter le moindre un jugement sur Mariane. Car, malgré la joie qui l'a envahi, il juge prématuré de laisser paraître ses sentiments, et, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas tort.

.......« Et vous ? - J'en ai ouï parler ». Comme son frère, Élise se montre très prudente. Elle dit la vérité puisqu'elle a, en effet, entendu parler de Mariane, mais elle se garde bien de dire quand, ni par qui ni en quels termes La formule qu'elle emploie suggère qu'on ne lui parlé d'elle qu'en des termes trop vagues pour qu'elle ait pu se faire une véritable opinion. Cela ne peut manquer d'amuser le spectateur qui se souvient de l'ardeur passionnée avec laquelle Cléante a dépeint Mariane à sa sœur [5].

.......Élise ne connaissant pas Mariane, c'est au seul Cléante que va désormais s'adresser Harpagon : « Comment, mon fils, trouvez-vous cette fille ? » Cette question que lui pose son père ne peut, bien sûr, que renforcer les espoirs de Cléante. Pourtant, comme la première, si elle serait tout à fait normale de la part d'un père ordinaire qui songe à marier son fils, elle est, au contraire, tout à fait inhabituelle quand il s'agit d'un père moliéresque. Celui-ci ne se soucie jamais de savoir ce que pensent ses enfants des choix qu'il a faits, ou si, par hasard, comme le fait Orgon, il demande à sa fille ce qu'elle pense du futur mari qu'il lui destine, c'est pour que celle-ci lui réponde ce qu'il veut entendre [6]. Les questions qu'Harpagon va poser à Cléante sont d'autant plus surprenantes qu'il a commencé par dire à ses enfants : « Je sais ce qu'il faut à tous deux et vous n'aurez ni l'un ni l'autre aucun lieu de vous plaindre de ce que je prétends faire ». Cléante devrait donc être très méfiant, mais on est facilement porté à croire ce qu'on a très envie de croire.

.......Il se montre néanmoins prudent. Sa réponse est très élogieuse pour Mariane : « Une fort charmante personne », mais elle est volontairement brève. Il se garde bien de parler de Mariane avec la même la chaleur que lorsqu'il s'adressait à sa sœur.

.......La première question d'Harpagon restait d'ordre très général. La deuxième est plus précise et porte explicitement sur le physique de Mariane : « Sa physionomie ? » Et notre surprise ne fait que croître : il est déjà très inhabituel qu'un père moliéresque demande à son fils ce qu'il pense de la future qu'il lui destine. Il l'est encore plus qu'il l'interroge explicitement sur son physique.

.......La réponse de Cléante est de nouveau à la fois élogieuse et prudente : « Tout honnête, et pleine d'esprit ». Plutôt que la beauté proprement dite de sa physionomie, il loue les qualités morales qu'elle reflète.

.......La troisième question d'Harpagon ne porte plus seulement sur le visage de Mariane, mais sur son apparence physique dans son ensemble : « Son air et sa manière ? »

.......La réponse de Cléante reste très brève : « Admirables, sans doute [7]». On sent bien cependant qu'il a de plus en plus de mal à dissimuler ses sentiments.

.......Pleinement satisfait des réponses de Cléante, Harpagon ne va plus désormais lui poser des questions parfaitement neutres qui ne préjugent pas de ses réponses. Il va avoir recours à des questions auxquelles Cléante sera invité à répondre par « oui » ou par « non », car il ne doute plus maintenant que son fils ne l'approuve et c'est, en effet, ce qu'il fait : « Ne croyez-vous pas qu'une fille comme cela mériterait assez que l'on songeât à elle ? - Oui, mon père. - Que ce serait un parti souhaitable ? - Très souhaitable. - Qu'elle a toute la mine de faire un bon ménage ? - Sans doute. - Et qu'un mari aurait satisfaction avec elle ? - Assurément. ». Mais, bien qu'il ait été rassuré par les réponses de son fils, Harpagon, n'en continue pas moins à avancer avec prudence et à procéder par étapes. Certes, les quatre questions qu'il pose à son fils n'en constituent, en réalité, qu'une seule. Mais elle est formulée de façon de plus en plus directe. La première fois, l'idée de mariage n'est pas encore exprimée d'une façon tout à fait explicite. Une jeune fille qui mérite que l'on songe à elle n'est pas nécessairement une jeune fille à qui l'on pense pour un mariage. Ce peut être une jeune fille que l'on désire aider d'une manière ou d'une autre. Mais, dans la mesure où Harpagon a annoncé à ses enfants qu'il allait leur parler de mariage, le doute ne semble guère possible. Il est d'ailleurs totalement levé par la question suivante, le mot « parti » levant toute ambiguïté. Les deux dernières questions précisent les raisons pour lesquelles Mariane serait un bon parti, la première évoque ses qualités de maîtresse de maison, Harpagon pensant évidemment que Mariane, élevée dans la pauvreté, doit avoir des habitudes d'étroite économie, et la seconde fait allusion aux plaisirs que la jeune femme ne manquera pas de procurer à son époux. C'est, d'ordinaire, le dernier des soucis d'un père moliéresque lorsqu'il décide de marier son fils.

.......Si Harpagon pose quatre questions à Cléante alors qu'une seule suffirait, c'est à la fois parce qu'il a besoin d'être rassuré sur son choix et parce qu'il prend manifestement plaisir à entendre son fils faire l'éloge de Marianne. Et il est plaisant d'observer que, ce faisant, il se comporte comme Angélique dans le Malade imaginaire qui ne cesse d'inviter Toinette à chanter avec elle les louanges de Cléante [8]. Et, de nouveau, il se comporte comme se serait comporté son fils, s'il l'avait laissé s'exprimer. Si son père avait répondu à ses premières questions comme lui-même a répondu aux siennes, Cléante aurait évité, lui aussi, d'aborder la question du mariage de manière trop directe, et si son père lui avait de nouveau répondu de la même façon, il ne serait pas senti de joie et aurait, lui aussi, voulu faire durer quelque peu le plaisir tellement inattendu, tellement incroyable d'entendre son père approuver son choix. On peut penser pourtant qu'il n'aurait pas posé à son père la dernière question que celui-ci lui a posée, dont le sous-entendu égrillard lui a sans doute paru quelque peu déplacé.

.......Parfaitement rassuré par les réponses de son fils sur les mérites de Mariane, Harpagon peut en venir à la raison pour laquelle il n'a pas annoncé tout de go à ses enfants qu'il voulait épouser Mariane : « Il y a une petite difficulté : c'est que j'ai peur qu'il n'y ait pas avec elle tout le bien qu'on pourrait prétendre ». Harpagon, ce qui n'est guère dans ses habitudes, a recours à la litote en parlant d'une « petite difficulté ». Pour un avare invétéré, achevé et incurable comme lui, cette difficulté est évidemment considérable et lui aurait paru insurmontable s'il s'était agi de donner Mariane à Cléante. Il fait preuve de mauvaise foi en disant qu'il a peur qu'elle ne soit pas riche alors qu'il sait pertinemment qu'elle ne l'est pas. Il atténue enfin la pauvreté de Mariane qui, dit-il, n'aurait peut-être pas « tout le bien qu'on pourrait prétendre », alors que, bien que Frosine ne lui ait sans doute pas dit toute la vérité sur la pauvreté de Mariane, il sait qu'elle n'a pratiquement aucun bien.

.......Et, de nouveau, il parle exactement comme Cléante aurait parlé pour apprendre avec ménagement à son père que sa fiancée n'avait pas de fortune. Il aurait, lui aussi, eu recours à la litote pour évoquer la pauvreté de Mariane, et l'aurait lui aussi, présentée comme probable plutôt que comme certaine. Depuis le début du quiproquo, Cléante n'a pas cessé d'aller de surprise en surprise, mais c'est sans doute maintenant qu'il atteint au comble de l'étonnement. S'il y a, en effet, une chose à laquelle il ne s'attendait pas, c'est d'entendre son père tenir un pareil propos et il est, bien sûr, plus que jamais aux anges, puisqu'il se croit maintenant presque sûr d'obtenir la main de Mariane.

.......Il s'empresse donc de minimiser une « difficulté » que son père lui-même ne semble avoir soulevée que pour la forme : « Ah ! mon père, le bien n'est pas considérable [9], lorsqu'il est question d'épouser une honnête personne ». La réponse de Cléante a une portée générale et c'est ce qui permet au quiproquo de se maintenir. Car il aurait évidemment cessé, si Cléante avait dit : « Ah ! mon père je ne regarde pas à l'argent lorsque je songe à épouser une honnête personne ». Mais il est tout à fait naturel que Cléante préfère avoir recours à une formule générale qui donne plus de poids à son propos. 

.......Cette fois-ci, pourtant, Harpagon n'est pas pleinement satisfait de la réponse de son fils : « Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Mais tout ce qu'il y a à dire, c'est que si l'on n'y trouve pas tout le bien qu'on souhaite, on peut tâcher de regagner cela sur autre chose ». Bien que la réponse de Cléante aille dans le sens qu'il souhaitait, Harpagon n'est, cette fois-ci, pas entièrement satisfait. Il trouve que son fils va trop loin. Il ne peut pas laisser dire que le bien n'a pas d'importance, qu'il ne saurait être pris en considération. Et, en d'autres circonstances, il aurait, bien sûr, protesté avec la plus grande véhémence contre une affirmation aussi scandaleuse, alors qu'il se contente d'exprimer brièvement son désaccord : « Pardonnez-moi, pardonnez-moi. »

.......Mais que veut-il dire au juste lorsqu'il dit qu'« on peut tâcher de regagner cela sur autre chose »? À vrai dire, on ne le comprendra qu'a posteriori, une fois qu'il aura révélé ses projets. Pour l'instant le spectateur ou le lecteur ne peuvent le comprendre, non plus que Cléante et Élise. Ils peuvent seulement faire des suppositions. Harpagon a beaucoup d'imagination lorsqu'il s'agit d'inventer des moyens de faire des économies, et fait l'objet des plaisanteries de ses voisins qui inventent toutes sortes de fables à ce sujet, comme nous l'apprendra plus loin Maître Jacques [10]. Ils peuvent penser aussi, et le vague de l'expression (« autre chose ») incite à le faire, qu'Harpagon manifeste une nouvelle fois un esprit égrillard qu'ils ne lui connaissaient pas jusqu'à ce jour . Ils ne se doutent pas qu'en réalité ce sont eux qui vont payer les frais. C'est parce qu'il a décidé d'épouser Mariane bien qu'elle soit pauvre qu'Harpagon a décidé de se débarrasser de ses enfants en les mariant [11]. Les deux décisions sont liées, la seconde étant la conséquence directe de la première. En épousant Mariane, Harpagon aura certes, une nouvelle bouche à nourrir, mais, en mariant en même temps ses deux enfants, il en aura finalement une de moins. Il y pensait sans doute depuis quelque temps et avait déjà trouvé la solution en ce qui concerne Élise, mais c'est seulement « ce matin » qu'il a réussi à caser son fils. Il a donc attendu d'avoir définitivement réglé le problème du mariage de ses enfants pour leur annoncer les trois mariages en même temps.

.......Cléante ne sait sans doute pas très bien comment il faut comprendre, et il ne cherche pas trop à le savoir. Il lui suffit qu'Harpagon admette que la pauvreté de Mariane n'est pas un obstacle suffisant pour empêcher qu'on ne l'épouse. Il s'empresse donc d'approuver de nouveau son père : « Cela s'entend ». L'approbation de Cléante va se révéler après coup tout à fait plaisante. Car il n'aurait évidemment jamais dit « cela s'entend », s'il avait été en mesure d' « entendre » effectivement ce que son père voulait dire. Il a sans le savoir approuvé par avance la chose du monde qu'il était le moins disposé à approuver. 

.......Harpagon juge que alors que le moment est enfin venu de révéler ses intentions : « Enfin je suis bien aise de vous voir dans mes sentiments ; car son maintien honnête et sa douceur m'ont gagné l'âme, et je suis résolu de l'épouser, pourvu que j'y trouve quelque bien ». Le quiproquo se maintient pourtant pendant un court instant encore. Il ne se lève, très brutalement, que lorsque Harpagon dit : « je suis résolu de l'épouser ». Le début de la réplique semble confirmer, au contraire, les espoirs de Cléante. Il avait dit à Élise à la scène 2 : « J'ai voulu vous parler, pour m'aider à sonder mon père sur les sentiments où je suis ». Il ne s'attendait guère à ce que son père approuvât ses sentiments et encore moins à ce qu'il lui dît qu'il était bien aise de le voir dans les mêmes sentiments que lui. Harpagon ne lui avait évidemment jamais encore rien dit de tel.

.......Mais la formule va prendre après coup un sens beaucoup plus fort, un sens que ni Cléante ni Harpagon ne soupçonnent. Car, lorsque Harpagon dit à Cléante « je suis bien aise de vous voir dans mes sentiments », il ne se doute nullement que c'est encore beaucoup plus vrai qu'il ne le pense puisque son fils est, comme lui, et plus que lui encore, amoureux de Mariane. Quant à Cléante, il est à mille lieues de se douter que son père partage ses sentiments pour Mariane. Il est à mille lieues de se douter qu'en approuvant les propos de son père, il vient, aux yeux de celui-ci, d'approuver sa décision d'épouser Mariane. La formule se révèle donc a posteriori tout à fait plaisante. Elle constitue le sommet du quiproquo. Pour la première fois sans doute, il semble y avoir entre le père et le fils une entière convergence de vues, une totale harmonie, une parfaite union. Et pourtant jamais encore ils n'avaient été si opposés. Mais le malentendu va durer encore quelques secondes. Lorsqu'en effet, Harpagon ajoute, en parlant de Mariane : « son maintien honnête sa douceur m'ont gagné l'âme », Cléante pense simplement qu'il a été séduit par la jeune fraîcheur et la grâce de la jeune fille et a souhaité la prendre pour belle fille.

.......En disant : « je suis résolu de l'épouser », Harpagon ne fait, pour la dernière fois, que dire à Cléante ce que celui-ci avait prévu de lui dire et sans doute dans les mêmes termes, si l'on se souvient de ce qu'il a dit à Élise à la scène 2 [12]. Mais il n'aurait bien sûr pas ajouté, comme le fait Harpagon : « pourvu que j'y trouve quelque bien ». Ce faisant, celui-ci nous montre qu'il a, quoi qu'il dise, bien du mal à se résigner à épouser une jeune fille qui ne lui apporte rien et on en aura la confirmation un peu plus loin dans la scène avec Frosine [13].

.......Les derniers mots de son père pourraient sans doute rassurer un peu Cléante et lui faire penser que le mariage n'est pas encore fait et ne se fera peut-être jamais. Mais il est tellement estomaqué d'entendre son père lui annoncer qu'il veut épouser Mariane qu'il ne fait certainement pas attention à la fin de la phrase. Il a le souffle coupé, ne peut plus finir ses phrases, s'exprime par monosyllabes et en est réduit à se retirer précipitamment : « Euh ? - Comment ? - Vous êtes résolu, dites-vous… ? - D'épouser Mariane. - Qui, vous ? vous ? - Oui, moi, moi, moi. Que veut dire cela ? - Il m'a pris tout à coup un éblouissement, et je me retire d'ici ». 

.......Rien d'étonnant à cela assurément. Cléante vient de subir la douche écossaise la plus extraordinaire qui soit. Après avoir cru vivre le rêve le plus merveilleux, voici qu'il vit le cauchemar le plus horrible. Il vient de connaître la surprise de sa vie, une surprise divine à laquelle il n'aurait jamais pu s'attendre. Lui qui s'attendait à ce que son père refusât de le laisser épouser, Mariane, pour ne pas dire qu'il en était persuadé, comment aurait-il pu s'attendre à ce que, allant au-devant de son souhaite le plus cher, il lui proposât lui même de l'épouser jamais et à ce qu'il luit dît que, tout compte fait, la pauvreté de Mariane n'était pas un obstacle au mariage. Mais, de même qu'il n'avait jamais espéré, qu'il n'aurait jamais pu espérer que son père lui proposât de lui-même d'épouser Mariane, il n'avait jamais redouté, il n'aurait jamais pu redouter que son père pût songer à l'épouser lui-même. Il vient de se croire arrivé en haut du Capitole, et il est brusquement précipité du haut de la roche tarpéienne. La chute est d'autant plus brutale que la montée, elle, avait été progressive. Au début Cléante avait, bien sûr, beaucoup de peine à croire que son père pût vraiment lui proposer d'épouser Mariane et la surprise l'emportait sur la joie. Mais sa confiance et sa joie n'ont ensuite pas cessé de croître, et c'est juste au moment où, la principale difficulté, la pauvreté de Mariane, ayant été évoquée et levée par Harpagon lui-même, Cléante pouvait se croire enfin assuré de son bonheur, que tous ses espoirs les plus chers se sont effondrés d'un seul coup de la manière la plus imprévisible. Comment n'aurait-il pas alors l'impression que le sol se dérobât sous lui ? Il choisit donc de se retirer pour éviter que son père ne devine la vérité et garder ainsi plus de liberté d'action, comme il l'expliquera plus loin à La Flèche : « J'ai découvert que mon père est mon rival et j'ai eu toutes les peines du monde à lui cacher le trouble où cette nouvelle m'a mis ». - Mais pour quelles raisons lui faire mystère de votre amour ? - Pour lui donner moins de soupçons et me conserver au besoin des ouvertures plus aisées pour détourner ce mariage [14]».

.......Mais Harpagon, qui ne s'intéresse nullement aux sentiments de ses enfants, ne se doute de rien : « Cela ne sera rien. Allez vite boire dans la cuisine un grand verre d'eau claire. ». Bien entendu, il ne s'inquiète aucunement du malaise de Cléante : « Cela ne sera rien ». Ce n'est que pour la forme qu'il lui conseille d'aller boire, non pas un verre de vin ou un cordial, comme il serait normal en pareille circonstance, mais seulement, et c'est pourquoi il l'envoie à « la cuisine », un « verre d'eau claire », car il ne saurait être question d'y mettre un peu de sirop ou seulement un sucre. Mais Harpagon croit sans doute faire preuve de beaucoup de générosité en invitant son fils à en boire un « grand » verre.

.......Loin de s'inquiéter si peu que ce soit, Harpagon est tout réjoui par cet incident qui le confirme dans son opinion que les jeunes gens sont plus fragiles que les vieillards : « Voilà de mes damoiseaux flouets, qui n'ont non plus de vigueur que des poules ». Harpagon nourrit, en effet, un grand mépris pour les jeunes gens. Et lorsque, à la scène 5 de l'acte II, Frosine, après avoir affirmé que Mariane ne s'intéressait en aucune façon aux jeunes gens et n'était attirée que par les vieillards, ajoutera pour le flatter : « Trouver la jeunesse aimable ! est-ce avoir le sens commun ? Sont-ce des hommes que de jeunes blondins ? et peut-on s'attacher à ces animaux-là ? », il acquiescera avec chaleur : « C'est ce que je dis tous les jours : avec leur ton de poule laitée, et leurs trois petits brins de barbe relevés en barbe de chat, leurs perruques d'étoupes, leurs hauts de chausses tout tombants, et leurs estomacs débraillés ».

.......Harpagon oublie bien vite cet incident, et maintenant qu'il en a fini avec son propre mariage, il en vient enfin à révéler les choix qu'il a faits pour ses enfants : « C'est là, ma fille, ce que j'ai résolu pour moi. Quant à ton frère, je lui destine une certaine veuve dont ce matin on m'est venu parler ; et pour toi, je te donne au seigneur Anselme - Au seigneur Anselme ? - Oui, un homme mûr, prudent et sage, qui n'a pas plus de cinquante ans, et dont on vante les grands biens ». Si Harpagon, loin d'annoncer d'emblée qu'il avait décidé d'épouser Mariane, a cru devoir préparer ses enfants à cette nouvelle, il n'en est aucunement de même lorsqu'il s'agit de leur annoncer quelles décisions il a prises en ce qui les concerne. L'extrême rapidité avec laquelle Harpagon règle la question du mariage de ses enfants contraste d'une manière fort comique avec les précautions qu'il a prises pour annoncer le sien. Il n'en respecte pas moins les usages, en n'employant pas la même formule pour son fils pour sa fille. Malgré son aversion pour les jeunes hommes, Harpagon n'est pourtant pas un féministe. Il ne traite pas donc pas son fils comme on traite sa fille : son fils, il lui « destine » une femme ; sa fille, il la « donne » à un mari. Il tient donc compte des privilèges du sexe fort. Mais, en l'occurrence, la distinction est purement formelle et Cléante n'est pas mieux servi que sa sœur. Il n'a pas plus envie d'épouser la femme qu'on lui destine qu'Élise le mari à qui on la donne. Le mari qu'Harpagon a choisi pour sa fille pourrait être son père, et, d'ailleurs le dénouement révèlera qu'il l'est effectivement. Mais elle a relativement de la chance, car Harpagon précise que le seigneur Anselme « n'a pas plus de cinquante ans ». Il n'est pas sûr, en revanche, que la « veuve » qu'Harpagon a retenue pour son fils ne soit pas plus âgée encore et son silence à ce sujet est de nature à le faire craindre.

 

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.......Cette scène est une extraordinaire réussite. Cette réussite tient d'abord au fait que Molière a su rendre le quiproquo parfaitement vraisemblable. Or il n'était pas facile de faire croire à Cléante que son père pût avoir l'intention de lui donner Mariane pour épouse alors que, quelques minutes auparavant, une telle éventualité lui aurait certainement paru être la chose du monde la plus improbable. Molière y parvient pourtant. Certes ! on peut trouver que, décidément, le hasard fait un peu trop bien les choses. À la scène 2 déjà, Cléante venait faire ses confidences à Élise au moment précis où celle-ci avait décidé de lui faire les siennes. À la scène 4 Harpagon vient annoncer ses projets de mariage à ses enfants au moment précis où ceux-ci veulent lui faire part de leurs propres projets. Quoi qu'il en soit, le fait qu'il songe à les marier ne saurait les étonner. Ils savent bien que non seulement leur père ne tient aucunement à eux, mais qu'il a hâte de les voir quitter sa maison. S'il y a une chose qui pourrait les étonner, c'est, au contraire, qu'il n'y eût pas songé plus tôt. Et, de fait, Harpagon y pensait sans doute depuis quelque temps déjà et le désir d'épouser Mariane l'a poussé à précipiter les choses, Mais s'il a vite trouvé une solution pour sa fille, il vient seulement de réussir à caser Cléante.

.......Comment donc, quand Harpagon leur dit qu'il veut leur parler de mariage à tous les deux, Élise et Cléante pourraient-ils soupçonner qu'il veut leur parler non seulement de leur mariage à eux, mais aussi et surtout du sien ? Comment donc, quand Harpagon parle ensuite de « commencer par un bout », pourraient ils se douter qu'il ne va commencer ni par l'un ni par l'autre ? Comment donc, quand Harpagon prononce alors le nom de Mariane, pourraient-ils douter qu'il n'eût choisi de parler d'abord du mariage de Cléante ? Ce choix paraît d'ailleurs tout à fait naturel dans la mesure où quel que soit le peu d'affection qu'Harpagon puisse nourrir pour Cléante, auquel sans doute il préfère encore Elise, il n'en est pas moins respectueux des traditions et croit devoir traiter le cas de son fils avant celui de sa fille.

.......Certes ! le nom de Mariane ne peut que plonger Cléante dans la stupeur. Il ne s'attendait évidemment pas à ce que son père lui destinât une jeune fille de son âge et encore moins une jeune fille pauvre. Et le fait que cette jeune fille soit précisément celle qu'il veut épouser ne peut lui apparaître que comme le plus extraordinaire des miracles. Et, bien sûr, il a d'abord beaucoup de mal à y croire. Mais, outre qu'il en a en même temps terriblement envie, si inimaginable qu'elle puisse lui paraître, l'hypothèse que son père ait décidé de lui donner Mariane pour épouse, n'en semble pas moins s'imposer avec évidence comme la seule possible. Son père vient d'annoncer qu'il est venu parler de mariage à ses enfants, et, après avoir dit qu'il fallait bien « commencer par bout », il prononce alors le nom de Mariane. Certes ! il ne déclare pas tout de go que Cléante doit épouser Mariane. Il s'inquiète d'abord de savoir si ses enfants la connaissent, et, Cléante ayant répondu affirmativement, il lui demande ce qu'il pense de Mariane. C'est, bien sûr, une nouvelle surprise pour Cléante, qui n'est pas habitué à ce que son père le consulte sur ses opinions ou ses sentiments. Mais, dans l'hypothèse où son père Harpagon envisagerait réellement de donner Mariane à Cléante, cette conduite inattendue s'expliquerait alors assez aisément par le fait qu'elle est pauvre. Sans doute Hapargon n'est-il pas de ceux qui se préoccupent beaucoup de l'avenir de leurs enfants, mais un homme aussi maladivement attaché à l'argent peut difficilement envisager de choisir pour belle-fille une jeune fille totalement dénuée de fortune sans que cela lui pose quelques problèmes. Aussi bien dira-t-il à Fosine que l'on n'épouse point « une fille sans qu'elle apporte quelque chose [15]». Cléante peut donc facilement imaginer que son père puisse être très gêné de lui donner pour épouse une jeune fille sans aucun argent.

.......Et, de fait, c'est bien la pauvreté de Mariane qui explique le comportement d'Harpagon. Si elle avait été riche, il aurait annoncé sans ambages sa décision de l'épouser. En demandant à son fils ce qu'il pense d'elle, il cherche à se rassurer lui-même sur le bien-fondé de son choix. Les premières réponses de son fils l'ayant pleinement rassuré, il franchit alors un pas de plus en abordant de façon de plus en plus claire l'hypothèse d'un éventuel mariage et en suggérant lui-même les réponses qu'il souhaite entendre. Et, de nouveau, il est de nouveau pleinement satisfait. L'Harpagon amoureux, qui souhaite trouver un allié pour l'aider à triompher de l'Harpagon avare, ne pouvait, en effet, pas trouver mieux que Cléante, lui-même amoureux de Mariane.

.......S'il procède, en interrogeant Cléante comme celui-ci avait lui-même l'intention de procéder avec lui, c'est parce qu'il est dans la même situation. Il souhaite, comme lui, épouser une jeune fille pauvre, et, comme lui, il doit affronter un vieillard avare. Quoi d'étonnant qu'Harpagon semble prendre la place de Cléante : il est son rival. Certes ! rien ne semblait pouvoir inciter Cléante à penser que son père pût vouloir se remarier, surtout avec une jeune fille pauvre. Il en aurait été autrement si Harpagon avait été un vieillard libidineux. Mais ce n'est pas le cas. Il n'a certainement jamais trompé sa femme et, même s'il est sensible à la grâce et à la jeunesse de Mariane, il n'en reste pas moins qu'il aime encore plus l'argent, comme Frosine le dira à la jeune fille [16]. Et on en aura la confirmation au dénouement puisqu'il se résignera facilement à devoir renoncer à épouser Mariane, trop heureux de retrouver sa « chère cassette ». Pourtant, le comportement d'Harpagon s'explique si bien dès qu'on en connaît la raison qu'on finit par se demander comment, non plus que Cléante, on n'y a pas pensé.

.......C'est tout cela qui rend ce quiproquo si intensément comique. Cléante, qui est venu trouver son père avec l'intention de lui dire qu'il voulait épouser Mariane, s'entend répondre que lui aussi veut parler de mariage à ses enfants. Et, quand Harpagon prononce le nom de Mariane, après avoir dit qu'il fallait bien « commencer par un bout », comment pourrait-il ne pas croire que son père va la lui proposer en mariage, si inattendue, si incroyable que la chose puisse lui paraître ? Son étonnement n'a d'égal que le grand soulagement et l'immense joie qu'il ressent alors. Lui, qui était persuadé d'avoir à livrer une bataille extrêmement difficile, une bataille quasiment perdue d'avance, voilà qu'il semble avoir gagné avant même d'avoir seulement commencé à combattre. Lui qui avait soigneusement préparé et pesé les paroles qu'il s'apprêtait à prononcer, qui avait soigneusement répété la scène qu'il allait devoir jouer, voilà qu'il entend son père l'inviter lui-même à lui dire ce qu'il avait l'intention de lui dire, avant d'aller jusqu'à le lui dire lui-même, de telle sorte qu'il n'a plus besoin que de l'approuver. Et, s'il a au début quelque peine à croire à une chose à laquelle pourtant il a tellement envie de croire, ses doutes se dissipent rapidement et la joie l'emporte de plus en plus sur l'étonnement. L'insistance que met son père à lui demander ce qu'il pense de Mariane ne peut que le convaincre qu'il est effectivement décidé à la lui proposer en mariage.

.......Sa joie ne connaît plus de bornes lorsque son père évoque lui-même la pauvreté de Mariane et déclare n'y voir qu'une « petite difficulté ». Il croit comprendre que, si Harpagon a tant tourné autour du pot, c'est parce qu'il avait peur que son fils ne considérât cette pauvreté comme un obstacle insupportable. Il est si heureux que, pour un peu, il en sauterait au cou de son père. Et c'est alors que soudain tout s'éclaire et tout s'écroule en même temps. Cléante comprend tout à coup pourquoi son père s'est comporté d'une manière aussi inhabituelle, pourquoi il semblait avoir pris sa place et lui voler les paroles qu'il avait l'intention de prononcer.

.......Rien de plus désopilant, en tout cas, que ce dénouement du quiproquo à la fois si surprenant et si naturel, que cette révélation à la fois si inattendue et si parfaitement amenée. La déconvenue de Cléante est particulièrement cruelle et c'est aussi ce qui la rend particulièrement comique. Quelque sympathie qu'il éprouve pour Cléante, le spectateur peut en rire sans scrupules puisqu'il sait bien qu'à la fin tout s'arrangera et qu'il épousera Mariane.


 

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NOTES :

[1] Le Langage dramatique, P.U.F., 1980 p. 236. Outre ceux de la scène 4 de l'acte I et de la scène 7 de l'acte V, on trouve un quiproquo entre Cléante et Harpagon à la scène 5 de l'acte IV, qui tient au fait que Maître Jacques, à la scène précédente, a artificiellement réconciliés Cléante et Harpagon en allant de l'un l'autre leur parler en aparté et en affirmant à chacun d'eux que l'autre était prêt à lui céder Mariane. On trouve aussi un très court quiproquo au début de la scène 2 de l'acte V, Harpagon entendant Maître Jacques donner des ordres pour que l'on égorge un cochon de lait et croyant qu'il parle de celui qui a dérobé sa cassette. On trouvera des remarques très pertinentes sur le quiproquo chez Molière dans la thèse de Gabriel Conesa, Le Dialogue moliéresque, PUF, 1983, pp. 224-234.

[2] On trouvera une rapide mais pertinente analyse de cette scène dans la thèse de Pierre Larthomas (pp. 234-236).

[3] Le Malade imaginaire, acte I, scène 5.

[4] « Je n'ai point encore vu la personne; mais on m'a dit que j'en serai content et toi aussi », dit-il à sa fille(ibidem).

[5] Acte I, scène 2 : « Une jeune personne qui loge depuis peu en ces quartiers, et qui semble être faite pour donner de l'amour à tous ceux qui la voient. La nature, ma sœur, n'a rien formé de plus aimable ; et je me sentis transporté dès le moment que je la vis. Elle se nomme Mariane, et vit sous la conduite d'une bonne femme de mère, qui est presque toujours malade, et pour qui cette fille aimable fille a des sentiments d'amitié qui ne sont pas imaginables. Elle la sert, la plaint, et la console ace une tendresse qui vous toucherait l'âme. Elle se prend d'un air le plus charmant du monde aux choses qu'elle fait, et l'on voit briller mille grâces en toutes ses actions : une douceur pleine d'attraits ; une bonté tout engageante, une honnêteté adorable, une… Ah ! ma sœur, je voudrais que vous l'eussiez vue ».

[6] Voir Le Tartuffe, acte II, scène 1, vers 438-444 :
[…] Que dites-vous de Tartuffe notre hôte ?
- Qui, moi ?
- Vous. Voyez bien comme vous répondrez.
- Hélas ! j'en dirai, moi, tout ce que vous voudrez.
- C'est parler sagement. Dites-moi donc, ma fille,
Qu'en toute sa personne un haut mérite brille,
Qu'il touche votre cœur, et qu'il vous serait doux
De le voir par mon choix devenir votre époux.

[7] « Sans doute » a, bien sûr, le sens de « sans aucun doute, assurément ».

[8] Voir acte I, scène 4. Citons seulement ce passage : « Ne trouves-tu pas, Toinette, qu'il est bien fait de sa personne ? – Assurément - Qu'il a l'air le meilleur du monde ? - Sans doute ? - Que ses discours, comme ses actions, ont quelque chose de noble ? – Cela est sûr. - Qu'on ne peut rien entendre de plus passionné que tout ce qu'il dit ? - Il est vrai ».

[9] L'adjectif « considérable » a ici son sens étymologique : « qui peut, qui doit être pris en considération ».

[10] Voir acte III, scène 1.

[11] Il dira tout à l'heure à Mariane : « Je vois que vous vous étonnez de me voir de si grands enfants, mais je serai bientôt défait de l'un et de l'autre » (acte III, scène 6).

[12] « Vous êtes-vous engagé, mon frère, avec celle que vous aimez ? – Non, mais j'y suis résolu […] Enfin j'ai voulu vous parler, pour m'aider à sonder mon père sur les sentiments où je suis et si je l'y trouve contraire, j'ai résolu d'aller en d'autres lieux, avec cette aimable personne, jouir de la fortune que le Ciel voudra nous offrir »

[13] Acte II, scène 5 : « Mais, Frosine, as-tu entretenu la mère touchant le bien qu'elle peut donner à sa fille ? Lui as-tu dit qu'il fallait qu'elle s'aidât un peu, qu'elle fît quelque effort, qu'elle se saignât pour une occasion comme celle-ci. Car encore n'épouse-t-on point une fille, sans qu'elle apporte quelque chose […] Il faut bien que je touche quelque chose ».

[14] Acte II, scène 1.

[15] Acte II, scène 5.

[16] « Car enfin il vous aime fort, je le sais bien ; mais il aime un peu plus l'argent » (acte IV, scène 1).

 

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