Assez décodé !
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....................Une journée tuante, la Résurrection

La terre ouvre son sein; du ventre des tombeaux
Naissent des enterrés les visages nouveaux :
Du pré, du bois, du champ, presque de toutes places
Sortent les corps nouveaux et les nouvelles faces.
Ici les fondements des châteaux rehaussés
Par les ressuscitants promptement sont percés;
Ici un arbre sent des bras de sa racine
Grouiller un chef vivant, sortir une poitrine;
Là l'eau trouble bouillonnne, et puis s'éparpillant
Sent en soi des cheveux et un chef s'éveillant.
Comme un nageur venant du profond de son plonge,
Tous sortent de la mort comme l'on sort d'un songe.
Les corps par les tyrans autrefois déchirés
Se sont en un moment en leurs corps asserrés,
Bien q'un bras ait vogué par la mer écumeuse
De l'Afrique brûlée en Thulé froiduleuse.
Les cendres des brûlés volent de toutes parts;
Les brins plutôt unis qu'ils ne furent épars
Viennent à leur poteau, en cette heureuse place,
Riant au ciel riant d'une agréable audace.

Agrippa d'Aubigné, Les Tragiques, chant VII, vers 665-684 [1].

« Certes ce n'est pas une petite affaire que de ressusciter [2] » a écrit Claudel au début des Paroles au Maréchal, texte dont il a peu après renié l'inspiration, mais qu'il a néanmoins tenu à conserver comme portant la marque de son génie, et qui la porte, en effet, par une certaine forme, qui n'appartient qu'à lui, de sénilité éloquente et de gâtisme fastueux. Pour une fois, on peut bien l'en croire, et il se pourrait même que ressusciter fût encore plus difficile que ne le pensait Claudel qui, pour sa part, ne doutait pas d'y parvenir, comme en témoigne son épitaphe [3] . Quoi qu'il en soit, si l'on compare le petit nombre des écrivains qui ont traité le thème de la résurrection des morts à la multitude des peintres et des sculpteurs qui l'ont représentée, l'on serait tenté d'ajouter, en pastichant Valéry, que, pour difficile que puisse être la Résurrection, la tâche de la décrire pourrait bien être plus difficile encore. C'est qu'en effet, depuis qu'il y a des hommes et qui meurent, quand tous en même temps ils sortiront de terre, ce sera, à coup sûr, la cohue la plus colossale, le chahut le plus phénomémal, le raffut le plus fabuleux, le tohu-bohu le plus prodigieux que l'humanité ait jamais connus. Aussi, pour réussir à nous faire imaginer un peu cette animation extraordinaire, faut-il un écrivain qui soit un visionnaire.

Agrippa d'Aubigné en est un, et pas seulement au sens large du mot, puisque dans le récit de sa vie qu'il a écrit pour ses enfants, il raconte certaines des visions qu'il a eues, dont la première lui vint à l'âge de sept ans, lorsqu'il crut voir s'approcher de son lit « une femme fort blanche, qui, lui ayant donné un baiser froid comme glace, se disparut [4] ». Et les Tragiques eux-mêmes seraient nés d'une vision qu'il eut, blessé, au château de Talcy et qu'il évoque longuement dans le livre des Fers [5] . Ce qui est certain, c'est que, passionné de magie et d'occultisme, il croyait fermement à tous les phénomènes réputés surnaturels : prédictions, possessions, envoûtements, fantômes… auxquels croyaient tant de ses contemporains. On peut le déplorer; toujours est-il qu'avec une imagination très vive et un esprit critique peu développé, il possédait les deux qualités requises pour bien peindre la Résurrection.

Pourtant, quelque saisissant que soit ce passage, tous les vers n'en sont pas également convaincants, et, si l'on ne peut qu'admirer les douze premiers (jusqu'à « Tous sortent de la mort ainsi qu'on sort d'un songe »), les huit derniers peuvent prêter un peu à sourire. C'est qu'Agrippa d'Aubigné a absolument tenu à ce que la résurrection des martyrs, évoquée dans ces huit derniers vers, se distinguât nettement de celle des autres morts, évoquée dans les vers précédents. Il a voulu qu'elle se fît suivant des modalités exceptionnelles qui rendissent le miracle encore plus étonnant, encore plus extraordinaire, ce qui l'a amené à abuser quelque peu de la bonne volonté du lecteur.

 

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Ce qui fait, en effet, la réussite exceptionnelle de la première partie, c'est qu'Agrippa d'Aubigné, tout en traduisant de façon saisissante le caractère extraordinaire d'un phénomène aussi prodigieux, a su rendre néanmoins le miracle naturel, et cela d'abord grâce à des images que l'on ne retrouvera pas dans la seconde partie et qui permettent d'assimiler la Résurrection à des phénomènes naturels : au réveil (vers 675-676), et plus encore à la naissance (vers 665-666) et surtout - bien qu'elle soit davantage sous-jacente, c'est l'image fondamentale, puisque, dans l'immense majorité des cas, c'est de la terre que sortent les ressuscitants - à la germination (vers 667-668, 671-672). Et, pour l'animiste convaincu qu'est Agrippa d'Aubigné, la nature ne saurait être seulement le théâtre de la Résurrection : œuvre de Dieu, elle est associée à ses desseins et participe pleinement à ce grand événement. La terre, qui sent dans ses entrailles tout l'extraordinaire travail de cet enfantement fantastique, « ouvre son sein »: comme une femme en couches, elle fait tous ses efforts, elle pousse de toutes ses forces pour aider les ressuscitants à sortir. Les arbres sont animés et, au sourd remuement qu'enregistrent d'abord leurs racines, aux étranges démangeaisons, aux mystérieux gratouillis, aux titillations insolites qu'elles ressentent bientôt, ils devinent fort bien que le printemps qui se prépare ne sera pas comme les autres. Pour merveilleuse qu'elle soit, cette participation de la nature contribue à nous faire accepter le miracle de la Résurrection, qui devient comme le prolongement et le couronnement des manifestations de sa puissance.

Comme on le sait, tous les morts doivent ressusciter en même temps. Les anges chargés d'organiser cette grande opération auraient certainement préféré qu'elle se fît par classes d'âges, les plus anciens, comme il se doit, ressuscitant les premiers, et qu'elle s'échelonnât sur plusieurs jours, voire sur quelques semaines. Mais les ordres de Dieu sont formels : pour que le spectacle de la Résurrection soit le plus extraordinaire possible et communique à tous les esprits l'idée la plus haute de la toute-puissance divine sur laquelle les Elus, pour toute occupation devront s'extasier durant toute l'éternité [6] , il importe absolument que tous les morts ressuscitent en même temps. Agrippa d'Aubigné a su nous suggérer en peu de mots le prodigieux grouillement, l'époustouflant pullulement de tous ces corps qui sortent tous à la fois et de tous les côtés (« Du pré, du bois, du champ, presque de toutes places [7] »). Mais, tout en donnant bien l'impression d'une résurrection simultanée de tous les morts, il a su ménager une progression très nette, par des évocations qui montrent de mieux en mieux comment la force toute-puissante de la Résurrection se joue de toutes les difficultés, triomphe de toutes les résistances, balaye tous les obstacles.

Nous avons d'abord les morts pour qui la Résurrection pose le moins de problèmes techniques : ceux qui ont été ensevelis dans un tombeau (« du ventre des tombeaux ») et dont les restes (si le décès n'est pas trop lointain) ont pu être relativement protégés de la dispersion, si ce tombeau était suffisammnent solide et hermétique. Nous avons ensuite la grande foule de tous ceux qui ont été enterrés çà et là dans la nature (« Du pré, du bois, du champ ») [8] avec ou sans cercueil, et dont les restes, à moins que le décès ne soit très récent, seront fort dispersés le jour de la Résurrection. Agrippa d'Aubigné envisage alors quelques cas particuliers qui lui paraissent poser des problèmes spécialement difficiles. Nous avons d'abord le cas de ceux qui ont eu la malchance de voir des châteaux s'élever sur le lieu où ils ont été enterrés et qui auront d'autant plus de mal à se frayer un passage jusqu'à la sortie, au jour de la Résurrection, que ces châteaux ont encore été surélevés au cours des siècles. Agrippa d'Aubigné évoque ensuite le cas de ceux qu'on a enterrés sous un arbre, sans doute pour qu'ils aient de l'ombre, mais sans se soucier suffisamment de faciliter leur résurrection. On nous objectera peut-être qu'il ne doit pas être si terrible de sortir de dessous un arbre et qu'en tout cas, c'est certainement plus facile que de sortir de dessous un gros château. C'est bien possible, en effet, mais, à notre avis, on aurait tort de sous-estimer la difficulté de ce cas, à cause de l'enchevêtrement des racines dans lesquelles on risque de s'empêtrer et de laisser prendre sa chevelure. Quoi qu'il en soit, on admettra sans doute aisément qu'avec la dernière évocation, celle des morts rendus par les eaux, nous avons le cas de loin le plus délicat, celui dans lequel la toute-puissance de la Résurrection se manifeste avec le plus d'éclat. En effet, à force de séjourner dans l'eau, les corps ont fini par s'y dissoudre et, s'il s'agit d'un cours d'eau, jusqu'où leur substance n'a-t-elle pas pu être entraînée et dispersée ? Mais Agrippa d'Aubigné sait que Dieu veille du haut du Ciel et que, comme le dira Bossuet dans l'Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre , il « suit toutes les parcelles de notre corps, en quelque endroit écarté du monde que la corruption ou le hasard les jette[9] ».

On pourra regretter que, dans cette évocation des cas difficiles qui se rencontreront au jour de la Résurrection, Agrippa d'Aubigné se soit arrêté un peu tôt et qu'il n'ait pas envisagé d'autres cas encore beaucoup plus redoutables et qui poseront aux organisateurs de cette opération sans précédent des problèmes apparemment insolubles. Car, pour Agrippa d'Aubigné, il ne fait pas de doute que c'est la substance même qui constitue le corps de chaque individu qui doit être rassemblée et ranimée au jour de la Résurrection. C'est ce que croyaient saint Augustin et saint Thomas, c'est ce que croira Bossuet, c'est ce que croira toute la tradition chrétienne jusqu'à nos jours où, notamment parce que l'on a découvert qu'à l'exception de certaines catégories de cellules, la substance du corps humain se renouvelait tous les sept ans environ, il est devenu bien difficile de maintenir l'interprétation traditionnelle. Mais, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, l'Eglise aurait pu se rendre à l'évidence beaucoup plus tôt, car ces parcelles de notre corps, dont Bossuet nous dit que Dieu n'en perd jamais aucune de vue, elles rentrent « dans le jeu » comme dit Valéry et comme Bossuet lui-même l'a rappelé dans le Sermon sur la Mort : « La nature, presque envieuse du bien qu'elle nous a fait, nous déclare souvent et nous fait signifier qu'elle ne peut pas nous laisser longtemps ce peu de matière qu'elle nous prête, qui ne doit pas demeurer dans les mêmes mains et qui doit être éternellement dans le commerce : elle en a besoin pour d'autres formes, elle la redemande pour d'autres ouvrages [10] ». S'il n'y aura pas de problèmes quand ces autres ouvrages seront des végétaux ou des animaux que la divine Providence a fort sagement privés de Résurrection, qu'adviendra-t-il quand ce seront d'autres hommes et que dix, cent, mille, dix mille… individus différents se disputeront la même matière ? Aussi déplorons-nous vivement qu'Agrippa d'Aubigné n'ait pas songé à évoquer les difficultés de la Résurrection chez certaines tribus d'anthropophages qui avaient jugé plus simple de vivre en économie fermée et de se diviser en clans afin de se dévorer les uns les autres de génération en génération.

Du moins reconnaissons que, grâce à son imagination, Agrippa d'Aubigné a su nous donner, un moment, l'impression d'assister vraiment à la Résurrection. Cela vient en grande partie du fait que, pour puissante et rapide qu'elle soit (toutes les opérations se font « promptement », comme l'indique le vers 670), elle n'est pourtant pas instantanée. Les morts ne sortent pas de terre comme par enchantement; ils ne surgissent pas brusquement de leurs tombeaux comme des diables d'une boîte; ils ne bondissent pas hors de l'eau, comme des mannequins gonflables qu'on y aurait enfoncés et soudainement libérés. On a, au contraire, bien le temps de les voir apparaître et cela, tout d'abord, grâce à l'ordre des mots. Il est très net dans les quatre premiers vers où l'on a, en premier, les compléments de lieu (« du ventre des tombeaux »; « du pré, du bois, du champ, presque de toutes places »), puis les verbes d'action (« naissent »; « sortent [11] ») et enfin les sujets (« des enterrés les visages nouveaux »; « les corps nouveaux et les nouvelles faces [12] »). Il est un peu moins net dans les six vers qui suivent, mais l'on y trouve toujours d'abord l'évocation des lieux (« les fondements des châteaux rehaussés »; « ici un arbre »; « là l'eau »), puis, dans les quatre derniers vers, des verbes qui évoquent des mouvements (« grouiller… sortir »; « bouillonne et puis, s'éparpillant »), suivis de leurs sujets (« un chef vivant… une poitrine »; « des cheveux et un chef »). L'ordre des mots correspond donc, à une exception près, celle du vers 670 (« Par les ressuscitants promptement sont percés »), à l'ordre chronologique, aux trois grandes séquences du film de la Résurrection.

La première séquence nous offre des vues en travelling des divers lieux où vont apparaître les ressuscités : des caveaux dans des églises, des cimetières de campagne, des étendues de prés, de bois et de champs, des châteaux médiévaux agrandis à la Renaissance, des arbres isolés au milieu d'un pré, de paisibles cours d'eau et des étangs tranquilles. Ce qui caractérise, en effet, chacune de ces vues, c'est une impression de parfaite tranquillité : le ciel est serein, la lumière est douce; ni les feuillages ni les eaux ne sont agités par le vent; rien ne semble devoir jamais se passer; le temps est comme arrêté.

La deuxième séquence nous offre les mêmes plans que la première, mais, à l'instant même, viennent de retentir, du haut du ciel, les trompettes des anges sonnant le grand Réveil, et l'on sent tout de suite que l'on va bientôt assister à un ramdam effréné, à un charivari carabiné, au plus effarant capharnaüm, au plus phénoménal branle-bas que l'on ait jamais connus. Déjà , dans les entrailles de la terre, on entend comme un sourd remue-ménage et bientôt l'on voit apparaître, dans les prés et dans les champs, d'insolites monticules, d'étranges taupinières, de curieuses crevasses, des entonnoirs inattendus. On voit des arbres qui sont d'abord saisis de petits frissons, puis secoués d'une sorte de hoquet, en proie enfin à d'étranges tressauts qui font tomber les fruits trop mûrs. Des ondes, qui étaient limpides et lisses, deviennent soudain troubles et semblent s'épaissir, tandis que des bulles inhabituelles éclatent bientôt à la surface où , sans qu'il y ait le moindre souffle d'air, viennent à se former de mystérieuses rides. Les habitations, non plus, ne sont pas à l'abri des perturbations : on y entend des craquements inquiétants, on y ressent de soudains ébranlements et l'on voit apparaître sur les murs des fissures imprévues et se former dans les soubassements de bizarres lézardes et d'inexplicables brèches. Dans les caveaux, dans les cryptes, dans les chapelles latérales des églises, on entend des bruits sourds qui sortent des tombeaux, comme si les morts s'y retournaient, et l'on voit bientôt les lourds couvercles de pierre saisis, par intervalles, d'étranges soubresauts. Mais, bien sûr, c'est dans les cimetières que le branle-bas souterrain bat son plein : c'est la nouba, c'est le sabbat, la sarabande, la bacchanale des macchabées. Les pierres tombales, tour à tour, se soulèvent et retombent, les croix semblent avoir toutes la danse de saint Guy et les fossoyeurs se demandent hébétés à quelle corrida se livrent les cadavres.

Avec la troisième séquence, nous allons enfin assister à l'apparition des ressuscités. Les innombrables petits bombements des prés et des champs, maintenant tout bossués, s'accentuent encore un peu plus, et voici que les bosselures se transforment en têtes, les monticules en dos et que l'on voit des mains surgir des taupinières, en rejetant la terre sur les côtés. Voici que, sur les eaux, le dessin des mystérieuse rides s'accentue et se fixe; voici soudain qu'il se soulève et qu'on voit des cheveux qu'un brusque mouvement écarte en découvrant un visage. Dans les cryptes et dans les églises, les couvercles des tombeaux se soulèvent plus ou moins, suivant que les ressuscités sont plus ou moins réveillés. S'ils le sont tout à fait, ils soulèvent entièrement le couvercle qu'ils font retomber sur le côté et sortent debout de leur tombeau; s'ils ne le sont qu'à demi, ils ne le soulèvent qu'à moitié et sortent en se courbant ou en s'asseyant sur le bord; s'ils ne sont qu'à peine réveillés, ils se contentent de soulever un peu le couvercle et essayent de sortir en se laissant rouler sur le côté. Mais c'est dans les cimetières que la sortie est de loin la plus difficile à cause de la plus colossale bousculade qu'on vit onques : c'est un entremêlement de membres d'autant plus inextricable que les ressuscités n'ont pas encore eu le temps de se réhabituer suffisamment aux leurs pour bien les reconnaître. En peu de temps, tous les cimetières sont transformés en autant d'immenses amas d'anatomies gigotantes, d'énormes congères de corps gesticulants et bien leur prend de n'être plus mortels, sinon ils périraient presque tous étouffés.

Ainsi, ce qui rend cette Résurrection si vivante, si l'on peut dire, c'est que les ressuscités ne surgissent pas devant nous comme par un coup de baguette magique : nous avons bien le temps d'assister à leur sortie qui, de plus, est précédée de nombreux signes avant-coureurs. Mais, si la résurrection demande un certain temps, il ne faudrait pas croire que les trois grandes opérations qu'elle comporte (la reconstitution des corps, leur réanimation et leur réapparition à la lumière) se fassent successivement. Pour l'imagination d'Agrippa d'Aubigné, elles sont inséparables, et c'est pourquoi il ne s'est pas servi ici du texte de la Bible qui évoque le plus longuement la Résurrection et qu'il avait évoqué plus haut [13] , le chapitre 37 d'Ezechiel. Dans la vision du prophète, en effet, la reconstitution des corps et leur réanimation constituent deux étapes bien distinctes. A sa parole, les ossements qui appartiennent à un même corps, se rapprochent d'abord les uns des autres et se recouvrent de nerfs, de chair et de peau. Puis le prophète demande à l'Esprit de souffler sur ces corps et c'est alors seulement qu'ils reprennent vie et se mettent debout. De plus, en ayant prélablement rassemblé, on ne sait comment, les ossements de tous les morts dans une vaste plaine, Ezechiel nous a privés de la séquence, sans laquelle il ne saurait y avoir de bon film sur la Résurrection : celle de la sortie en masse des ressucités.

Pour Agrippa d'Aubigné, au contraire, les trois opérations se font en même temps. Si tout dans la nature, dès qu'a retenti la sonnerie des anges, s'anime pour participer à la Résurrection, n'est-il pas normal que les restes des défunts, alors qu'ils sont si directement intéressés à cette opération,s'animent eux aussi, avant même d'être rassemblés, et participent activement à leur propre rassemblement ? Mais, si Agrippa d'Aubigné a su nous le suggérer grâce à l'impression générale qui se dégage de sa vision de la Résurrection, il s'est bien gardé, sous peine de tomber dans le Grand-Guignol, de le faire de façon un peu précise. Il eût été évidemment burlesque de nous montrer deux jambes s'élançant, à cloche-pied naturellement, à la rencontre l'une de l'autre ou deux bras en train de se serrer chaleureusement la main. De plus de tels spectacles ne sauraient se produire que dans quelques cas assez rares de gens fraîchement tués et découpés en morceaux, dont les restes auraient été dispersés sans être ensevelis. Le plus souvent, l'opération de reconstitution s'effectue sous la terre, ce qui, fort heureusement, évite à Agrippa d'Aubigné d'avoir à la décrire.

Mais si, lorsque les corps sortent enfin de terre, ils sont déjà reconstitués, cela ne veut pas dire que le mouvement des corps vers la lumière soit postérieur à leur résurrection, mais seulement que le moment où il s'achève, correspond aussi à l'achèvement d'une résurrection qui s'est poursuivie jusqu'à cet instant précis. Agrippa d'Aubigné, d'ailleurs, lorsqu'il évoque le cas de ceux qui ont à percer les fondements d'un château, ne parle pas des « ressuscités », mais bien des « ressuscitants ». L'opération de dégagement des corps commence, en effet, avec celle de leur reconstitution. « La mort, dira encore Bossuet dans l'Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place [14] ». Du moins, au bout de peu de temps, cette place est-elle si réduite qu'il n'y paraît plus. Mais, lorsque les corps retrouvent leur volume intial, il leur faut de nouveau de la place et ainsi la même force qui les reformera, écartera la terre, soulèvera les pierres, retournera tout le sous-sol et ouvrira de toutes parts à la foule des ressuscitants des brèches qu'ils n'auront plus qu'à élargir pour se frayer un passage.

C'est assurément dans la dernière évocation, celle du corps qui émerge de l'eau, que l'on a, de la façon la plus saisissante, l'impression de voir non un ressuscité, mais un ressuscitant. Ce corps, en effet, nous ne le voyons pas seulement apparaître à la surface, nous pouvons, sinon le voir vraiment se reconstituer, du moins suivre à la surface les signes de cette reconstitution. Si l'eau devient trouble, s'il s'y forme des bulles, ce n'est pas seulement parce qu'elle est soudain brassée et que la vase est remuée, c'est que les particules organiques se rassemblent, que les molécules se serrent de plus en plus les unes contre les autres, que le corps qui s'était dissous dans l'eau, s'y reforme maintenant. Mais ce qui donne vraiment l'impression de voir le corps se reformer sous nos yeux, plus encore que la vue de cette eau qui devient trouble, bouillonne et semble vouloir changer d'état, ce sont ces rides qui se forment (« s'éparpillant »), qui tout d'abord paraissent n'être que de banales ondulations de la surface, mais dans le dessin desquelles semblent bientôt s'inscrire le dessin d'une chevelure, dessin qui devient de plus en plus net et finit par effacer le premier. On a donc l'impression de voir les ondulations de la surface se transformer en cheveux, de voir de l'eau se métamorphoser en homme.

Si la réussite de ce distique est grande, celle du distique suivant ne l'est pas moins, et, entre les deux, la transition est très naturelle, puisque ce qui n'était, dans les deux vers précédents, qu'un cas particulier de la Résurrection, va en devenir, en prenant la forme d'une comparaison, une image générale. Comme celles de la naissance et de la germination, l'image du plongeur qui remonte à la surface, contribue à assimiler la Résurrection à un grand phénomène naturel : une force universelle soulève tous les ressuscitants, comme la poussée d'Archimède soulève tous les plongeurs, et aussi instinctivement que le font les plongeurs, les ressuscitants secondent de leurs efforts la force qui les porte. A cette comparaison, Agrippa d'Aubigné en a associé une autre, celle du réveil, et par la construction de la phrase dans laquelle les deux comparaisons encadrent l'objet de la comparaison, il a établi comme un va-et-vient entre les deux images qui s'enrichissent réciproquement. Mais l'image du réveil ne fait pas que redoubler celle du nageur remontant de sa plongée : elle sert aussi à souligner l'impression de ne pas très bien savoir où ils en sont, qu'éprouvent plus ou moins tous ces ressuscités que Péguy nous peindra, dans Eve, « tout ébaubis…, tout ébahis…, tout étourdi(s)...., tout interdit(s) [15] ». On le serait à moins, et il est probable qu'on verra, en effet, même parmi les croyants les plus convaincus, bien des ressuscités tout ahuris, tout abrutis tituber d'hébétude. Et il serait à souhaiter que les organisateurs de la Résurrection prévoient une distribution générale de café [16] .

 

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Agrippa d'Aubigné aurait sans doute été mieux avisé de s'en tenir là et de clore son évocation de la Résurrection sur ces deux vers qui la résument si bien. Rien n'est pourtant plus facile que de comprendre pourquoi il ne l'a pas fait. S'il a voulu faire une place à part à la résurrection des martyrs, c'est parce qu'il tenait à ce que cette résurrection n'apparût pas seulement comme une victoire sur la mort, mais aussi, et de façon éclatante, comme une victoire sur les bourreaux. Et s'il y tenait tellement, c'était évidemment parce que, parmi tous les martyrs, il pensait tout spécialement à ses frères protestants torturés et tués. Malheureusement cela l'a amené à renchérir dangereusement sur le caractère miraculeux de l'événement. Du moins les faiblesses manifestes de cette seconde partie permettent-elles de mieux voir les écueils qu'il avait su éviter dans la première.

On peut, bien sûr, le féliciter d'avoir suivi, comme dans la première partie, l'ordre de la difficulté croissante, puisqu'il évoque d'abord la résurrection des martyrs dont les corps ont été déchirés par les bourreaux et ensuite celle de ceux que l'on a brûlés. Or il va de soi que, quand bien même les bourreaux se seraient acharnés avec la sauvagerie la plus barbare sur les corps de leurs victimes, quand bien même ils les auraient hachés en petits morceaux, le feu permet d'obtenir des parcelles incomparablement plus fines et que le vent disperse aisément. Mais Agrippa d'Aubigné n'a envisagé, cette fois, que deux cas différents, ce qui n'est pas suffisant pour nous donner vraiment l'impression d'une progression.

Surtout, ce qui fait que l'on a de la peine à prendre au sérieux la résurrection des martyrs, c'est qu'à la différence de celle des autres morts, elle a un caractère d'extrême rapidité, de soudaineté, qui nous donne l'impression d'assister à des tours d'illusioniste. Instantanément (c'est en ce sens qu'il faut comprendre « en un moment ») les membres dispersés aux extrémités de la terre se trouvent réunis; les cendres se rassemblent pour reconstituer les corps des brûlés plus rapidement qu'elles n'ont été autrefois dispersées par un brusque coup de vent. C'est qu'Agrippa d'Aubigné, en leur accordant le privilège d'une résurrection instantanée, a voulu permettre aux martyrs de mieux narguer leurs bourreaux qui, si entraînés qu'ils aient pu être à découper les gens et à les faire rôtir, y mettaient tout de même un certain temps et se fatiguaient à la longue à manier de lourdes haches ou à porter des fagots. Mais cela semblerait impliquer que, bien qu'Agrippa d'Aubigné n'ait pas songé à le préciser, que la résurrection des martyrs n'a lieu que lorsque la résurrection des autres morts est terminée afin que tous, et surtout leurs bourreaux, puissent assister à leur triomphe. Le dernier vers du texte qui évoque ce triomphe auquel la nature s'associe (« Riant au ciel riant »), est sans doute le plus réussi de cette seconde partie [17] . Il nous montre que le moral et le physique ne se séparent pas, et moins que jamais au jour de la Résurrection : de même que les martyrs voient leurs corps se reconstituer instantanément, de même ils reprennent immédiatement possession de tous leurs esprits. Si les autres ressuscités ont un réveil un peu lent, s'ils ne comprennent pas très bien où ils sont et ce qui leur arrive, s'ils ont, dans leurs corps tout neufs, l'air emprunté de paysans endimanchés, les martyrs, eux, qui ont tout de suite compris la nature et la portée de l'événement, font preuve d'une parfaite aisance et d'une souveraine assurance.

Mais entre la résurrection des martyrs et celle des autres morts, il y a une autre différence qui montre encore plus nettement peut-être qu'Agrippa d'Aubigné a voulu qu'elle fût une insigne revanche. Les autres morts, en effet, sortent de la terre ou de leurs tombeaux, c'est-à-dire qu'ils ressuscitent là où ils ont été ensevelis. Et c'est la solution que semble dicter le bon sens, car, même si par la suite les restes se sont dispersés, c'est logiquement à l'endroit où les corps ont été ensevelis, que l'on doit, dans la majorité des cas, en retrouver la plus grande quantité et les fragments les plus importants. Le cas des martyrs brûlés et dont les cendres ont été jetées au vent, aurait certes posé aux organisateurs de la Résurrection un problème très délicat, mais nullement insurmontable, étant donné les moyens tout à fait exceptionnels que Dieu met à leur disposition. Grâce à leurs innombrables batteries de très puissants radars qui surveillent en permanence tous les restes des morts jusqu'au jour de la Résurrection, ils auraient commencé par établir, pour chaque corps, un relevé exhaustif et très précis de la position de toutes leurs cendres. Puis ils auraient demandé à un ordinateur (les services de la Résurrection sont, bien sûr, dotés d'ordinateurs d'une puissance illimitée) de déterminer le point géométrique de toutes ces positions et c'est là que la résurrection du corps se serait effectuée. Mais, pour faire une fleur aux martyrs, les organisateurs ont bien voulu accepter de se compliquer grandement la tâche en renonçant à appliquer la solution la plus rationnelle. Ils ont donc décidé que tous les martyrs, en quelques endroits que leurs restes se trouvent dispersés, ressusciteraient à l'endroit même où ils ont été suppliciés. Car, si Agrippa d'Aubigné ne l'a précisé que pour ceux qui ont été brûlés (« Viennent à leur poteau »), cela vaut certainement aussi pour « les corps par les tyrans autrefois déchirés » et pour tous les autres martyrs dont on voit mal comment ils pourraient ne pas bénéficier du même privilège.

Cette seconde différence entre la résurrection des martyrs et celle des autres morts répond donc à la même intention que la première, à moins que ce ne soit elle qui ait entraîné l'autre. A partir du moment, en effet, où l'opération de reconstitution des corps devait se passer sur le lieu de leur supplice, c'est-à -dire au grand jour, il y avait intérêt à ce que cette opération fût aussi discrète et donc aussi rapide que possible. C'est ce qui se passe : un nuage noir obscurcit le ciel pendant un millième de seconde (« Les cendres des brûlés volent de toutes parts ») et aussitôt on voit les martyrs qui sautent de joie sur leurs bûchers, lesquels ont été reconstitués instantanément eux aussi; quand au bras migrateur, il se trouve tout de suite là, sans qu'on l'ait vu venir. Et c'est bien mieux ainsi.

Il est hélas ! bien dommage qu'on l'ait vu partir. L'évocation de ce bras naviguant « de l'Afrique brûlée en Thulé froiduleuse » n'est assurément pas ce qu'il y a de plus heureux dans ce texte. Agrippa d'Aubigné a évidemment voulu montrer, par un exemple précis, que la force de la Résurrection pouvait rassembler des membres dispersés aux quatre coins du monde, mais il aurait dû penser que beaucoup de lecteurs se poseraient des questions sur la vraisemblance de ce périple. Mon expérience personnelle de la navigation maritime est malheureusement trop limitée pour que je puisse émettre un avis vraiment autorisé : quatre traversées de la Méditerranée au cours desquelles, me souvenant de ce texte, j'ai vainement scruté la mer sans voir aucun bras y naviguer et me faire un signe de la main, ne me permettent pas d'en tirer une conclusion générale. Mais, le plus grand nombre de mes camarades d'âge ayant fait la même traversée que moi parce qu'un certain Guy Mollet, qui se prenait pourtant pour un rouge, avait une peur bleue des tomates, je n'ai pas manqué de les interroger et ils ont tous confirmé mes observations. Je me suis également renseigné auprès des bureaux maritimes d'un certain nombre de grands ports français et étrangers, et toutes les réponses ont également été négatives. Il me paraît donc assez difficile de croire à l'odyssée de ce bras qui s'était sans doute dit que, pour arriver en assez bon état de conservation au jour de la Résurrection, il valait mieux quitter les eaux trop chaudes de l'Afrique pour gagner les eaux froides de l'Océan Glacial.

Mais, si l'on n'arrive pas à croire au succès de cette traversée, du moins le naufrage de ce bras nous montre-t-il bien où se situe l'écueil le plus redoutable pour l'écrivain qui s'est embarqué dans un tel sujet. Il n'y en a guère, en effet, à moins qu'on ne veuille le traiter dans une perspective résolument burlesque, mais ce n'était, bien sûr, aucunement l'intention d'Agrippa d'Aubigné, où l'on ait autant intérêt à essayer, sous peine de tomber dans le Grand-Guignol, de suggérer le plus de choses possible tout en les décrivant le moins possible. Si Agrippa d'Aubigné y est parfaitement parvenu dans la première partie, en revanche, les visions un peu plus précises de la seconde (les vers s'y groupent en quatrains et non plus en distiques) sont aussi beaucoup moins crédibles. Au total, pourtant, malgré ce fléchissement, la réussite est saisissante, à tel point qu'on en viendrait presque à regretter de ne pouvoir croire en la Résurrection ni espérer avoir la chance d'assister ainsi à un spectacle aussi extraordinaire. Mais ne le regrettons pas trop : ce serait assurément une journée fort intéressante, mais ce serait aussi une journée tuante.


 

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NOTES :

[1] Agrippa d'Aubigné, Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1969, pp.230-231.

[2] Claudel, Œuvre poétique, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1957, p. 569.

[3] Rappelons-la : « Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel ».

[4] Œuvres, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1969, p. 385)

[5] Vers 1195 sq.

[6] C'est du moins ce que nous dit Bossuet dans la Méditation sur la félicité des saints où il résume ainsi les propos que Dieu tiendra aux saints : « Toute l'éternité, il ne fera que leur dire : voilà ce que j'ai fait; voyez : n'ai-je pas bien réussi dans mes desseins ? pouvais-je me proposer une fin plus excellente ? » (Œuvres oratoires, édition Lebarq, revue par Urbain et Levesque, Desclée de Brouwer, Paris, 1926, tome I, p 17). Bossuet est si content des propos qu'il a prêtés à Dieu, si sûr d'avoir su trouver les mots mêmes que Dieu emploiera faute de pouvoir en trouver d'autres qui expriment mieux son sentiment, qu'il les reprend dans le Sermon pour la fête de tous les saints (Ibidem, p. 54). Mais il précise un peu plus loin que Dieu ne se contentera pas de s'auto-féliciter : il ne se lassera pas non plus de féliciter les saints et « de leur dire qu'ils ont bien fait », de sorte, conclut Bossuet, que « de part et d'autre l'éternité se passera en des congratulations perpétuelles » (p. 59). On peut craindre que cela ne devienne vite assez lassant.

[7] La valeur évocatoire de ce vers tient aussi aux sonorités, avec les allitérations d'explosives, notamment de dentales (« Du pré, du bois, du champ, presque de toutes places ») et surtout au rythme (le premier hémistiche n'est composé que de monosyllabes).

[8] Pour les ressuscitants qui sortent « des bois », on devine que leur décès remonte à une époque assez lointaine et que ces bois alors n'existaient pas encore. Ce n'est guère l'habitude, en effet, d'enterrer les gens dans les bois, ne serait-ce que parce qu'il est difficile d'y creuser une fosse, à cause des racines.

[9] Op. cit., tome V, p. 665.

[10] Ibidem, tome IV, p. 269.

[11] Ces verbes se trouvent mis en valeur par l'inversion et leur place (en début de vers). Il en sera de même, au vers 672, pour les verbes « grouiller » ( au début du vers) et « sortir » (au début du second hémistiche).

[12] La répétition insistante des adjectifs (« nouveaux…; nouveaux… nouvelles »), répétition soulignée encore par le chiasme au vers 668 (« les corps nouveaux et les nouvelles faces ») est destinée à rappeler que, si les corps des ressuscités seront bien leurs anciens corps, ils n'en seront pas moins « nouveaux », dans la mesure où ils auront été soigneusement et totalement révisés, et seront désormais à l'abri de la décrépitude et délivrés de toutes les infirmités, les défauts ou les maladies qu'ils avaient pu avoir. Ajoutons que pour le plus grand nombre des ressuscités et tout particulièrement pour ceux qui étaient encore des enfants lorsqu'ils sont morts, ces corps seront aussi « nouveaux » puisque, comme Agrippa d'Aubigné va d'ailleurs le rappeler dans les vers qui suivent immédiatement notre extrait (vers 685-694), tous les hommes, à quelque âge qu'ils soient morts, ressusciteront à l'âge qu'avait le Christ au moment de sa mort, c'est-à-dire 33 ans (sur ces questions, voir le Dictionnaire de Théologie catholique de Vacant, Mancenot, Amann, Aubert, éd. Letouzey et Ané, Paris, 1903-1947 et notamment les articles Corps glorieux, colonnes 1879-1906 et Résurrection des morts, colonnes 2501-2572).

[13] Voir vers 601.

[14] Op. cit., p. 665.

[15] Voir Œuvres poétiques complètes, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1975, pp.980-983.

[16] La réussite de ce distique tient aussi à l'harmonie des sonorités, et notamment à l'allitération en s du vers 676 (« Tous sortent… comme l'on sort d'un songe ») et plus encore au contraste entre l'assonance de voyelles nasales que l'on trouve lorsque Agrippa d'Aubigné évoque la remontée du plongeur (« venant du profond de son plonge ») et la répétition de la même sonorité plus claire et comme triomphale lorsqu'il évoque le moment où il fait surface (« Tous sortent de la mort comme l'on sort… »)

[17] Ici aussi l'harmonie du vers contribue à la réussite, avec ses sonorités claires et éclatantes, grâce à la petite allitération en r (« Riant…riant… agréable »), aux assonances en i (« Riant… riant ») et surtout en an et a (« Riant… riant… agréable audace ») et au triple hiatus (« Riant… riant… agréable »).

 

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