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........................................Orgon

Ce que je viens d'entendre, ô Ciel ! est-il croyable ?

........................................Tartuffe

Oui, mon frère, je suis un méchant, un coupable,
Un malheureux pécheur, tout plein d'iniquité,
Le plus grand scélérat qui jamais ait été ;
Chaque instant de ma vie est chargé de souillures ;
Elle n'est qu'un amas de crimes et d'ordures ;
Et je vois que le Ciel, pour ma punition,
Me veut mortifier en cette occasion.
De quelque grand forfait qu'on me puisse reprendre,
Je n'ai garde d'avoir l'orgueil de m'en défende.
Croyez ce qu'on vous dit, armez votre courroux,
Et comme un criminel chassez-moi de chez vous :
Je ne saurais avoir tant de honte en partage,
Que je n'en aie encore mérité davantage.

........................................Orgon, à son fils.

Ah ! traître, oses-tu bien par cette fausseté
Vouloir de sa vertu ternir la pureté ?

........................................Damis

Quoi ? la feinte douceur de cette âme hypocrite
Vous fera démentir… ?

........................................Orgon

....................Tais-toi, peste maudite.

........................................Tartuffe

Ah ! laissez-le parler : vous l'accusez à tort,
Et vous ferez bien mieux de croire à son rapport.
Pourquoi sur un tel fait m'être si favorable ?
Savez-vous, après tout, de quoi je suis capable ?
Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur
Et, pour tout ce qu'on voit, me croyez-vous meilleur ?
Non, non : vous vous laissez tromper à l'apparence,
Et je ne suis rien moins, hélas ! que ce qu'on pense ;
Tout le monde me prend pour un homme de bien ;
Mais la vérité pure est que je ne vaux rien.

........................................S'adressant à Damis.

Oui, mon cher fils, parlez ;
traitez-moi de perfide,
D'infâme, de perdu, de voleur, d'homicide ;
Accablez-moi de noms encore plus détestés :
Je n'y contredis point, je les ai mérités ;
Et j'en veux à genoux souffrir l'ignominie,
Comme une honte due aux crimes de ma vie.

........................................(Le Tartuffe, acte III, scène 6, vers 1073-1106)

 

Le début de la scène 6 de l'acte III nous fait assister, à un incroyable retournement de situation. Alors qu'il semblait définitivement confondu, Tartuffe va en quelques minutes si bien se rétablir qu'Orgon non seulement croira ne pas un mot des accusations qui viennent d'être portées contre lui mais l'admirera encore plus qu'il n'a l'a jamais fait. Et Tartuffe dans la suite de la scène ne manquera de profiter de ce moment privilégié où l'aveuglement d'Orgon à son égard ne connaît plus de bornes pour battre le fer pendant qu'il est chaud et avancer ses affaires d'une manière décisive. Rappelons rapidement la situation. Elmire, par l'entremise de Dorine, a demandé à Tartuffe de lui accorder un entretien dans l'intention de l'amener à renoncer à épouser Mariane comme le souhaite Orgon. Mais Tartuffe ne la laisse pas parler, pressé de lui déclarer sa flamme. Elle finit par se résoudre à le laisser s'exprimer, en se disant qu'elle pourra ainsi exiger de lui qu'il renonce à Mariane, en lui promettant en échange de ne rien révéler à son mari. Mais Damis sort du petit cabinet où il s'était caché pour écouter la conversation d'Elmire et de Tartuffe et annonce qu'il va tout révéler à son père. Elmire essaye de l'en dissuader, mais en vain. Orgon arrive sur ces entrefaites et Damis apprend à son père ce qui vient de se passer. Elmire corrobore indirectement ses dires en lui reprochant de ne pas avoir suivi son avis et elle se retire :

.......Oui, je tiens que jamais de tous ces vains propos
.......On ne doit d'un mari traverser le repos,
.......Que ce n'est point de là que l'honneur peut dépendre,
.......Et qu'il suffit pour nous de savoir nous défendre [1].

Ce comportement peut assurément sembler un peu étrange. On comprend certes, qu'elle puisse se sentir un peu mal à l'aise vis-à-vis de Tartuffe dans la meure où elle l'a assuré qu'elle ne le dénoncerait pas à Orgon et qu'elle préfère donc se retirer. On peut la suivre lorsqu'elle affirme que les femmes doivent être capables de se défendre toutes seules et ne rien dire à leur mari lorsque d'autres hommes leur font des avances. Mais Tartuffe est l'homme que son mari a recueilli et qu'il traite comme un frère. Un personnage aussi déloyal ne mérite donc aucunement qu'on le ménage, mais doit, de toute évidence, être démasqué. C'est l'avis de Damis et c'est certainement aussi celui de Molière. Mais il a besoin que, cette fois-ci, Tartuffe s'en sorte. Il vaut donc mieux qu'Elmire se retire. Elle serait très vraisemblablement restée si elle avait prévu ce qui allait se passer et Tartuffe alors aurait été en bien plus mauvaise posture encore.

....................Pour la première fois, en effet, Orgon doute de Tartuffe :

....................Ce que je viens d'entendre, ô Ciel ! est-il croyable ?

Ce n'était pas le cas dans la seconde version de la pièce, si l'on s'en fie au témoignage de l'auteur de la Lettre sur la comédie de l'Imposteur. Voici, en effet, comment il résume la scène 5 et le début de la scène 6 : « Le mari arrivant, il [Damis] lui conte tout. La dame avoue la vérité de ce qu'il dit mais en le blâmant de le dire. Son mari les regarde l'un et l'autre d'un œil de courroux ;
et après leur avoir reproché de toutes les manières les plus aigres qu'il se peut, la fourbe mal conçue qu'ils lui veulent jouer, enfin, venant à l'hypocrite, qui cependant a médité son rôle, il le trouve qui, bien loin d'entreprendre de se justifier, par un excellent artifice, se condamne et s'accuse lui-même, en général et sans rien spécifier, de toutes sortes de crimes [2]». Molière a donc finalement jugé qu'il était plus vraisemblable qu'Orgon eût un moment de doute et qu'il ne rejetât pas d'emblée et définitivement les accusations portées contre Tartuffe. Il a eu raison. De plus, cela augmente l'intérêt dramatique puisque le spectateur peut se demander un instant si Tartuffe n'a pas perdu la partie. Mais surtout le moment de doute d'Orgon va grandement faciliter le jeu de l'imposteur à la scène suivante et lui permettre d'avancer ses affaires d'une façon décisive. Il va feindre de vouloir quitter la maison d'Orgon sous prétexte que celui-ci ci finira sans doute pas accorder foi à ses accusateurs :

 

........................................On m'y hait et je vois
.......Qu'on cherche à vous donner des soupçons de ma foi.
.......- Qu'importe ? Voyez-vous que mon cœur les écoute ?
.......- On ne manquera pas de poursuivre, sans doute ;
.......Et ces mêmes soupçons qu'ici vous rejetez
.......Peut-être une autre fois seront-ils écoutés.

  • .......- Non, mon frère, jamais.

........................................- Ah ! mon frère, une femme

  • .......Aisément d'un mari peut bien surprendre l'âme.
  • .......- Non, non.

........................................- Laissez-moi vite, en m'éloignant d'ici,

  • .......Leur ôter tout sujet de m'attaquer ainsi [3].

 

Orgon, prêt à tout pour que Tartuffe reste chez lui, cherchera donc à lui prouver qu'il ne doutera jamais de lui. Il sera ainsi amené à prendre en sa faveur des dispositions durables et à lui proposer de lui faire une donation de tous ses biens.
Mais, pour l'instant, Tarfuffe doit d'abord songer à se défendre des accusations portées contre lui. Il n'a rien dit pendant les scènes 4 et 5, mais il a évidemment profité de ce temps pour préparer sa ligne de défense. Et, bien loin de le desservir, ce silence va finalement le servir puisqu'il a choisi de feindre de ne pas vouloir se défendre. Sa tactique va pourtant être beaucoup plus subtile qu'on ne le dit souvent. Certains critiques se contentent, en effet, de dire que Tartuffe a ici recours à une figure de rhétorique que les spécialistes désignent sous le nom d'auto-catégorème que Georges Molinié définit en ces termes : « Figure macrostructurale, variété d'ironie, selon laquelle le locuteur feint d'accepter un blâme, ou même s'en charge exagérément, pour mieux le rejeter en créant, chez les auditeurs une réaction de refus face à cette auto-accusation [4]». Et il en donne pour exemple la tirade de Tartuffe qui fait partie selon lui des « cas limpides » d'auto-catégorème : « Le spectateur comprend que Tartuffe s'accuse véridiquement pour qu'Orgon comprenne à l'envers cette accusation, comme une preuve de l'innocence de son ami, par une feinte magistrale du fourbe [5]». Mais, comme à son habitude, Georges Molinié n'a pas pris la peine de lire attentivement la tirade de Tartuffe. Car le jeu de celui-ci est beaucoup plus complexe qu'il ne le pense. En même temps qu'il avoue, ou plutôt qu'il semble avouer, Tartuffe nie, ou plutôt il semble nier, car il ne fait ni l'un ni l'autre clairement et expressément. Cependant, comme nous allons le voir, ces deux tactiques apparemment contradictoires se concilient en fait fort bien et sont parfaitement complémentaires.
Le début de la réplique de Tartuffe « Oui, mon frère » est volontairement ambigu. On peut croire une seconde qu'il va avouer clairement et sans détours ce dont il est accusé. Mais il n'en sera rien. Jacques Guicharnaud a bien vu que le « oui » de Tartuffe n'était pas aussi simple qu'il semblait l'être tout d'abord : « Tartuffe répond à la question d'Orgon : Oui cela est croyable, ce qui ne veut pas dire : "Oui, j'ai tenté de séduire votre femme", mais : "On peut me penser capable d'une telle action [6]». Jacques Guicharnaud a bien vu que le « oui » de Tartuffe était fort jésuitique. Pourtant, à proprement parler, Tartuffe ne répond pas : «Oui, cela est croyable », comme il le pense. Son « Oui, mon frère » n'est pas suivi d'un point, mais d'une virgule, et l'acteur qui joue le rôle de Tartuffe doit bien se farder de marquer une pause qui ferait croire qu'il a déjà répondu. Le « oui », en effet, ne répond pas vraiment à la question posée par Orgon. Il introduit une affirmation : « Oui, je suis un pécheur un très grand pécheur, le plus grand pécheur qui ait jamais été ». De cette affirmation, on peut certes, conclure qu'il est tout à fait croyable qu'il ait pu vouloir suborner la femme de son bienfaiteur. Toujours est-il qu'il ne le dit pas explicitement.
.......Il commence par noyer le poisson en se lançant dans une auto-accusation volontairement si générale et si excessive qu'elle en perd quasiment toute signification :

.......Oui, mon frère, je suis un méchant, un coupable,
.......Un malheureux pécheur, tout plein d'iniquité,
.......Le plus grand scélérat qui jamais ait été ;
.......Chaque instant de ma vie est chargé de souillures ;
.......Elle n'est qu'un amas de crimes et d'ordures. 

Il ne dit pas : « Je suis coupable », ce qui reviendrait à reconnaître ce qui lui est reproché, mais « Je suis un coupable », ce qui ne veut pratiquement rien dire. Car, d'un point de vue, chrétien, en face de Dieu, tous les hommes sont des coupables en face de Dieu. Tous sont des méchants, de malheureux pécheurs, tous sont pleins d'iniquité. Aucun d'eux, même le plus vertueux, le plus saint, n'est digne de la miséricorde divine. « Si iniquitates observaveris Domine, Domine quis sustinebit ?» dit le psalmiste [7]. C'est pourquoi les plus grands saints se frappent volontiers la poitrine en affirmant qu'ils se considèrent comme de très grands pécheurs. Thérèse d'Avila explique à ses religieuses que la plus avancée dans la vie spirituelle est celle qui se considère comme la plus misérable de toutes [8]. Loin de constituer une reconnaissance de sa culpabilité, la déclaration de Tartuffe est donc destinée à faire croire 0rgon qu'il a affaire à un être dévoré par la soif de sainteté et obsédé par le sentiment du néant de l'homme devant Dieu.

Tartuffe ne se contente pas de s'accuser en des termes si généraux qu'ils en perdent toute signification. Il emploie volontairement des expressions si excessives que, quand bien même il serait coupable de tout ce dont on peut l'accuser, il ne saurait être aussi noir, aussi criminel qu'il prend l'être. S'il est assurément un « scélérat », il ne saurait pourtant être :

.......plus grand scélérat qui jamais ait été.

La vie la plus « chargé[e] de souillures ne peut pas l'être « à chaque instant ». Elle peut être « un amas de crimes et d'ordures », mais elle n'est jamais seulement cela. Et, de fait, Tartuffe a un passé chargé, comme l'Exempt nous l'apprendra à la fin de la pièce :

.......Et c'est un long détail d'actions toutes noires
.......Dont on pourrait former des volumes d'histoires [9],

mais il n'a jamais tué personne, et les plus grands criminels eux sont bien obligés de se reposer et de se livrer, comme tout le monde, à des activités naturelle tout à fait innocentes.
Tartuffe profite ici du fait qu'il a habitué Orgon à battre sans cesse sa coulpe, à s'accuser continuellement de fautes infimes, insignifiantes ou imaginaires, ainsi que celui-ci l'a raconté à Cléante :

.......Mais vous ne croiriez point jusqu'où monte son zèle :
.......Il s'impute à péché la moindre bagatelle ;
.......Un rien presque suffi pour le scandaliser ;
.......Jusque-là qu'il se vint l'autre jour accuser
.......D'avoir pris une puce en faisant sa prière,
.......Et de l'avoir tuée avec trop de colère [10].

Mais non content de diluer l'accusation lancée contre lui, Tartuffe va ensuite la rejeter, sinon expressément, du moins implicitement :

.......Et je vois que le Ciel, pour ma punition,
.......Me veut mortifier en cette occasion.

En disant que le Ciel a voulu lui fournir une « occasion » de se « mortifier », il suggère clairement qu'il a été injustement accusé. Si l'accusation que Damis a lancée contre lui était fondée, elle ne saurait, en effet, lui permettre de se « mortifier » et ne constituerait pas une « punition ». C'est, au contraire, parce qu'elle est injuste et de nature à le faire cruellement souffrir qu'elle offre à Tartuffe l'occasion d'expier ses péchés, en offrant sa souffrance à Dieu. Cette prétendue souffrance, Tartuffe ne manquera pas de feindre de ne plus pouvoir la cacher plus longtemps au début de la scène suivante lorsqu'il restera seul avec Orgon :

.......Ö Ciel, pardonne-lui la douleur qu'il me donne !
.......Si vous pouviez savoir avec quel déplaisir
.......Je vois qu'envers mon frère on tâche à me noircir………
.......- Hélas !
........................................- Le seul penser de cette ingratitude
.......Faut souffrir à mon âme un supplice si rude………
.......L'horreur que j'en conçois… J'ai le cœur si serré,
.......Que ne puis parler, et crois que j'en mourrai [11].

 

Pour l'instant, le rôle qu'il joue, celui du juste qui se laisse accuser à tort par esprit de pénitence, lui interdit de feindre qu'il souffre. Mais le rôle qu'il joue est aussi celui d'un homme qui non seulement n'est pas habitué au mensonge, mais ne peut que l'avoir en horreur. Il peut donc faire semblant de mal jouer la comédie et de laisser échapper des propos qui suggèrent qu'il est en réalité innocent de ce dont on l'accuse. Il est normal aux yeux d'Orgon qu'il ne puisse bien jouer la comédie qu'il a décidé de jouer ;
il est normal qu'il ait des défaillances et qu'il commette des maladresses. Tartuffe réussit donc à se disculper à la fois en s'avouant coupable de tous les péchés du monde tout en suggérant, par une feinte maladresse, qu'il ne l'est pas de celui dont on l'accuse.
La négation implicite de ce qui lui est reproché est encore plus nette dans les deux vers qui suivent :

.......De quelque grand forfait qu'on me puisse reprendre,
.......Je n'ai garde d'avoir l'orgueil de m'en défendre.

.......Cette déclaration peut paraître tout d'abord assez incongrue. Lorsqu'on est, en effet, accusé injustement d'avoir commis une faute ou une erreur, ce n'est pas faire preuve d'orgueil que de s'en défendre, pas plus que ce n'est faire preuve d'humilité que de reconnaître sa responsabilité dans le cas contraire. Tartuffe ne peut pas dire clairement qu'il est prêt, par humilité chrétienne, à se laisser accuser des crimes les plus grands et les moins vraisemblables. Mais il le suggère indirectement en disant qu'il y aurait de l'orgueil à ne pas le faire. Une telle déclaration revient donc à ôter toute valeur au semblant d'aveu que pouvait sembler constituer, tant bien que mal, le début de sa tirade. Au début de l'acte IV, lorsqu'il sera face à Cléante, loin de se déclarer prêt à se laisser accuser injustement, Tartuffe se montrera, au contraire, très soucieux de sa réputation, en prétendant justifier ce souci par « l'intérêt du Ciel », qui se trouverait compromis si lui-même était mis en cause [12].
.......Après s'être ainsi livré à une dénégation indirecte mais néanmoins très nette de l'accusation portée contre lui, Tartuffe feint alors de se rendre compte qu'il est sorti du rôle qu'il s'était fixé et de vouloir se ressaisir :

.......Croyez ce qu'on vous dit, armez votre courroux,
.......Et comme un criminel chassez-moi de chez vous :

Il continue pourtant à éviter soigneusement tout aveu clair et net. Il dit ainsi à Orgon : « Croyez ce qu'on vous dit » et non : « Croyez ce que vous dit Damis ». Il veut faire croire à Orgon qu'il n'arrive pas à se résoudre à dire « Croyez ce que vous dit Damis » parce que ce serait un mensonge trop patent. L'expression « comme un criminel » est, elle aussi, ambiguê : elle peut signifier, en effet, « comme un criminel que je suis » ou « comme si j'étais un criminel ».
Puis, comme s'il avait, de nouveau, un moment de faiblesse, il conclut par ce qui semble, de nouveau, suggérer qu'il se laisse injustement accusé par esprit de pénitence :

.......Je ne saurais avoir tant de honte en partage,
.......Que je n'en aie encore mérité davantage.

On le voit, le jeu de Tartuffe dans cette tirade est particulièrement subtil. Pour se disculper, il ne se contente pas de s'accuser d'une façon telle, que, loin de le croire coupable, Orgon soit persuadé qu'il est innocent et refuse de se défendre par esprit de d'humilité et de pénitence. Car cette interprétation, il prend soin de la confirmer lui-même dans les quatre vers qui suivent sans aller, bien sûr, jusqu'à affirmer explicitement qu'il est innocent. Et, s'il fait, de nouveau, mine de s'accuser dans les deux vers suivants, c'est pour revenir implicitement sur cet aveu dans les deux derniers vers.
À ces deux tactiques apparemment contradictoires correspondent deux façons très différentes de jouer son personnage. Dans les cinq premiers vers, lorsque Tartuffe semble reconnaître sa culpabilité, il s'adresse à Orgon bien en face, il lui parle d'une voix forte et sur un ton théâtral, afin de lui donner l'impression qu'il joue la comédie. Dans les quatre vers suivants, au contraire, il change brusquement de ton, il se détourne un peu d'Orgon il baisse la voix, tout en prenant bien soin de rester parfaitement audible, et feint de ne plus s'adresser à Orgon mais de se parler à lui-même. Quand il feint de se ressaisir dans les deux vers suivants, il revient naturellement à sa première façon de jouer son personnage, qu'il abandonne, de nouveau, dans ses deux vers de conclusion. Très habilement, il cherche à donner l'impression qu'il joue la comédie lorsqu'il semble reconnaître sa culpabilité et qu'il est sincère lorsqu'il semble la rejeter.
Les deux tactiques apparemment contradictoires de Tartuffe se concilient donc parfaitement et se complètent admirablement. Orgon, qui considère Tartuffe comme un saint personnage, ne saurait s'étonner que, voulant, dans un esprit de pénitence s'accuser d'une faute qu'il n'a pas commise, un être aussi peu habitué à mentir, une âme aussi pure, aussi innocente, aussi lumineuse, ne puisse le faire que d'une manière très maladroite et laisser malgré lui percer la vérité Il est normal que, malgré les efforts surhumains qu'il déploie pour essayer de la cacher, Tartuffe ne puisse s'empêcher de laisser transparaître l'extraordinaire souffrance qu'il ne peut manquer d'éprouver en se voyant injustement accusé d'une action aussi noire, d'une trahison aussi infâme envers son bienfaiteur et son « frère ».
La réaction d'Orgon montre que Tartuffe a pleinement atteint son but. Il a non seulement redressé la situation, mais jamais Orgon, qui pourtant avait déjà pour lui une vénération sans bornes, ne l'avait encore autant admiré. Aussi entre-t-il dans une colère noire contre son fils, qui, en accusant Tartuffe, s'est rendu coupable de la plus infâme et la plus monstrueuse des calomnies :

.......Ah ! traître, oses-tu bien par cette fausseté
.......Vouloir de sa vertu ternir la pureté ?

Damis, à qui la performance de Tartuffe vient de prouver que celui-ci était encore beaucoup plus fourbe qu'il ne le pouvait l'imaginer, est véritablement suffoqué de voir que c'est lui qui passe pour un menteur aux yeux de son père :

.......- Quoi ? la feinte douceur de cette âme hypocrite
.......Vous fera démentir… ?

La déconvenue de Damis est particulièrement cruelle. Il était, en effet, persuadé qu'il tenait enfin sa revanche qu'il allait pouvoir enfin se débarrasser définitivement de Tartuffe ainsi qu'il le disait à Elmire à la fin de la scène 4 :

.......Mon âme est maintenant au comble de sa joie ;
.......Et vos discours en vain prétendent m'obliger
.......À quitter le plaisir de me pouvoir venger.
.......Sans aller plus avant, je vais vuider d'affaire ;
.......Et voici justement de quoi me satisfaire [13].

Et c'est avec jubilation qu'il accueillait son père au début de la scène suivante :

.......Nous allons régaler, mon père, votre abord
.......D'un incident tout frais qui vous surprendra fort [14].

Et voilà que non seulement Orgon ne le croit pas, mais qu'il refuse de l'écouter :

........................................Tais-toi, peste maudite.

Tartuffe a déjà gagné la partie. Il va pourtant poursuivre son avantage en s'offrant le luxe de défendre Damis :

.......Ah ! laissez-le parler : vous l'accusez à tort,
.......Et vous ferez bien mieux de croire à son rapport.

Il continue pourtant à éviter de dire explicitement que Damis a raison. Certes, en disant « vous l'accusez à tort », il semble reconnaître qu'il a dit la vérité, mais le vers suivant suggère une autre interprétation. Si Orgon ferait mieux de croire à au rapport de Damis, s'il a donc tort de l'accuser, c'est parce qu'il vaudrait beaucoup mieux pour tout le monde que l'on ne mette pas en doute la parole de Damis. Cela vaudrait mieux pour Damis, bien sûr. Mais cela vaudrait mieux aussi pour Orgon en lui évitant d'entrer en conflit avec sa famille et d'abord avec son fils. Cela vaudrait mieux enfin pour Tartuffe lui-même qui cherche toutes les occasions de faire pénitence. Certes ! une fois de plus, Tartuffe évite de dire clairement à Orgon ce qu'il veut lui faire entendre, car cela reviendrait à se déclarer innocent et le ferait donc sortir du son rôle. Mais, ce faisant, il ne prend guère de risque : l'admiration sans bornes, la confiance sans réserves qu'Orgon lui manifeste, excluent qu'il puisse interpréter ses propos autrement qu'il ne le souhaite.
Il se sent maintenant si sûr de lui qu'il peut se permettre de pousser le jeu encore plus loin, en ne craignant pas d'évoquer une hypothèse qui correspond à l'exacte vérité, à savoir qu'il pourrait bien être un imposteur et Orgon, une dupe :

.......Pourquoi sur un tel fait m'être si favorable ?
.......Savez-vous, après tout, de quoi je suis capable ?
.......Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur
.......Et, pour tout ce qu'on voit, me croyez-vous meilleur ?
.......Non, non : vous vous laissez tromper à l'apparence,
.......Et je ne suis rien moins, hélas ! que ce qu'on pense ;
.......Tout le monde me prend pour un homme de bien ;
.......Mais la vérité pure est que je ne vaux rien.

Il est plaisant de noter que Tartuffe reprend ici les propos mêmes que Cléante tenait à Orgon à la scène 5 de l'acte I :

.......Hé quoi ? vous ne ferez bulle distinction
.......Entre l'hypocrisie et la dévotion ?
.......Vous les voulez traiter d'un semblable langage,
.......Et rendre même honneur au masque qu'au visage,
.......égaler l'artifice à la sincérité,
.......Confondre l'apparence avec la vérité
.......Estimer le fantôme autant que la personne,
.......Et la fausse monnaie à l'égal de la bonne [15]?

Mais Cléante essayait, sans trop y croire sans doute, de convaincre Orgon de son erreur, alors que Tartuffe ne lui dit la même chose que parce qu'il sait bien qu'il ne risque en rien de le convaincre. Et il ne se trompe pas : Orgon n'a jamais été aussi éloigné de penser que Tartuffe puisse être un imposteur. Aussi bien celui-ci feint-il d'être lui même tout à fait conscient de la parfaite invraisemblance d'une telle hypothèse. Il feint de n'y avoir recours qu'en désespoir de cause (« Savez vous, après tout, de quoi je suis capable ? ») parce qu'il n'a pas réussi à persuader Orgon, malgré tous ses efforts et toute son éloquence. Il feint de déplorer que toute sa conduite passée (« pour tout ce qu'on voit [16]») et la réputation dont il jouit (« Tout le monde me prend pour un homme de bien ») le desservent dans ses efforts pour essayer de convaincre Orgon qu'il n'est, en réalité, qu'un misérable. Cela lui permet de rappeler à Orgon, en même temps qu'il semble s'efforcer de le convaincre de s'y rallier, tout ce qui rend cette hypothèse hautement invraisemblable, pour le cas très improbable où celui-ci pourrait nourrir le moindre doute. Il termine en se payant le luxe de lui dire « la vérité pure », assuré qu'il ne pourra y voir qu'un sublime mensonge. Il n'en continue pas moins pourtant à ne s'accuser qu'en des termes très généraux (« je ne vaux rien »).
Après avoir invité Orgon à laisser parler Damis, c'est à celui-ci que Tartuffe va maintenant s'adresser :

.......Oui, mon cher fils, parlez ;
.......traitez-moi de perfide,
.......D'infâme, de perdu, de voleur, d'homicide ;
.......Accablez-moi de noms encore plus détestés :
.......Je n'y contredis point, je les ai mérités ;
.......Et j'en veux à genoux souffrir l'ignominie,
.......Comme une honte due aux crimes de ma vie.

Tartuffe a pleinement réussi non seulement à se disculper complètement aux yeux d'Orgon, mais à accroître encore l'immense admiration, la dévotion quasi sans bornes que celui-ci a pour lui. Mais il sait qu'il faut battre le fer pendant qu'il est chaud. C'est le moment ou jamais de rendre sa victoire complète et définitive, et pour ce faire, de commencer par éliminer celui qui a bien failli lui faire tout perdre, Damis. Pour ce faire, il feint de tendre l'autre joue à celui qui l'a frappé, en l'invitant à le traiter de tous les noms et à l'accuser de tous les crimes, avant de se jeter à genoux devant lui. Il sait qu'il va ainsi porter à leur comble la rage de Damis et la colère de son père contre lui. Il en espère une explosion susceptible d'amener Orgon à chasser son fils. C'est ce qui va se produire.
En même temps qu'il s'emploie à mettre Damis hors jeu, Tartuffe s'offre le plaisir de se payer sa tête. Il le défie. Il lui fait sentir son impuissance. Il lui fait sentir que c'est lui le maître du jeu et qu'il ne peut rien contre lui. Il lui fait sentir que toutes les accusations qu'il pourrait lancer contre lui, non seulement n'atteindraient pas leur cible, mais se retourneraient contre leur auteur. Mais il continue à éviter d'évoquer le « crime »précis dont Damis l'a accusé. Il continue à suggérer qu'il est prêt à se laisser accuser sans protester de tous les crimes imaginables par esprit de pénitence et d'humilité chrétiennes pour expier les fautes qu'il a vraiment commises et qui, bien sûr, ne sauraient être que dérisoires à l'exemple de la puce qu'il aurait tuée pendant sa prière. En invitant Damis à le traiter d'« homicide », alors qu'il n'a évidemment jamais tué personne, il retire toute signification aux autres qualificatifs qu'il vient d'utiliser (« perfide…, infâme…, perdu…, voleur ») et qu'il mérite pourtant pleinement [17]. Et, en disant vouloir « souffrir l'ignominie » de s'entendre attribuer tous ces noms, il suggère nettement, au contraire, qu'il ne les a pas mérités. Jusqu'au bout il joue donc le même jeu complexe et très habile.
Orgon, dans la suite de la scène, se montre déchiré entre la vénération sans bornes qu'il éprouve pour Tartuffe et la violente indignation que lui inspire le comportement de son fils. Ces deux sentiments se nourrissent et s'exaspèrent l'un l'autre : plus il éprouve d'admiration pour Tartuffe et plus il éprouve de colère contre son fils qui ose calomnier odieusement un aussi saint personnage ; plus il éprouve de colère contre son fils et plus il éprouve d'admiration pour Tartuffe qui lui pardonne et le défend. Il court désemparé de l'un à l'autre. Quand il arrive devant son fils pour l'accabler de reproches, il repense bien vite à l'infinie bonté de Tartuffe et à l'immense souffrance qu'il doit endurer et se précipite vers lui. Mais dès qu'il est devant lui, devant le visage torturé de son « frère », il pense à celui qui est responsable d'une si grande douleur et court avers son fils avec une colère accrue. Tartuffe, lui, va continuer quelque temps à faire semblant de défendre Damis, mais dès qu'il verra Orgon décidé à le chasser de chez lui, il cessera d'intervenir en se retirant dans un coin et en feignant de se réfugier dans la prière [18].

 

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L'intérêt de ce passage est d'abord dramatique. On y assiste, en effet, à un étonnant et complet retournement de situation. Au début de la scène, le sort de Tartuffe semble joué et l'on ne voit pas comment il pourrait se tirer d'affaire. Or il lui suffira de quelques vers non seulement pour se laver de tout soupçon aux yeux d'Orgon, mais pour faire en sorte qu'il soit plus convaincu que jamais que son hôte est un véritable saint. Et sa situation, qui semblait désespérée, va s'en trouver confortée au-delà de tout ce que Tartuffe espérait sans doute. Au lieu d'être chassé ignominieusement de la maison d'Orgon, il va voir, dans la suite de la scène, le fils de la maison déshérité et banni par son père, avant de parvenir, dans la scène suivante, à ce qu'Orgon décide de lui faire une complète donation de ses biens. À la fin de l'acte la victoire de Tartuffe semble totale et définitive.
L'extrême habileté dont fait preuve ici Tartuffe n'est pas tout à fait une surprise, car l'homme qui avait déclaré sa flamme à Elvire à la scène 3 s'était exprimé en des termes particulièrement choisis et avait déployé une éloquence raffinée pour essayer de concilier sa passion amoureuse avec sa ferveur religieuse dévotion. Il fera également preuve d'habileté et d'éloquence à la première scène de l'acte IV lorsqu'il essaiera de répondre aux accusations de Cléante, même si, devant un adversaire fort peu disposé à se laisser embobiner, il sera finalement obligé de battre en retraite. Toujours est-il que, lorsqu'il apparaît sur scène, Tartuffe se montre sous un visage assez différent de celui qu'on s'attendait à voir d'après les portraits qu'en avaient faits à l'acte I Dorine et Orgon. On s'attendait à voir un imposteur grossier, un escroc qu'on peut très aisément percer à jour et qui ne saurait abuser que les gogos les plus bornés, et l'on découvre un homme qui certes ! pue l'hypocrisie, mais qui s'exprime avec une remarquable aisance, dans une langue raffinée et qui manie le sophisme et joue la comédie avec un art consommé.
Jules Lemaître n'a donc sans doute pas tort de penser qu'il y a « deux Tartuffes ». Le premier est « une brute. Il n'a aucune finesse. C'est par les artifices les plus grossiers, les plus faciles à percer à jour, les plus impudents, ou, pour mieux dire les plus naïfs qu'il a séduit Orgon […] Bref Tartuffe n'est qu'un pourceau de sacristie, un grotesque, un bas cafard de fabliaux, une trogne de "moine moinant de moinerie", violemment taillée à coups de serpe par l'anticléricalisme (déjà !) du "libertin" Molière [19]». Ce Tartuffe là, c'est celui qui nous est décrit au premier acte de la pièce. Mais, ajoute Jules Lemaître, Molière a conçu, « chemin faisant, un second Tartuffe, fort diffèrent du premier. Plus rien du rat d'église. Le butor qui racontait aux gens l'histoire de ses puces, qui rotait à table et s'empiffrait à en crever, nous apparaît maintenant comme une homme de bonne éducation, comme un gentilhomme pauvre, et qui, même au temps de sa détresse, a conservé un valet […] Il a de la finesse et de l'esprit, et des ironies, et des airs détachés qui sentent leur homme supérieur et qui sont d'un véritable artiste en corruption [20]».
Est-ce à dire pour autant que Molière n'a pas su créer un personnage psychologiquement cohérent ? Disons tout d'abord qu'on ne saurait demander à un auteur comique de ne nous montrer que des personnages parfaitement cohérents et que, sans parler du cas très particulier de Dom Juan, Molière le comportement des personnages de Molière échappe souvent à la logique et même à la vraisemblance. Mais ce n'est pas le lieu de disserter sur le personnage de théâtre en général et le personnage comique en particulier. Pour nous en tenir au personnage de Tartuffe, sur la scène on ne voit guère qu'un seul des deux Tartuffes que distingue Jules Lemaître. Il nous dit que « jamais aucun acteur n'a réussi à les fondre en un seul personnage ». Mais le problème ne se pose pas vraiment à l'acteur qui joue Tartuffe. Car, des deux Tartuffes, il n'en joue qu'un seul, le second. Le premier ne paraît pas vraiment sur scène, si ce n'est peut-être brièvement à la scène 2 de l'acte III. Son jeu nous est seulement décrit par Dorine[21] et par Orgon[22] et il est, en effet, très grossier. C'est que Tartuffe sait adapter son jeu à ses interlocuteurs et aux circonstances. Quand il a affaire un gogo, prêt à gober n'importe quoi, il ne fait pas dans la finesse. Car non seulement ce n'est pas nécessaire, mais, au contraire, plus c'est gros et mieux ça passe. En revanche, quand il est dans une situation particulièrement délicate ou qu'il a devant lui des interlocuteurs extrêmement méfiants, il sait déployer toutes les ressources d'une rhétorique raffinée et faire preuve d'une très grande habileté. 
On peut pourtant concéder à Jules Lemaître que, si on ne voit sur scène que le second Tartufe, on a quelque peine à imaginer que le personnage qui se tire ici si brillamment d'une situation apparemment désespérée, puisse être le même que celui décrit par Dorine et par Orgon au premier acte. Mais cette relative ambiguïté du personnage s'explique aisément. Il répond, en effet, à des intentions sinon contradictoires du moins divergentes. Molière veut dénoncer la crédulité de certains dévots représentés par Orgon et nous faire rire de leur sottise. Pour ce faire, il faut qu'Orgon se laisse prendre à un jeu que quiconque n'est pas totalement dénué d'esprit critique peut aisément percer à jour. Mais Molière veut aussi dénoncer le danger que représentent ceux qu'il appelle les « faux dévots » et, pour ce faire, celui qui les incarne doit être un maître fourbe et se montrer à l'occasion, un redoutable sophiste et un remarquable comédien. Quoi qu'il en soit, cette relative incohérence du personnage de Tartuffe ne peut apparaître qu'à la réflexion. Le spectateur ou le lecteur qui découvrent la pièce sont emportés par le génie de Molière et n'en ressentent aucune gêne.


 

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NOTES :

[1] Acte III, scène 5, vers 1066-1072.

[2] Molière, Œuvres complètes, bibliothèque de la Pléiade, édition de Georges Couton, Gallimard, 1971, tome I, p. 1159.

[3] Acte III, scène 7, vers 1155-1164.

[4] Jean Mazaleyrat et Georges Molinié, Vocabulaire de la Stylistique, P.U.F. 1989, p. 37.

[5] Georges Molinié, Dictionnaire de Rhétorique, Le livre de poche, 1992, p. 67. Il y aurait beaucoup à dire sur ce manuel véritablement consternant. Il est si jargonnant que, lors même que les définitions qu'il propose sont exactes, il faut généralement pour les comprendre savoir à l'avance en qui consiste la figure de style que Georges Molinié entend définir. Mais ses définitions sont, bien souvent, erronées, voire extravagantes. Qui plus est, les exemples qui sont censés les illustrer n'ont parfois aucun rapport avec la figure de style en question et montrent que Georges Molinién 'a pas compris le texte qu'il cite. Il n'en recommande pas moins vivement à ses étudiants la lecture de son livre en même temps que celle de ses autres livres, en leur disant qu'ils sont à la fois les moins chers et les meilleurs.

[6] Jacques Guicharnaud, Molière, une aventure théâtrale, Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope, Gallimard, 1963. pp. 108-109.

[7] Psaume 129/130, De profundis, verset 3.

[8] « Voulez-vous, mes filles, connaître votre degré d'avancement ? Que chacune de vous examine si elle se considère comme la plus misérable de toutes ! » (Le Chemin de la perfection, Œuvres complètes, Fayard, 1962, tome II, p. 318). Quiconque a un peu d'esprit critique et de sens logique voit aussitôt que cette règle risque fort de plonger ces pauvres religieuses dans une très grande perplexité. Voir sur ce point mon livre, Thérèse d'Avila, très sainte ou cintrée ?. étude d'une folie très aboutie, éditions Kimé, 2011, p. 18.

[9] Acte 5, scène dernière, vers 1925-1926.

[10] Acte I, scène 5, vers 305-310.

[11] Acte II, scène 7, vers 1142-1148.

[12] À Cléante qui lui dira :
.......Sacrifiez à Dieu toute votre colère
.......Et remettez le fils en grâce avec le père,
.......il répondra, en effet :
.......Hélas ! je le voudrais, quant à moi, de bon cœur :
.......Je ne garde pour lui, Monsieur, aucune aigreur ;
.......Je lui pardonne tout, de rien je ne le blâme,
.......Et voudrais le servir du meilleur de mon âme ;
.......Mais l'intérêt du Ciel n'y saurait consentir,
.......Et s'il entre céans, c'est à moi d'en sortir.
.......Après son action, qui n'eut jamais d'égale,
.......Le commerce entre nous porterait du scandale :
.......Dieu sait ce que d'abord tout le monde en croirait !
.......À pure politique on me l'imputerait ;
.......Et l'on dirait partout que, me sentant coupable,
.......Je feins pour qui m'accuse un zèle charitable,
.......Que mon cœur l'appréhende et veut le ménager,
.......Pour le pouvoir sous mains au silence engager (vers 1201-1216).

[13] Vers 1050-1054.

[14] Vers 1055-1056.

[15] Vers 331-338.

[16] « Pour » a, bien sûr, un sens adversatif. Il faut donc comprendre : « en dépit de tout ce qu'on voit ».

[17] Damis l'a d'ailleurs effectivement traité de « perfide » à la scène 4 de l'acte III (vers 1043). Il l'avait également traité de « scélérat » (vers 1028) et de « fourbe » (vers 1041)..

[18] En l'absence d'indication scénique, on peut, bien sûr, envisager d'autres jeux de scène, Ainsi, pour Fernand Ledoux, à la fin de la scène, « Tartuffe triomphe plus que jamais et en souriant se place face au public » (Molière, Le Tartuffe, mise en scène et commentaires de Fernand Ledoux, collection « Mises en scène », Seuil, 1953, p. 165) Certes, « Tartuffe triomphe », mais on peut penser qu'il se garde bien de le montrer même incidemment. Il continue à jouer jusqu'au bout le rôle du saint personnage qui offre sa souffrance à Dieu pour qu'il pardonne à celui qui l'a calomnié.

[19] « Les deux Tartuffe », Les Contemporains, études et portraits, septième série, Boivin, s.d., p. 339

[20] Ibid., pp. 340-341.

[21] À la scène 2 de l'acte I.

[22] À la scène 5 de l'acte I, vers 281-310. J'ai commenté cette tirade dans mes études sur Le Tartuffe, deuxième édition, Eurédit, 2005, pp. 77-133.

 

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