Assez décodé !
Site de René Pommier
 


* Accueil
* Contact
 

 

 

Sur le sonnet d'un sot les sornettes des doctes

 

Qui donc aurait jamais cru que l'outrecuidance des cuistres irait jusqu'à vouloir récupérer pour leur cuisine celui qui a le mieux su les tourner en ridicule ? Que les butors de la critique freudo-structuraliste pousseraient le culot jusqu'à utiliser la « lecture » de Molière pour se livrer à leurs élucubrations ubuesques et donner libre cours à leurs stupides lubies ? Qui donc aurait jamais pensé que les pédants, pour exercer leurs talents, iraient prendre dans ses pièces jusqu'aux pages où il les a peints ? Qui donc aurait jamais pu se douter que les doctes iraient jusqu'à décoder le sonnet d'un connard, sonnet que Molière n'avait cité que pour sa sotte insignifiance; qu'ils iraient jusqu'à prétendre que personne n'avait compris des versiculets ridicules dont il avait employé son génie à souligner l'inanité; qu'ils iraient jusqu'à chercher un sens caché derrière chacun de ces vers, chacune de ces expressions, chacun de ces mots dont il avait si bien su, en les faisant commenter et répéter à satiété par trois toquées extasiées, montrer l'insigne nullité ? Mais rien n'est impossible à la sottise humaine et il s'est trouvé, à quelques mois d'intervalle, deux universitaires pour faire un sort au sonnet de Trissotin et essayer de démontrer que ces vers que, pendant trois siècles, on avait crus si creux, cachaient un sens caché et étaient graveleux.

 

................................................................*

...........................................................*.......*

 

Intitulé « L'Orgie langagière » [1], le premier de ces deux articles est dû à la plume de Mme Josette Rey-Debove. Ecrit par une femme très savante en sémiotique et en métalinguistique et publié en 1972, il montre d'un façon étonnante que le texte de Molière est plus actuel que jamais et l'on ne pouvait, pour célébrer le tricentenaire des Femmes savantes, témoigner d'une manière plus exemplaire que le snobisme et la sottise sont de tous les temps et que de cette association il ne saurait sortir que d'ineptes sornettes.

Mais, de même qu'on ne saurait résumer Molière, les remarques trop rapides que nous allons faire, ne peuvent permettre au lecteur d'apprécier pleinement un travail dont l'intérêt essentiel réside dans l'admirable alliance de la forme et du fond. Car, si cet article constitue un incontestable chef-d'œuvre de la critique décodante, c'est d'abord et surtout parce que la sottise du contenu est constamment soutenue par la cuistrerie du style. Son auteur n'aurait pas atteint les plus hautes cimes du comique involontaire, si, obnubilé par les lubies libidineuses de la critique actuelle, il s'était seulement livré aux élucubrations lubriques les plus burlesques et n'avait su aussi, pour cumuler les ridicules, habiller ses stupidités ubuesques du sabir le plus nébuleux. S'il est possible en effet - et l'article que nous examinerons tout à l'heure nous en fournira un remarquable exemple - qu'un commentaire aille encore plus loin que celui de Mme Rey-Debove par la densité de sa sottise et l'épaisseur de sa bêtise, on ne saurait guère imaginer, en revanche,une bêtise plus satisfaite et une sottise plus suffisante; on peut hélas ! rencontrer ailleurs une stupidité encore plus pure, mais non pas plus puante.

Il serait très long et fastidieux de montrer en détail que, si Mme Rey-Debove fait constamment usage du vocabulaire le plus rébarbatif, il est toujours inutile et souvent abusif [2]. Contentons-nous de noter qu'on a sans cesse envie de lui dire ce que, dans La critique de l'Ecole des femmes, Dorante, le porte-parole de Molière, dit au pédant Lysidas  : « Ah ! Monsieur Lysidas, vous nous assommez avec vos grands mots. Ne paraissez point si savant de grâce; humanisez vos discours et parlez pour être entendu. Pensez-vous qu'un nom grec donne plus de poids à vos raisons ? Et ne trouveriez-vous pas qu'il fût aussi beau de dire l'exposition du sujet que la protase, le nœud que l'épitase et le dénouement que la péripétie ? [3]» Ainsi lorsque, entreprenant de classer les divers commentaires que le sonnet de Trissotin inspire aux Femmes savantes, opération qui, dit-elle, « a l'avantage d'organiser linguistiquement des types de comportements langagiers différents et communs aux trois personnages [4]», Mme Rey-Debove évoque « le commentaire dont le sujet est une séquence autonyme emprunté au poème : "Ah ! que ce quoi qu'on die est d'un goût admirable" (Phil.) [5]», comment ne pas penser qu'il serait beaucoup plus simple de parler de « citation » plutôt que de « séquence autonyme empruntée au poème » ? comment ne pas se dire, en observant le « comportement langagier » de Mme Rey-Devove, qu'on ne saurait rouler « linguistiquement  » les mécaniques d'une manière plus disgracieuse et plus grotesque ? De même lorsqu'elle dit ensuite qu'une « séquence autonyme » peut être « neutralisée (forme canonique en langue) : "Loger son ennemie (Bél.) (loger superbement votre plus cruelle ennemie)" [6]», il est évident qu'elle a voulu ainsi échapper au risque d'être comprise immédiatement, ce qui n'aurait pas manqué de se produire, si elle avait consenti à dire que la citation était parfois réduite à ses termes essentiels. De même lorsque, quelques lignes plus loin à propos du commentaire d'Armande : « Cette ingrate de fièvre, injuste, malhonnête », elle emploie l'expression de « glose sémantique » [7], il ne s'agit jamais que de ce qu'on appelait jadis à l'école primaire une « explication de mot ». De même lorsque, après avoir classé les commentaires des Femmes savantes en « quatre modèles linguistiques  », Mme Rey-Debove poursuit en ces termes : « Il faut ajouter un modèle informel qui est l'expression langagière des remous affectifs suscités par le sonnet comme signe (message autonymique) dont le dénoté est à la fois le signifiant et le signifié : "Ah ! tout doux, laissez-moi de grâce respirer !" (Bél.) [8]», nous serions tenté de lui dire ce que Bélise dit à Trissotin, mais la meilleure expression langagière des remous affectifs suscités en nous par une cuistrerie aussi recuite et aussi gratuite serait encore « Hou là, là ! », à moins que très cavalièrement nous n'osions lui lancer un « Ho ! », dont le dénoté serait aussi à la fois le signifiant et le signifié. Et lorsqu'elle ajoute aussitôt après : « ce type de commentaire où seuls le récitant et l'allocutaire sont présents ne révèle rien de précis sur l'actant métalinguistique qui nous occupe, le sonnet [9]», comment ne pas lui dire aussi qu'en le qualifiant d' « actant métalinguistique », elle ne nous révèle rien de précis non plus sur le sonnet, rien que nous ne sachions déjà ?

Mais, pour en finir avec ce chapitre de la cuistrerie de Mme Rey-Debove, nous citerons un dernier exemple qui nous montrera que Molière a su décocher aux pédants des traits qui transpercent ceux d'aujourd'hui aussi bien que ceux d'hier. A propos du, vers d'Armande : « A prudence endormie il faut rendre les armes », Mme Rey-Debove écrit en effet ceci : « L'enchâssement de la séquence autonyme, telle un corps étranger (ce sont les propres termes des linguistes) constitue une prise de possession, de la source du plaisir [10]». Sans méconnaître assurément le ridicule du reste de la phrase, notre plaisir à nous prend d'abord sa source dans cette parenthèse (« ce sont les propres termes des linguistes »), dont la suffisance naïve, la fatuité béate, la vanité inénarrable (Mme Rey-Debove est une linguiste) nous rappellent irrésistiblement les médecins et les pédants de Molière et plus particulièrement Pancrace, le docteur aristotélicien du Mariage forcé, qui dit à Sganarelle : « Oui, ignorant que vous êtes, c'est comme il faut parler; et ce sont les termes exprès d'Aristote [11]».

Avant d'en venir maintenant à la « lecture » que Mme Rey-Debove entend nous proposer, on pourrait bien sûr se demander s'il est vraisemblable que la signification réelle d'une scène qui n'a cessé de faire rire les spectateurs ou les lecteurs, ait pu rester totalement inaperçue pendant trois siècles. Mais, bien que poser la question soit déjà y répondre, nous l'examinerons à loisir tout à l'heure à propos du second article qui nous invitera lui-même à le faire. Son auteur, en effet, grâce à l'inconscience et à l'inconséquence qui, seules, assurent la continuité de ses démarches, a le don incontestable de faire naître immédiatement et continuellement dans l'esprit du lecteur même le plus bienveillant les objections les plus fortes et les plus fondamentales contre tout ce qu'il écrit. On voudra bien se souvenir alors que tout ce que nous dirons à son sujet, vaut aussi pour le commentaire de Mme Rey-Debove.

Cest seulement dans les dernières pages qu'elle nous livre sa « lecture » du sonnet de Trissotin-Cotin. Mais afin de ne pas faire languir le lecteur, nous allons la lui donner tout de suite, en ayant soin, pour lui permettre de mieux la savourer, de lui remettre d'abord en mémoire le texte du sonnet :

Sonnet à la Princesse Uranie sur sa fièvre

Votre prudence est endormie
De traiter magnifiquement
Et de loger superbement
Votre plus cruelle ennemie.

Faites-la sortir, quoi qu'on die,
De votre riche appartement
Où cette ingrate insolemment
Attaque votre belle vie.

Quoi ? sans respecter votre rang,
Elle se prend à votre sang,
Et nuit et jour vous fait outrage !

Si vous la conduisez aux bains,
Sans la marchander davantage,
Noyez-la de vos propres mains [12].

Avant de nous faire part de sa nouvelle « lecture », Mme Rey-Debove nous a proposé deux paraphrases successives du texte, la première à partir du « sens littéral  », c'est-à-dire du sens qu'aurait le sonnet, si l'on ne disposait pas de l'indication donnée par le titre (« sur sa fièvre ») et la seconde à partir du « sens allégorique » proposé par le titre. Il nous paraît inutile de reproduire ces deux lectures puisqu'elles vont de soi. Ce qui, en revanche, appartient en propre à Mme Rey-Debove, c'est « l'autre allégorie  » qu'elle nous propose ensuite.

La voici : « Vous êtes bien imprudente d'accueillir et de garder dans votre beau corps cette liqueur, le plus grand des dangers pour une femme. Débarrassez-vous en malgré les interdits ("Faire perdre ainsi les droits de la propagation et contrarier ce que les sots appellent les lois de la nature est vraiment plein d'appas", Sade), en la chassant de votre beau con où ces traces d'un ingrat plaisir attaquent insolemment (l'insolence égoïste du mâle) votre belle vie (votre belle santé et votre vie faire pour le plaisir). Quoi, sans respecter votre rang (c'est au peuple d'enfanter), cette liqueur atteint ce que vous avez de plus intime, vous fait outrage moralement et physiquement ("Cette perfide liqueur dont la végétation ne sert qu'à gâter nos tailles..., nous flétrir, nous vieillir et déranger notre santé", Sade). Recourez aux ablutions sans hésiter (remède aqueux) [13]».

Certes la « lecture » de Mme Rey-Debove est cohérente. Elle l'est même davantage que celle proposée par le titre, puisque le conseil final y devient plus clair et que le « quoi qu'on die » n'y est plus une simple cheville  : « il enferme, dit Mme Rey-Debove un peu plus loin, les réprobations de la voix collective qui soutient la morale et la religion, les caquets de l'idéologie régnante [14]». Mais qu'est-ce qui permet cette cohérence, sinon le caractère le plus évident de ce sonnet, celui-là même que Molière a souligné avec tant de force : son insigne médiocrité ? Il est significatif que Mme Rey-Debove écrive, vers le début de son article : « Il n'est pas inutile d'envisager ici la qualité du sonnet de Trissotin-Cotin (qui personnellement ne nous "déplaît" pas) ni les goûts littéraires (?) des Femmes savantes [15]». Que le sonnet de Trissotin ne lui déplaise pas n'est pas assurément pour nous surprendre. Comment pourrait-elle être sensible au ridicule de ces vers, quand, en matière de ridicule, son propre commentaire les laisse si loin derrière ? Qu'elle affirme le plus tranquillement du monde qu' « il n'est pas utile d'envisager ici la qualité du sonnet » ne nous étonnera pas davantage, puisque, à l'évidence, c'est la première chose à envisager. Non seulement, et cela va de soi, tout le comique de la scène est fondé sur la nullité du sonnet, mais c'est aussi sur elle que repose l'interprétation de Mme Rey-Debove. Car ce sonnet n'est pas ridicule seulement à cause de ses vers de mirliton, seulement à cause de son sujet (conseiller à une personne atteinte d'une fièvre persistante de la faire tomber sans attendre), mais aussi à cause du caractère très artificiel de l'allégorie. Et si, théoriquement c'est-à-dire à la condition de ne considérer que le sonnet, en faisant abstraction du titre et du contexte, en oubliant jusqu'à l'existence de l'abbé Cotin, de Molière et de la comédie des Femmes savantes, la « lecture » de Mme Rey-Debove est effectivement possible, ce n'est que parce que la distance entre le sens littéral et le sens allégorique est telle que, s'il n'y avait pas eu le titre, il aurait fallu, pour percevoir la signification véritable du sonnet, autant de subtilité qu'il en a fallu à Mme Rey-Debove pour découvrir sa signification érotique. Et il serait sans doute assez facile de proposer d'autres « lectures » aussi modernes et aussi cohérentes que celle de Mme Rey-Debove. Prenons le premier exemple qui nous vient à l'esprit et suggérons un nouveau titre : « Sonnet à une universitaire distinguée sur son délire sémiotique ». On voit tout de suite que la « lecture » ne poserait aucun problème ou, pour parler aussi doctement que Mme Rey-Debove, qu'il n'y aurait point de « ratés dans le signifié pragmatique [16]». Le « quoi qu'on die » évoquerait évidemment la tyrannie de cette mode que, pour la subir jusqu'au bout, Mme Rey-Debove préfère appeler le « code culturel [17]», le « riche appartement  » désignerait la science et la culture, la « vie », l'intelligence, et le « rang », les titres et les fonctions de notre universitaire; quant au conseil final, qui ne le comprendrait alors comme une invitation à prendre une douche bien froide ?

Mais, dans notre impatience de présenter au lecteur et la clé du sonnet de Trissotin-Cotin et le clou des sornettes de Mme Rey-Debove, nous avons brûlé les étapes et, alléché par cette « lecture allégorique  », le lecteur faribolologue est sans doute curieux de refaire le chemin qui y conduit. Il risque pourtant de rester en partie sur sa faim. On trouve, en effet, dans les pages qui précèdent, plus de jargon que d'arguments. De longs passages sont consacrés à des considérations linguistiques sur les commentaires auxquels se livrent les Femmes savantes. Nous en avons donné tout à l'heure des aperçus rapides, mais suffisants pour se rendre compte qu'il ne s'agit guère que de constatations fort banales, mais richement habillées de sabir nébuleux. Leur cuistrerie n'est certes pas gratuite, mais, pour important qu'il soit, le soutien qu'ils apportent aux sottises du « décodage » proprement dit, est purement psychologique et non pas logique. Ils tendent seulement à mettre le lecteur en condition, à lui donner l'impression que l'auteur est un esprit tout à fait supérieur et à lui inspirer l'intime conviction que les propos d'une personne aussi docte ne sauraient être que très profonds, quand bien même ils paraîtraient bouffons.

S'il y a donc d'assez long moments où Mme Rey-Debove reste à l'arrêt, en se contentant de faire ronfler le moteur pour mieux nous étourdir, il y en a d'autres où l'on souhaiterait fort qu'elle ralentisse un peu, notamment lorsqu'elle aborde le passage le plus dangereux de son parcours, puisqu'il s'agit d'un virage en épingle à cheveux. Le voici  : « Si le domaine langagier a le pouvoir de se substituer, pour les Femmes savantes, à la sexualité naturelle, c'est justement dans la mesure où il est pur de toute dénotation, ou connotation sexuelle. Cette condition nécessaire est corroborée par le projet d'épuration lexicale de Philaminte :

C'est le retranchement de ces syllabes sales
Qui dans les plus beaux mots produisent des scandales […]
Ces sources d'un amas d'équivoques infâmes
Dont on vient faire insulte à la pudeur des femmes.

C'est bien le signe qui devient objet érotique, et non le signifié "érotique" du discours tel qu'il apparaît dans le cas simple du refoulement (paroles, graffiti obscènes). Il s'agit non d'une obsession, mais d'une perversion [18]». Ainsi lancée, elle tourne brusquement de cent quatre-vingts degrés pour se retrouver exactement dans la direction d'où elle venait, en ajoutant aussitôt après : « Néanmoins, le besoin où Philaminte se trouve d'épurer le langage dont le dénoté ou le connoté constitue une agression sexuelle, montre à l'évidence qu'elle y est éminemment sensible comme les deux autres femmes. Il faut donc reprendre le sonnet dans cette perspective [19]». A la suite de quoi, Mme Rey-Debove va nous proposer sa nouvelle « lecture ». On le voit, son « raisonnement  » se présente sous la forme d'un syllogisme, mais d'un syllogisme si illogique que la conclusion ose y contredire ouvertement la majeure. Devant une démarche aussi surprenante, on est d'abord tenté de se dire que Mme Rey-Debove s'est mal exprimée et mal expliquée. Au lieu de dire : « Si le domaine langagier a le pouvoir de se substituer, pour les Femmes savantes, à la sexualité naturelle, c'est justement dans la mesure où il est [c'est nous qui soulignons] pur de toute dénotation, ou connotation sexuelle », n'a-t-elle pas voulu dire plus exactement que c'est « dans la mesure où il leur paraît pur de toute dénotation ou connotation sexuelle » ? A vrai dire, on ne sait pas très bien si, pour Mme Rey-Debove, les Femmes savantes sont ou ne sont pas conscientes de la signification érotique du sonnet : en la lisant, on a plutôt l'impression qu'elles le sont, mais la note 21 nous avertit que « cette seconde allégorie n'est pas explicitement acceptée par les auditrices; elle entre dans le jeu de l'inconscient [20]». Quoi qu'il en soit, on pourrait invoquer cette note pour tenter de lever la contradiction, en ayant recours à l'inconscient si commode dans ces cas-là et on dirait alors que, pour jouir d'un texte, les Femmes savantes ont besoin, au niveau conscient, de le croire « pur de toute dénotation ou connotation sexuelle », tandis qu'inconsciemment, elles jouiraient, en réalité, de la dénotation ou des connotations sexuelles dont il serait chargé ou dont, toujours inconsciemment cela s'entend, elles le croiraient chargé. Hâtons-nous dire que, personnellement, cette distinction nous laisserait songeur. Mais elle pourrait en convaincre d'autres. Malheureusement, si l'on relit le texte, il est très explicite : « C'est bien le signe qui devient objet érotique, et non le signifié "érotique"du discours […] Il s'agit non d'une obsession, mais d'une perversion ». On peut se demander si, dans le cas de Mme Rey-Debove, il ne s'agit pas d'une véritable perversion intellectuelle qui la pousse à rendre ce qu'elle dit le plus insoutenable possible. Car enfin ses fariboles eussent été beaucoup moins acrobatiques si, dans son « raisonnement », elle avait fait l'économie de la majeure. En affirmant d'emblée que les Femmes savantes étaient des refoulées (et, s'agissant d'Armande et plus encore de Bélise, Molière l'a clairement indiqué), elle nous aurait assurément préparés d'une manière plus logique à sa « lecture allégorique ».

Mais Mme Rey-Debove ne se préoccupe guère de satisfaire les esprits logiques : elle ne songe qu'à la joie des jobards qu'il faut gaver de galimatias barbare, qu'il faut gorger d'extravagances gratinées et qui, si celles-ci sont tout à fait contradictoires, se sentiront encore plus gâtés. Qu'importe qu'elle se contredise pourvu qu'elle ne dise que des sottises ! Si donc elle commence par affirmer, non pas que les Femmes savantes, insatisfaites sur le plan sexuel, cherchent une compensation dans la littérature, non pas qu'elles y trouvent un plaisir aussi intense que le plaisir sexuel, mais bien que le langage (non érotique) leur procure un plaisir proprement sexuel, c'est qu'une telle affirmation est bien de nature à faire tomber à genoux tous les jobards. Quant à nous, nous attendrons pour l'accepter que Mme Rey-Debove veuille bien nous citer au moins un exemple précis d'un cas aussi cocasse. Rien ne devrait lui être plus facile. Il suffit, en effet, d'avoir lu quelques pages d'elle pour être convaincu que des mots ou expressions comme « métalinguistique  » ou « connotation autonymique » lui procurent un très vif plaisir. Mais de là à conclure qu'ils suscitent en elle un véritable émoi sexuel, il y a un pas que nous ne franchirons que lorsqu'elle nous y aura elle-même invité.

Il faudrait aussi que, dans les premières pages de son article, Mme Rey-Debove ait réussi à nous convaincre de la tonalité nettement érotique et sexuelle de cette scène. Mais elle n'a réussi qu'à nous prouver qu'elle était capable de filer la métaphore d'une manière encore plus arbitraire et grotesque que ne le firent jamais les précieuses les plus ridicules. Lorsque Trissotin commence à lire son sonnet, Bélise s'exclame, extasiée : « Ah ! le joli début !  [21]». Nul doute que Mme Rey-Debove ne fasse, dès le début aussi, jubiler les jobards d'aujourd'hui, exultant de retrouver si subitement leurs lubies habituelles et, dès l'abord, buvant comme du petit lait les fariboles dont ils raffolent. Voici, en effet, comment elle commence : « Lorsque les Femmes savantes - Philaminte, Armande, Bélise - se disposent à écouter le sonnet de Trissotin, Henriette, la "vraie" femme, veut se retirer […] Priée de demeurer, elle entend tout, sans participer à aucun moment aux débats et aux ébats. Interrogée sur son indifférence (Triss : "Peut-être que mes vers importunent Madame"), elle répond : "Point, je n'écoute pas", comme celle qui a vu sans le regarder l'exhibitionniste ainsi châtré pour sa punition [22]». L'image est saisissante assurément et l'on peut dire des débuts de Mme Rey-Debove ce qu'Armande dit des titres de Trissotin-Cotin  : « A cent beaux traits d'esprit leur nouveauté prépare [23]». Elle ne pouvait, en tout cas, nous avertir plus clairement que son dessein était de débiter des « couillonnades  ». Nous espérons que l'éminente linguiste qu'est Mme Rey-Debove nous pardonnera cette petite impertinence en raison de la pertinence sémantique du terme. Car, si, dès le commencement, son docte décodage relève de la « couillonnade », ce n'est pas seulement au sens habituel du mot, mais aussi au sens étymologique.

En effet, lorsque Mme Rey-Debove compare Trissotin à un exhibitionniste châtré, il ne s'agit pas seulement, tout le reste de l'article le prouve, d'une image destinée à suggérer la profondeur de son dépit et d'ailleurs elle écrit aussitôt après : « La scène où Trissotin exhibe son sonnet nous impose l'évidente polysémie plaisir poétique/plaisir sexuel. C'est bien le langage du plaisir érotique qui se fait entendre : "Je sens d'aise mon cœur tressaillir par avance" (Bél.), "On se sent… jusques au fond de l'âme couler je ne sais quoi qui fait que l'on se pâme" (Phil.), "Laissez-moi, de grâce, respirer"(Bél.), "On se meurt de plaisir" (Arm.), "De mille doux frissons vous vous sentez saisir"(Phil.). La scène, étroitement tissée de ces mots du désir et du plaisir, développe les moments d'un acte sexuel complet; et c'est la manifestation d'une sexualité aberrante que ne supporte pas Henriette [24]». Que certaines expressions et notamment le vers de Philaminte : « De mille doux frissons vous vous sentez saisir », évoquent le plaisir sexuel et que cette impression puisse être soulignée par le jeu des actrices, voilà qui n'est guère discutable. Mais de là à dire que « la scène […] développe les moments d'un acte sexuel complet » ou que les femmes savantes « lâchent la bride à la pudeur [25]», il y a un abîme que Mme Rey-Debove ne franchit qu'en lâchant la bride à ses lubies lubriques. Qu'on en juge : « La phase du désir, écrit-elle, commence dès l'arrivée de Trissotin, dispensateur ordinaire du plaisir (III,1) : Phil. : "Ce sont charmes pour moi que ce qui part de vous", connotation éjaculatoire qui est manifeste d'emblée au début de la réunion [26]». Devant de telles "foutaises", pour employer encore un mot qui s'impose par sa pertinence (c'est le propre terme des linguistes !), comme ne pas se dire que le freudisme de Mme Rey-Debove a été revu et corrigé par le père Ubu ? Car enfin une expression aussi banale que « ce qui part de vous », ne saurait « manifester d'emblée  » une connotation éjaculatoire. Pour qu'elle ait une telle connotation, il faudrait que ce soit déjà acquis ce qu'elle doit justement contribuer à établir  : la signification sexuelle de la scène. Assurément, si Trissotin était vraiment un exhibitionniste, si, lorsque, au vers précédent, Armande s'exclame : « je brûle de les voir », il ne s'agissait pas des vers qu'il s'apprête à lire, alors la remarque de Mme Rey-Debove cesserait d'être une calembredaine, et des plus gratinées.

Mais la démonstration de Mme Rey-Debove ne repose pas seulement sur une simple « connotation éjaculatoire  ». Bélise, en disant, toujours à propos des vers de Trissotin « Ce sont repas friands qu'on offre à mes oreilles [27]» et Philaminte, en disant à Henriette  : « […] venez de toutes vos oreilles / Prendre part au plaisir d'entendre des merveilles [28]», lui fournissent l'occasion de puiser dans l'arsenal classique des sornettes freudiennes. Le mot « oreilles » est prononcé deux fois; c'est deux fois plus qu'il n'en faut pour obliger un freudien à débiter ses balivernes habituelles. Mme Rey-Debove, il est vrai, a l'originalité de commencer par une lapalissade et, personnellement, nous sommes toujours sensible au charme discret d'une humble lapalissade cueillie dans une forêt de fariboles. En effet, elle note tout d'abord, comme une particularité remarquable, que « l'oreille et le langage sont, chez Molière, indissociablement liés [29]», alors que, sans elle, nous aurions continué à croire qu'ils étaient liés dans la nature des choses avant de l'être chez Molière. Mais, comme il se doit, Mme Rey-Debove n'a recours à la niaiserie d'une lapalissade que pour soutenir l'extravagance de ses calembredaines et cette constatation était destinée à préparer une fine remarque sur l'image du repas que prend l'oreille : « C'est, si l'on veut, le stade oral qui inaugure l'orgie [30]». Pourtant il ne s'agit encore que d'une sottise de transition et que l'on peut, à la rigueur, sauter (« si l'on veut ») pour retrouver plus vite le symbole attendu : « Mais l'oreille aussi ("Il n'est pas une partie du corps humain dans lequel il ne s'introduise", Sade) est l'organe par lequel les vierges ont des enfants, cet "enfant tout nouveau-né" que Trissotin leur fait [31]». Mais nous réservons la discussion de cet « argument  » pour tout à l'heure, quand nous examinerons le second article consacré au sonnet de Trissotin. Car son auteur, qui se plaît à barboter dans la sottise et à patauger dans la stupidité, a utilisé ce thème d'une manière beaucoup plus insistante. Contentons-nous de noter, pour l'instant que cet « enfant tout nouveau-né  » (il s'agit d'une épigramme) ne saurait être un enfant que Trissotin fait aux Femmes savantes, puisqu'il est déjà né et que c'est Trissotin qui vient d'en accoucher [32].

Mais Mme Rey-Debove ne se contente pas des images sexuelles qu'elle croit trouver dans le texte. Elle nous en propose d'autres qui sont de son cru. Après avoir fait remarquer, un peu plus haut, qu'Armande « refuse d'aimer "avec tout l'attirail des nœuds de la nature" (IV, 2), tout comme Magdelon de "prendre le roman par la queue" (Précieuses ridicules, 1,4) [33]», elle conclut son paragraphe en reprenant la même image : « L'impatience du désir se manifeste chez toutes trois; mais Philaminte surtout, qui n'est plus novice, prétend écourter les préparatifs; c'est par la queue qu'elle souhaite prendre le roman [34]». Ce qui nous paraît très inquiétant, c'est que ces calembours, qui pourraient témoigner simplement d'un goût de la grivoiserie assez inattendu chez une personne aussi docte, ne nous sont pas donnés pour ce qu'ils sont vraiment, des galéjades; insérés dans la trame de sa « démonstration », ils ont, dans son esprit, valeur d'arguments.

Pour conclure sur ce point, les images précises (castration, éjaculation, sexe féminin) que Mme Rey-Debove a cru découvrir, ne sauraient nous éclairer sur le « fonctionnement » du texte, mais seulement nous inspirer de l'inquiétude quant au fonctionnement de sa tête. Ajoutons que Mme Rey-Debove n'a même pas relevé, parce qu'elle ne cadrait pas avec ses élucubrations la seule image sexuelle précise qui se trouve dans le texte (le mot « accoucher » dans les vers que nous avons cités) et qui n'est aucunement destinée à donner à la scène une coloration érotique. Il reste qu'à défaut d'images précises, il n'est pas faux, si c'est inélégant, de parler avec Mme Rey-Debove, d'une « polysémie plaisir poétique/plaisir sexuel », à la condition, bien entendu, de ne pas l'exagérer d'une manière grotesque. Mais il aurait été tout à fait surprenant qu'on ne pût le faire. Le plaisir sexuel étant le plus caractéristique, le plus intense de tous les plaisirs connus, de tout temps, on a été naturellement amené, pour traduire l'intensité d'un plaisir quelconque à emprunter au vocabulaire du plaisir sexuel. Le cas du verbe « jouir  » n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres, mais assez plaisant à observer Ayant eu d'abord le sens très général de « tirer plaisir, agrément, profit de quelque chose [35]», il a tendu ensuite à ne s'employer que pour désigner un plaisir très intense, ce qui l'a amené à ne plus désigner alors que le plaisir sexuel. Mais, une fois cette spécialisation bien établie, il a été de nouveau utilisé pour les autres plaisirs, dans des emplois alors métaphoriques, jugés d'abord très osés, puis devenus si courants qu'il finira par reprendre la signification très générale qu'il avait primitivement. A partir du moment, en effet, où Roland Barthes et quelques autres se sont mis à publier partout qu'ils jouissaient du soir au matin et du matin au soir, mais jamais autant que lorsqu'ils écrivaien [36]t ou qu'ils lisaient un auteur illisible [37], le mot était condamné à une dévaluation rapide. Car, quels que soient les échanges qui peuvent se produire au niveau du vocabulaire, les différents plaisirs n'en restent pas moins distincts et, quand on prétend prendre un plaisir véritablement sexuel à une activité intellectuelle ou esthétique, personne ne vous croit. C'est pourtant ce que Mme Rey-Debove voudrait nous faire avaler.

Ce n'est certainement pas, en tout cas, ce que Molière a voulu nous faire croire. S'il a effectivement utilisé quelques expressions qui rappellent le plaisir sexuel, ce n'était certes pas pour nous faire comprendre que « le domaine langagier a pouvoir de se substituer, pour les Femmes savantes, à la sexualité naturelle », mais seulement parce qu'il ne pouvait mieux ridiculiser à la fois les Femmes savantes et Trissotin qu'en montrant les premières émoustillées par les sottises du second, qu'en les faisant glousser, se trémousser et quasi défaillir à la lecture de ses fadaises. Mais comment Mme Rey-Debove qui, à l'instar des Femmes savantes, ne nourrit son esprit que « de viande bien creuse [38]», pourrait-elle être sensible à ce ridicule ? Elle l'est si peu que, lorsque les Femmes savantes redoublent de sottise en s'extasiant inlassablement sur le fameux « quoi qu'on die », elle se range à leurs côtés et réussit même à surpasser la stupidité de leurs commentaires. Qui aurait jamais pensé qu'il se trouverait un jour quelqu'un pour célébrer « le pouvoir poético-érotique de quoi qu'on die  » ? C'est pourtant ce que fait Mme Rey-Debove : « Le pouvoir poético-érotique de quoi qu'on die clair, et il faut être bien étourdi pour affirmer que "quoi qu'on die ne dit rien" (Auger) [39]».

Pour notre part, si nous ne sommes guère frappé par « le pouvoir poético-érotique de quoi qu'on die», nous le sommes, en revanche, par l'extraordinaire inconscience de Mme Rey-Debove qui ose traiter d' « étourdi  » un autre commentateur : un secret instinct aurait dû l'avertir que, quand on écrit des stupidités telles que les siennes, on doit soigneusement se garder de jamais exprimer la moindre réserve sur la perspicacité de qui que ce soit. Mais écoutons-la expliquer au malheureux Auger, sur un ton très doctoral et condescendant, en quoi consiste son étourderie : « Sans même tenter le dévoilement d'une structure du signifiant et de ses connotations, il suffit de s'arrêter au plan du dénoté (qui est métalinguistique par la présence de dire). Si quoi qu'on die ne dit rien, c'est justement parce qu'il dit tout. L'indéfini ouvre la voie de tous les discours (n'importe lequel, donc virtualité de tous). c'est la parole infinie qui vient saturer le signifié [40]».

Certes ! on peut toujours, Mme Rey-Debove est mieux placée que personne pour le savoir, dire n'importe quoi, et en ce sens, évidemment « quoi qu'on die », veut bien tout dire. Mais, pour qu'il veuille vraiment dire quelque chose, il faudrait qu'on puisse le remplacer par une objection précise et sensée. Or elle reconnaît elle-même que ce n'est pas le cas puisque, dans la « lecture allégorique  » (il s'agit de celle proposée par le titre) qu'elle nous donne du sonnet, elle écrit : « Elle doit chasser de son corps la fièvre qu'elle a trop longtemps nourrie… et qui met sa vie en péril. Alors le quoi qu'on die fait difficulté : Que pourrait-on objecter à ce comportement ?) [41]». Mais le « quoi qu'on die » n'est pas une cheville ordinaire : c'est une cheville caricaturale. Car, s'il est « métalinguistique par la présence de dire » (nous voilà bien avancés !), cette présence est pour beaucoup dans son ridicule. Comment Mme Rey-Debove peut-elle avoir la sottise d'expliquer au malheureux Auger que « si quoi qu'on die ne dit rien, c'est justement parce qu'il dit tout », alors que, et Auger, lui, l'avait compris, si « quoi qu'on die » est si ridicule de ne rien dire, c'est justement parce qu'il devrait tout dire ?

Gageons que la formule employée par Auger l'a été par beaucoup d'autres avant lui. Car Molière a tout fait pour qu'elle s'imposât à l'esprit du spectateur ou du lecteur. Ce sont les Femmes savantes elles-mêmes qui, par les commentaires qu'elles en font, soulignent, sans s'en rendre compte bien sûr, l'inanité du « quoi qu'on die ». Mais Molière ne pouvait pas prévoir qu'un jour une autre femme savante admirerait la pertinence de ces commentaires aussi sottement que Philaminte, Armande et Bélise admirent celle du « quoi qu'on die ». Voici pourtant ce qu'en dit Mme Rey-Debove : « Alors que tous les autres commentaires métalinguistiques des Femmes savantes étaient in-signifiants, on est frappé par la pertinence de certains qui s'attachent au quoi qu'on die :
Il vaut tout une pièce. (Bél.)
Ce quoi qu'on die en dit beaucoup plus qu'il ne semble.
Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble;
Mais j'entends là-dessous un million de mots. (Phil.)
Il est vrai qu'il dit plus de choses qu'il n'est gros. (Bél.)
Songiez-vous bien vous-même à tout ce qu'il nous dit ? (Phil.)
On remarquera l'habile mise en œuvre des deux dire homonymes, celui de quoi qu'on die (on dit) et celui de la signification (le signe nous dit quelque chose) dont le référent est lui-même un dire (un million de mots) [42]». Mme Rey-Debove nous rappelle ici Bélise, lorsqu'elle explique au petit laquais pourquoi il est tombé par terre. Car tout le monde avant elle, y compris Auger (sa formule le prouve) avait fort bien perçu « l'habile mise en œuvre des deux dire homonymes ». Mais tout le monde avait compris aussi que, si Philaminte avait bien vu, avant Mme Rey-Debove que « quoi qu'on die » était « métalinguistique  » (si le mot avait existé alors, elle n'aurait pas manqué de s'en gargariser), si elle avait cru faire un jeu de mots « habile », en réalité, il n'y avait d'habile ici que Molière. Il fait dire à Philaminte, qui n'y entend pas malice, ce que l'on ne manquerait pas de dire ironiquement à Trissotin pour bien faire ressortir toute la sottise du « quoi qu'on die ». Et Molière, poussant le jeu encore plus loin, remue le fer dans la plaie, en lui faisant ajouter dans la réplique suivante :

Mais quand vous avez fait ce charmant quoi qu'on die,
Avez-vous compris, vous, toute son énergie ?
Songiez-vous bien vous-même à tout ce qu'il nous dit,
Et pensiez-vous alors y mettre tant d'esprit [43]?

Le commentaire de Philaminte atteindrait ici le sommet de l'insolence, s'il n'atteignait celui de la sottise, puisque ce qu'elle dit est bien plus vrai qu'elle ne le pense. Et la réponse embarrassée de Trissotin (« Hay, hay ») montre qu'assurément il ne pensait pas avoir mis beaucoup d'esprit dans le « quoi qu'on die ». Il est vrai que Mme Rey-Debove explique autrement cette réponse. On se souvient (comment pourrait-on l'oublier ?) que, tout au début de son article, elle nous a présenté Trissotin comme un exhibitionniste. Un peu plus loin, elle nous a précisé - et c'était assurément fort utile, car le cas doit être assez rare - que c'était un exhibitionniste d'une « froideur parfaite ». « Sûr de son fait », il « se montre sans plus [44]», et sa réponse « confirme l'impossibilité dans laquelle il se trouve de se commenter lui-même (impossibilité ou refus); comme on l'a déjà dit, il ne peut que se citer - se montrer - et s'identifier totalement à sa propre virilité [45]».

Mais, si le « quoi qu'on die » permet à Philaminte de donner toute la mesure de sa sottise et de son snobisme, c'est grâce à lui aussi que l'on peut le mieux saisir à quel point le personnage est plus actuel que jamais. En écoutant cette Philaminte persuadée d'être la seule à pouvoir comprendre toute la richesse du « quoi qu'on die  », (« Mais en comprend-on bien comme moi la finesse ? [46]»), convaincue que l'auteur lui-même ne se doutait pas de tout ce qu'il y avait mis, ne croit-on pas écouter nos décodeurs modernes, persuadés que jamais personne avant eux, à commencer par l'auteur, n'a vraiment compris le texte dont ils parlent, ne croit-on pas entendre l'auteur même du Plaisir du texte dire à ses contemporains : « Sait-on bien comme moi ce que c'est que jouir ? »

Et l'on croit entendre, bien sûr, Mme Rey-Debove elle-même  : elle aussi a cru être la première à comprendre toute la richesse du « quoi qu'on die ». Mais le seul fait que sa nouvelle « lecture » du sonnet permette de donner un sens précis au « quoi qu'on die », suffirait, s'il en était besoin, à dénoncer la sottise de son entreprise. Et l'un des grands mérites de son commentaire aura été de montrer, sans qu'elle s'en doute, combien Molière avait eu raison de faire un sort au « quoi qu'on die ». Aucune formule ne convenait mieux pour prouver que, si le propre des imposteurs est de faire croire que ce qui ne veut rien dire veut tout dire, ils ne font ainsi que répondre à la propension naturelle des sots. L' « étude » de Mme Rey-Debove réussit à illustrer, d'une manière tout à fait extraordinaire, l'un et l'autre aspects à la fois de cette grande vérité.

Mme Rey-Debove ayant écrit à la fin de son article  : « Nous laissons au lecteur le plaisir d'en conclure ce qu'il veut [47]», nous devrions nous sentir particulièrement à l'aise pour prononcer un jugement brutal et lapidaire. Mais, nous l'avouons bien volontiers, la virtuosité avec laquelle Mme Rey-Debove jongle avec les vocables abscons et les formules abstruses, nous en impose malgré nous. Aussi préférons-nous conclure avec une prudence digne d'un normand : ou bien Mme Rey-Debove a tort, et alors la stupidité de son article dépasse largement celle de Trissotin, de Philaminte, d'Armande et de Bélise; ou bien elle a raison, et alors la subtilité de Trissotin, de Philaminte, d'Armande et de Bélise dépasse largement (ils n'ont lu ni Sade ni Barthes) celle de Mme Rey-Debove. Nous laissons, nous aussi, au lecteur le plaisir de faire son choix.

 

................................................................*

...........................................................*.......*

 

Le nom de Mme Josette Rey-Debove nous paraît mériter, en tout cas, de rester désormais associé à ceux de Trissotin, de Philaminte, d'Armande et de Bélise, et de partager leur célébrité. Mais il serait tout à fait injuste de ne pas leur associer aussi celui de M. Jacques-Henri Périvier, auteur d'un article intitulé « Equivoques molièresques : le sonnet de Trissotin [48]». A aucun moment M. Périvier ne cite Mme Rey-Debove et il n'y a aucunement lieu de le soupçonner de plagiat. Son article, ayant été publié un an seulement après celui de Mme Rey-Debove, était sans doute déjà écrit lorsque le premier a paru. Les grands esprits ne sont pas les seuls à se rencontrer et d'ailleurs, dans la scène même qui nous occupe, Trissotin, Philaminte, Armande et Bélise nous le montrent admirablement.

Pourtant si Mme Rey-Debove et M. Périvier se rencontrent, c'est sur les idées directrices plus que sur les détails de l'interprétation. S'ils sont d'accord pour estimer que les vers de Trissotin sont trop insignifiants en apparence pour n'être pas chargés d'un sens caché, s'ils sont d'accord pour penser que ce sens caché ne peut être qu'érotique, chacun d'eux nous propose le sien. Mais comment s'étonner qu'il y ait à la fois une convergence sur les principes et une divergence dans les résultats ? La première s'explique par une même docilité à la mode et le seconde, par l'absurdité même de ces principes. Quand on part, en effet, d'une même idée directrice, on ne peut guère espérer aboutir à un résultat identique que si cette idée est juste, quand bien même, comme c'est ici le cas, elle n'offrirait qu'un choix relativement restreint de solutions. Il est quasiment impossible, dès qu'elles sont un peu longues, que deux divagations engendrent le même tracé.

M. Périvier possède au plus haut degré les principales qualités intellectuelles qui sont aujourd'hui indispensables pour se faire un nom dans la critique. Et, sans vouloir sous-estimer si peu que ce soit la sottise du commentaire de Mme Rey-Debove, nous devons à la vérité de dire, si incroyable que cela puisse paraître, que, dans ce domaine essentiel, M. Périvier l'emporte assez nettement. En attendant de le montrer plus à loisir, notons seulement que la nouvelle « lecture allégorique » de Mme Rey-Debove, si arbitraire qu'elle fût, avait du moins une cohérence que l'on chercherait en vain dans l'interprétation de M. Périvier. Ajoutons aussi que, si grandes que soient l'extravagance et l'absurdité des démarches de Mme Rey-Debove, il faut parfois un certain effort pour les apprécier à leur juste valeur, alors que la « lecture » de M. Périvier nous comble d'emblée par l'extraordinaire présence de sa bêtise.

Mais, ce n'est pas tout, si c'est beaucoup, que de dire des sottises; si nécessaire que soit devenue la stupidité, elle ne saurait suffire. Dans ce domaine aussi la présentation est primordiale. Les jobards ont beau être toujours prêts à absorber absurdité sur absurdité, à se bourrer de balivernes, à boire comme du petit lait les calembredaines, les gogos à gober les bourdes les plus grosses, à se gorger de sornettes grotesques, à se goberger de fariboles rocambolesques, ils tiennent énormément à la qualité du service. Celui de M. Périvier laisse fort à désirer : c'est à même le sol qu'il déballe ses balivernes. Mme Rey-Debove s'habillait de sabir pour servir ses salades; M. Périvier les sert en gros sabots. Il n'y a, en effet, dans son article, aucun mot savant (pas même « connotation »), aucune utilisation de la linguistique ou de la sémiotique, aucun allusion à la psychanalyse, aucune référence ni à Roland Barthes, ni à quelque autre de nos grands cuistres, ni au moindre critique tant soit peu à la mode.

C'est bien dommage, car, si M. Périvier, veut acquérir une notoriété qui soit à la hauteur de l'ineptie de ses écrits, s'il veut que les jobards se jettent sur ses sornettes, qu'ils jouissent de ses sottises, que ses stupidités les fassent jubiler, il doit suivre l'exemple des médecins et des pédants de Molière et imiter, s'il le peut, Mme Rey-Debove. Tant qu'il n'aura pas compris que plus ce qu'on dit est sot, et plus il faut paraître savant, que plus ce qu'on dit est stupide et plus il faut essayer de paraître subtil, que plus ce qu'on dit est absurde et plus on doit se montrer abstrus, les doctes n'accorderont jamais à ses sottises qu'une estime condescendante. Certes, puisqu'il en est totalement dépourvu, ils admettront qu'il a beaucoup de jugement; mais ils hésiteront toujours à lui reconnaître un véritable talent. Au lieu de prendre, au premier rang, la place qui lui revient, il devra se résigner à n'être jamais qu'un subalterne de la baliverne, une arpette de la sornette, une haridelle de la faribole, un paria de la « couillonnade ».

Car c'est encore de « couillonnades » qu'il va s'agir. M. Périvier, au début de son article, résume ses intentions de la façon suivante : « L'objet de cette étude est de mettre en lumière et de commenter une longue équivoque érotique, passée inaperçue, qui se dissimule, croyons-nous, dans l'acte III, scènes 1 et 2 des Femmes savantes de Molière, c'est-à-dire dans le sonnet de Trissotin et les cris d'admiration de Philamine, de Bélise et d'Armande [49]». Et, pour bien préparer le lecteur à accepter cette interprétation, M. Périvier a cité en épigraphe une phrase de La Critique de l'Ecole des femmes : « La belle chose de faire entrer aux conversations du Louvre de vieilles équivoques ramassées parmi les boues des halles et de la place Maubert ». Et, en effet, cette citation nous prépare déjà à ce qui va suivre, même si, très rapidement, elle ne sera plus qu'une goutte d'eau dans cet océan de sottises. M. Périvier veut faire croire au lecteur, à moins, et c'est plus probable, qu'il ne le croie lui-même, que les équivoques en question sont des équivoques érotiques et, plus précisément sans doute celles qui, dans L'Ecole des femmes, ont choqué les prudes. Mais il aurait dû prendre la peine, surtout s'agissant d'une citation destinée à figurer en tête de son article, de replacer cette phrase dans son contexte. Nous sommes à la première scène de la pièce et il n'y est point question encore de L'Ecole des femmes. Elise reproche à sa cousine Uranie son humeur trop complaisante qui lui fait accueillir chez elle des gens extravagants et assommants et elle se plaint tout particulièrement d'un « marquis incommode » dont elle ne peut supporter les « turlupinades perpétuelles ». C'est à propos des sottes plaisanteries de ce personnage qu'elle prononce la phrase citée en épigraphe. Il ne s'agit aucunement d'équivoques érotiques, car, dans la discussion sur L'Ecole des femmes, le marquis se joindra à Climène pour déplorer « les ordures dont elle est pleine [50]», et, quand il dira que la pièce ne l'a pas fait rire, Dorante lui répliquera : « C'est que tu n'y as point trouvé de turlupinades [51]». Les équivoques dont parle Elise ne sont donc que des calembours stupides, mais tout à fait innocents et elle nous en donne d'ailleurs un échantillon aussitôt après : « La jolie façon de plaisanter pour des courtisans ! et qu'un homme montre d'esprit lorsqu'il vient vous vous dire  : "Madame, vous êtes dans la place Royale, et tout le monde vous voit de trois lieues de Paris, car chacun vous voir de bon œil", à cause que Boneuil est un village à trois lieues d'ici ! ». On voit que, si M. Périvier avait prolongé sa citation, il n'aurait plus pu l'utiliser.

Cela dit, la lecture de l'article va nous faire oublier très vite la légèreté dont témoigne le choix de cette citation. Car, d'entrée, M. Périvier va se vautrer dans l'absurdité. Dès la première phrase que nous avons citée, comment ne pas s'étonner que, pendant trois siècles, cette « longue équivoque  » soit « passée inaperçue » ? Comment ne pas se dire qu'en bonne logique, plus une équivoque est longue et moins elle risque de passer inaperçue ? Mais, aussitôt après, loin de chercher à dissiper notre inquiétude, M. Périvier semble s'ingénier à l'augmenter. Il s'empresse, en effet, d'évoquer lui-même toutes les raisons qui prédisposaient les spectateurs et les lecteurs du XVIIe siècle à découvrir ce qu'aucun d'eux n'a soupçonné. En rappelant « qu'avec Mélite en 1629, Corneille se vanta d'avoir fait applaudir la première comédie qui ne peignît que "la conversation des honnêtes gens", et que Racine se flatta, en 1668, d'avoir écrit Les Plaideurs sans qu'il lui en ait coûté "une seule de ces sales équivoques et de ces malhonnêtes plaisanteries qui coûtent maintenant si peu à nos écrivains" [52]», en rappelant ensuite la guerre aux syllabes menée par les prudes, M. Périvier rappelle que le public des comédies était habitué à rencontrer de telles équivoques et que, souvent même, il en découvrait qui ne s'y trouvaient pas. Comment expliquer alors que, parmi tant de spectateurs exercés à guetter les équivoques érotiques que l'auteur pouvait avoir introduites dans sa pièce, que, parmi tant de prudes, qui, à l'instar d'Arsinoé poussaient des cris de putois « aux ombres d'indécence / Que d'un mot ambigu; peut avoir l'innocence [53]», il ne se soit trouvé personne pour remarquer ce qui aurait constitué, si M. Périvier avait raison, la plus développée et la plus scabreuse de toutes les équivoques jamais proposées au public ? Comment expliquer enfin pour citer M. Périvier, que parmi « les précieux et les précieuses, les prudes, les puristes et les chasseurs de syllabes qui avaient crié au scandale pour les équivoques de L'Ecole des femmes et avaient vilipendé leur auteur [54]», personne n'ait seulement sourcillé devant une équivoque autrement plus longue et plus osée que les plaisanteries de L'Ecole des femmes ?

Mais sur ce point précis (l'indignation des prudes devant L'Ecole des femmes et leur silence devant Les Femmes savantes), M. Périvier semble avoir senti la difficulté et avoir cherché à l'expliquer, encore qu'il ne la soulève pas explicitement. Toujours est-il qu'il écrit ensuite : « Pour se défendre des accusations de grossièreté qu'on portait contre lui, Molière possédait une arme redoutable : le ridicule de ses adversaires. Mais la bégueulerie était puissante, et le comédien qui, dans L'Ecole des femmes, avait semé quelques équivoques trop claires qui firent scandale, devint prudent. Dans Les Femmes savantes, (qui mériterait bien le sous-titre : La Pruderie ridicule), les équivoques sont cachées dans les profonds replis du langage ». Remarquons d'abord que, si M. Périvier avait raison, ce serait Molière qui aurait eu tort : en voulant éviter d'être trop clair, il serait devenu si obscur que personne ne l'aurait compris. Mais surtout cette affirmation que « les équivoques sont cachées dans les profonds replis du langage [55]», M. Périvier lui-même ne cesse de la contredire dans toute son « étude ». Ainsi on aimerait savoir comment il peut bien la concilier avec cette autre affirmation que l'on trouve plus loin : « Les vers de Cotin sont bien fades, mais patience ! Molière va les assaisonner, non de "sel attique" mais de gros sel gaulois [56]». On aimerait savoir pourquoi alors il emploie dans son commentaire tant de formules qui soulignent l'évidence des équivoques  : « Le premier quatrain prête donc aisément à l'équivoque. Cette équivoque, les éloges excessifs des trois femmes vont la confirmer, la développer et la préciser [57]»; « Molière craint de n'être pas compris [58]»; « pour qu'il ne reste plus de doute [59]»; « Molière qui veut que nous comprenions bien "tout ce qu'il nous dit", ce "charmant" et "plein d'esprit" quoi qu'on die [60]»; « L'équivoque du premier tercet est transparente [61]»; « un sens dont l'indécence, maintenant, est évidente [62]»; « nouveau clin d'œil à son public) [63]». On le voit : lorsque, dans la suite de son article, M. Périvier veut prouver l'existence de ses équivoques, il insiste sur leur évidence, oubliant complètement avoir dit qu'elles étaient bien cachées. Mais, plutôt qu'à un oubli, l'ensemble de l'article nous incite à croire à une répudiation totale des règles de la logique. Pour suivre la pensée de M. Périvier, il nous faudrait donc admettre, dans cette scène des Femmes savantes, l'existence d'une équivoque qui, bien que soigneusement enveloppée, n'en est pas moins transparente, d'une équivoque que son évidence criante n'empêche pas de rester très secrète, d'une équivoque que Molière a soulignée avec autant d'insistance qu'il a mis de soin à la dissimuler.

Qui douterait encore que la pensée de M. Périvier se caractérisât par une complète incohérence, n'aurait qu'à rapprocher le début de son article de ce qu'il dit dans sa conclusion. Si tout d'abord, pour attirer l'attention sur sa prodigieuse perspicacité, il admet que l'équivoque est « passée inaperçue  », lorsqu'il veut, dans ses dernières pages expliquer pourquoi Molière a prêté un sens érotique au sonnet de l'abbé Cotin, il écrit ceci : « Il était de bonne guerre de suggérer une interprétation salace et ordurière au sonnet d'un ennemi qui vous avait accusé d'indécence et de libertinage […] Certes, la vengeance venait bien tard, en 1672, mais on sait que c'est un plat qui se mange froid. Vengeance terrible : Molière faisait monter Cotin-Trissotin sur les tréteaux parisiens pour une exécution capitale [64]». En fait d'exécution capitale, c'est à la sienne que procède M. Périvier. Il faut, en effet, avoir perdu la tête pour se contredire d'une manière aussi grotesque en qualifiant de « vengeance terrible » une vengeance dont il a dit qu'elle était « passée inaperçue ». Pour comble de ridicule, pris de scrupule, il concède qu'en 1672, la vengeance « venait bien tard ». Il oublie qu'elle n'a éclaté qu'à la fin de 1973 et que, sans lui, elle n'aurait toujours pas été comprise. La vengeance, rappelle-t-il, est un plat qui se mange froid; celui-ci est resté au congélateur pendant trois siècles. Si un jour M. Périvier veut exercer une « vengeance terrible » sur l'un de ses ennemis, il fera bien de le prévenir après qu'il l'aura fait, et de lui expliquer, avec le plus de détails possible, en quoi elle aura consisté.

Maintenant que connaissant le « fonctionnement » du cerveau de M. Périvier, nous savons qu'il n'obéit qu'à une seule règle stricte : bafouer continuellement le principe de non-contradiction, nous trouverons tout naturel qu'au début du commentaire proprement dit, afin de bien nous préparer à accepter son interprétation érotique, il éprouve le besoin de nous rappeler avec insistance que « les trois femmes savantes sont trois précieuses tombées dans la pédanterie et la pudibonderie, trois grammairiennes, trois pourchasseuses de syllabes sales et de mots infâmes, dont l'un des principaux ridicules est de considérer comme répugnant et contraire à l'idéal ascétique de l'amour toute idée de commerce amoureux, même dans le mariage [65]».

Ayant ainsi consolidé la sottise de ses assises, ayant bien assuré l'absurdité de ses arrières, M. Périvier peut enfin s'élancer : « Dès le début de l'acte III, avant même que Trissotin n'ait commencé à lire, Molière, par la bouche de Philaminte, la mère, nous incite à chercher un sens secret à :
Ces mots que vers à vers il est besoin qu'on pèse [66]».
On voit que M. Périvier n'avait pas tort de vouloir que nous soyons bien habitués à l'absurdité de ses démarches avant d'aborder sa « lecture ». Comment aurions-nous pu autrement ne pas sursauter devant une telle sottise ? Pour se servir comme porte-parole d'un personnage qu'il s'emploie à ridiculiser, il aurait fallu que Molière raisonnât comme M. Périvier. Bien loin de nous inciter à chercher un sens secret aux vers de Trissotin, il nous avertit tout de suite de leur insignifiance, il nous prévient qu'il n'y a rien à peser et qu'il va nous le montrer « mot à mot ». Mais qui ne voit aussi qu'en soulignant à l'avance et la sottise du sonnet et la sottise de ses admiratrices, Molière a souligné en même temps sans s'en douter ( qui donc aurait pu la prévoir ?) la sottise de nos « décodeurs » ? Et ce vers seul pourrait suffire à juger de la stupidité de leur entreprise.

Mais, comme si sa remarque allait de soi, M. Périvier poursuit tranquillement : « Et, pour créer un climat favorable à l'interprétation érotique, il [Molière] nous peint les trois précieuses émoustillées comme à l'approche d'un contact amoureux :
Je brûle…
L'on se meurt…
Ce sont charmes…
Ce m'est une douceur à nulle autre pareille.
Ne faites pas languir de si pressants désirs.
Dépêchez…
Faites tôt et hâtez nos plaisirs [67]».
Ayant déjà répondu sur ce point à Mme Rey-Debove, contentons-nous de dire que si en effet Molière « nous peint les trois précieuses émoustillées comme à l'approche d'un contact amoureux », bien loin que ce soit « pour créer un climat favorable à l'interprétation érotique », c'est au contraire parce que jamais il n'y eut moins lieu de s'exciter, si peu que ce fût.

M. Périvier nous offre ensuite une autre faribole déjà rencontrée chez Mme Rey-Debove, mais dont nous avions différé la discussion : « Bélise, écrit-il, risque même une métaphore qui combine la sexualité "goulue" d'Arnolphe et les "enfants par l'oreille" d'Agnès  : "Ce sont repas friands qu'on offre à mon oreille" (717), dit-elle des vers de Trissotin. Dans cette fête verbale qui s'apprête, l'oreille, comme en d'autres pièces de Molière, est ici la métaphore du sexe. Elle brûle de sentir la pointe trissotine : "A notre impatience offrez votre épigramme" (719), s'écrie Philaminte [68]». On voit que la stupidité de l'argument est plus appuyée chez M. Périvier et que, non content de faire de l'oreille un image du sexe féminin, il nous propose de considérer l'épigramme (est-ce à cause du préfixe « épi » ?) comme un symbole phallique. Cela dit, qu'il y ait dans les « enfants par l'oreille » de L'Ecole des femmes une allusion sexuelle, qui songerait à le nier ? Molière écrit assurément pour des spectateurs qui savent par où se font les enfants et qui sont capables de rectifier l'erreur d'Agnès. Pourtant, même dans ce vers de L'Ecole des femmes, on ne peut dire que l'oreille est « la métaphore du sexe ». Il faudrait, pour que ce fût vrai, qu'Agnès ne fût plus niaise et qu'elle employât consciemment le mot « oreille » pour désigner un autre endroit. Une erreur et une métaphore sont, en effet, deux choses différentes. Ce n'est pas là une simple querelle de terminologie. Car Molière n'a pas voulu évoquer d'une manière indirecte et voilé une image sexuelle, mais montrer la totale ignorance d'Agnès en ce domaine. S'il avait fait dire à celle-ci que deux et deux font cinq, il aurait supposé évidemment que les spectateurs ne manqueraient pas de rétablir d'eux-mêmes la vérité. M. Périvier aurait-il prétendu pour autant qu'il avait voulu montrer, non pas montrer l'extrême faiblesse d'Agnès en calcul, mais rappeler ingénieusement aux spectateurs que deux et deux font quatre ? De plus, dans « les enfants par l'oreille  », ce qui est comique, beaucoup plus que l'ignorance grossière d'Agnès, c'est la satisfaction que cette ignorance donne à Arnolphe. Molière, en effet, écrit pour un public mentalement adulte et non pour des potaches qui, lorsqu'ils étudient Britannicus, gloussent sottement au nom d'Agrippine et se poussent du coude à celui de Silanus. S'il s'était proposé de faire frétiller les spectateurs en évoquant la façon dont se font les enfants, s'il avait voulu les flatter parce qu'ils sont, eux, mieux informés qu'Agnès, ce serait vraiment affligeant. Et comme l'on comprend son irritation devant les réactions des prudes effarouchées ou faisant semblant de l'être ! Elle ne serait pas moindre assurément devant les commentaires de M. Périvier ou de Mme Rey-Debove. Car, si différents que puissent être leurs idées et leurs préoccupations, leurs sottes marottes n'en rejoignent pas moins celles des prudes et aboutissent à la même inintelligence du texte. Ils réagissent exactement comme si Molière avait écrit pour des demeurés. Qu'ils relisent donc ce que, par la bouche de Dorante, il a répondu aux prudes dans La Critique de l'Ecole des femmes : « Pour ce qui est des enfants par l'oreille, ils ne sont plaisants que par réflexion à Arnolphe, et l'auteur n'a pas mis cela pour être de soi un bon mot, mais seulement pour une chose qui caractérise l'homme, et peint d'autant mieux son extravagance, puisqu'il rapporte une sottise triviale qu'a dite Agnès comme la chose la plus belle du monde et qui lui donne une joie inconcevable [69]». Mais Molière ne les convaincra pas plus qu'il n'a convaincu les prudes.

Laissons donc là L'Ecole des femmes. Aussi bien le rapprochement opéré par M. Périvier et Mme Rey-Debove est-il parfaitement inepte. Le vers de L'Ecole des femmes et celui des Femmes savantes n'ont de commun que le mot « oreille ». Car, si ce mot se trouvait assurément dans un contexte sexuel, lorsque Agnès demandait « si les enfants se font par l'oreille », ce n'est aucunement le cas lorsque Bélise dit des vers de Trissotin : « Ce sont repas friands qu'on offre à mon oreille ». Faire des enfants et manger sont tout de même deux activités bien distinctes. S'il y a une métaphore sous-jacente, ce n'est pas celle du sexe, mais celle de la bouche à laquelle l'oreille est implicitement comparée.

S'il est donc fort douteux que Molière ait voulu « créer un climat favorable à l'interprétation érotique » du sonnet, incontestablement M. Périvier a su créer, par ces fariboles préliminaires, un climat favorable aux calembredaines de son « décodage  ». Après avoir ensuite cité le sonnet, il le commente en ces termes : « Pour Cotin lui-même, la "fièvre" représentait sans doute l'amour. L'image était alors à la mode. "La plus juste comparaison qu'on puisse faire de l'amour, c'est celle de la fièvre", dit une maxime bien connue de La Rochefoucauld. Et l'amour, entendons aussi par là l'union sexuelle, n'est-elle pas (le nom est alors féminin) la "plus cruelle ennemie" de nos trois prudes et précieuses [70]». Disons d'abord que l'affirmation selon laquelle « pour Cotin lui-même la fièvre représentait sans doute l'amour », apparaît tout à fait gratuite. Il y a tout lieu de penser, au contraire, étant donné la personnalité de l'auteur, la nature du sonnet et la précision du titre (« sur sa fièvre quarte [71]»), qu'il s'agit de vers de circonstance, effectivement inspirés par une fièvrotte princière. En revanche, puisque, pour une fois, M. Périvier nous offre l'occasion de lui accorder quelque chose, nous reconnaîtrons bien volontiers qu'il est, en effet, très naturel de comparer l'amour à la fièvre. Mais ajouterons-nous aussitôt, plus que « l'union sexuelle », qui constitue justement le meilleur remède à la fièvre amoureuse, l'image sert surtout à évoquer l'ardeur du désir et tout particulièrement la passion insatisfaite. Enfin, si usuelle que puisse être l'image, on ne saurait pour autant traduire systématiquement « fièvre » par « amour ». Dans le cas présent, pour que nous soyons tenté de le faire, il faudrait que M. Périvier nous ait convaincu de chercher un sens érotique au sonnet. Il n'a réussi jusqu'ici qu'à nous persuader d'une seule chose : il n'est point de sottise qu'on ne puisse attendre de sa plume.

Et malheureusement ce n'est pas ce qu'il lui reste à dire qui nous fera changer d'avis. Il écrit ensuite : « Le premier quatrain où nous voyons cette ennemie se loger sournoisement dans le corps de la Princesse Uranie prête donc aisément à équivoque. Cette équivoque, les éloges excessifs des trois femmes vont la confirmer, la développer et la préciser. Ainsi l'exclamation de Bélise : "A prudence endormie il faut rendre les armes" (767), signifie, certes, qu'on ne peut se défendre d'admirer l'expression de Trissotin soulignée par Molière; mais aussi que c'est lorsque la prude ou la précieuse n'est plus sur ses gardes qu'elle se donne ou rend les armes [72]». Ce qui est désarmant, assurément, c'est l'argument de M. Périvier. Pour admettre que le vers de Bélise confirme l'équivoque, il faudrait, comme elle, avoir des « chimères ». Certes, et on lui en saura gré, M. Périvier commence par bien vouloir reconnaître que le vers signifie bien, dans un premier temps, ce qu'il signifie effectivement. Mais le sens qu'il lui prête, dans un second temps, pour étayer son interprétation, supposerait qu'on puisse considérer « à prudence endormie  », non plus comme le complément de « rendre les armes », mais comme l'équivalent d'une proposition temporelle (« lorsque la prudence est endormie »). Mais qui prendrait de telles libertés avec la langue risquerait fort de n'être jamais compris et, de fait, il aura fallu trois siècles pour que ce vers soit compris ainsi.

Mais M. Périvier a d'autres arguments : « Aussi bien qu'à l'amour, écrit-il ensuite, la "fièvre" peut faire allusion à la virilité même de l'amant : "Loger son ennemie est pour moi plein de charmes" (768), s'écrie Bélise ingénument, tandis que Philaminte, plus grammairienne, s'extasie, elle, sur les parties de ce langage équivoque :
J'aime superbement et magnifiquement :
Ces deux adverbes joints font admirablement (769-770).
Les précieuses sont, on le sait, friandes d'adverbes [73]». Si l'on ne savait aussi combien M. Périvier est friand de fariboles, cette remarque suffirait à nous en convaincre. Si nous le comprenons bien - et l'on peut hésiter à le faire, bien qu'il s'exprime très clairement - les goûts de Bélise et de Philaminte seraient heureusement complémentaires. Mais nous aurions souhaité des précision supplémentaires sur le rapport qu'il établit entre les préférences de Philaminte et le fait qu'elle est grammairienne. Il nous semble, en effet, qu'il y aurait là le point de départ d'une thèse très intéressante, et très neuve, sur la sexualité des grammairiennes. De plus nous le suivrions plus facilement, s'il ne nous avait pas dit plus haut que Philaminte brûlait « de sentir la pointe trissotine ». Si l'on admettait enfin que la « fièvre » puisse désigner « la virilité même de l'amant  », il faudrait montrer - M. Périvier ne l'a pas fait - que cette interprétation permet une « lecture » cohérente du sonnet. Et cela n'irait pas sans problèmes. Certes, dans cette perspective, le conseil du second quatrain (« Faites-la sortir ») ne soulèverait point de difficulté et l'on saura gré à M. Périvier d'avoir jugé le lecteur assez perspicace pour le comprendre tout seul. On comprendrait aussi le « si vous la conduisez aux bains »: fonctionnant « nuit et jour », elle aurait bien besoin, en effet, qu'on lui passât de temps en temps un peu d'eau dessus. Mais comme on aurait aimé, en revanche, que M. Périvier daignât nous expliquer le sens que prendrait alors le conseil final : « Noyez-la de vos propres mains » !

On nous permettra de sauter quelques sottises de second choix pour admirer plus vite ce que M. Périvier a dit du fameux « quoi qu'on die ». Car, comme l'avaient été avant lui ceux des Femmes savantes d'abord, celui de Mme Rey-Debove ensuite, son commentaire se devait d'être, en y arrivant, d'une sottise encore plus insistante. On aurait pu croire la chose impossible, tant M. Périvier nous avait dispensé avec générosité les sottises, tant il nous avait délivré avec libéralité les balivernes, tant il nous avait distribué avec prodigalité les fariboles. Mais c'eût été sous-estimer les immenses possibilités d'une pensée qui a renoncé à toute cohérence, qui a rejeté tous les critères logiques, qui s'est libérée de toute contrainte rationnelle et n'exerce plus sur elle-même aucune espèce de contrôle. Toujours est-il que M. Périvier a réussi à se surpasser lui-même et que la sottise de son commentaire atteint alors une intensité presque insoutenable. On ne peut plus dire qu'il raisonne de travers; on ne peut plus dire qu'il raisonne à l'envers, comme il sait pourtant si bien le faire : il ne raisonne plus du tout. S'il lui était resté un seul grain de raison, un seul atome de bon sens, aurait-il jamais eu l'idée de faire de « quoi qu'on die » un symbole phallique ? C'est pourtant ce qu'il va faire : « Toute l'admiration des précieuses se porte ensuite sur l'innocent "quoi qu'on die" que l'on soupçonne, lui aussi, de ressembler à une cheville autrement que pour la versification [74]». La relative prudence dont semble témoigner cette première phrase n'est qu'apparente, car on trouvera plus loin des formules catégoriques. C'est pourquoi on aurait aimé que M. Périvier nous expliquât comment, dans le contexte du sonnet, le « quoi qu'on die  », pouvait bien prendre une telle signification. Quand bien même, en effet, M. Périvier aurait eu raison jusqu'ici, quant bien même le sonnet aurait indiscutablement une signification érotique, quand bien même le titre en aurait été « Sonnet à une Princesse dont la cuisse est trop accueillante », il serait toujours strictement impossible de commencer seulement à entrevoir comment « quoi qu'on die » pourrait avoir un sens phallique. Et quand, oubliant le sonnet de Trissotin-Cotin, on essaie d'imaginer quel contexte pourrait permettre de conférer une signification phallique à la locution « quoi qu'on die », on ne voit guère qu'une seule possibilité : il faudrait que quelqu'un ait décidé d'affubler son phallus, ou celui d'un tiers, de ce sobriquet abracadabrant. Mais, pour qu'une telle idée puisse jamais venir à l'esprit de quelqu'un, il faudrait sans doute qu'il ait d'abord lu M. Périvier.

Aussi bien M. Périvier n'a-t-il aucunement essayé de replacer dans le contexte du sonnet le « quoi qu'on die  » ainsi « décodé ». Il n'a fait appel, pour justifier son interprétation qu'aux seuls commentaires des Femmes savantes. « On sait bien, écrit-il, que le comique réside ici dans l'inanité de ce "quoi qu'on die" tant admiré, mais l'insistance de Philaminte à le charger de sens incite, une fois de plus, à chercher le sous-entendu :
Mais en comprend-on bien comment moi la finesse ? (787)
Ce quoi qu'on die en dit beaucoup plus qu'il ne semble.
Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble,
Mais j'entends là-dessous un million de mots (780-792).
Et Bélise de ponctuer :
Il est vrai qu'il dit plus de chose qu'il n'est gros (793) [75]».
Comme nous avons déjà été obligé, à propos de ces vers, d'expliquer à Mme Rey-Debove ce que d'ordinaire les élèves de Troisième comprennent aisément, nous prierons M. Périvier de bien vouloir s'y reporter. Nous nous bornerons donc à lui répondre que seule « l'inanité » de ce « quoi qu'on die », explique « l'insistance de Philaminte à le charger de sens », et qu'ainsi cette insistance, loin de nous inciter « à chercher le sous-entendu » ne fait que souligner l'inanité du « quoi qu'on die » et la sottise de Philaminte. Quant à l'approbation que Bélise apporte aux commentaires de Philaminte, nous rappellerons seulement que Molière a montré et dit qu'elle était « folle [76]  », et nous laisserons M. Périvier libre d'invoquer cette autorité à l'appui de sa thèse. Ajoutons enfin que, si Philaminte nous incitait effectivement « à chercher le sous-entendu », elle s'y prendrait alors bien mal pour faciliter nos recherches. Pour que nous puissions comprendre, en effet, qu'elle donne au « quoi qu'on die », un sens que le contexte ne permet absolument pas de soupçonner, il faudrait que ses commentaires fussent très explicites. Or le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en nous incitant à lire, sous le « quoi qu'on die », « un million de mots », elle ne nous aide guère à deviner le mot précis qu'il faut lire.

M. Périvier lui-même a peut-être senti que ce n'était pas tout à fait décisif, car il a cru bon, en nous présentant son dernier argument, de nous avertir qu'il était, lui, sans réplique. Le voici : « Pour qu'il ne nous reste plus de doute, Philaminte se tourne vers Trissotin et lui demande :
Mais quand vous avez fait ce charmant quoi qu'on die,
Avez-vous compris, vous, toute son énergie ?
Songiez-vous bien vous-même à tout ce qu'il nous dit,
Et pensiez-vous alors y mettre tant d'esprit ? (794-797)
A quoi Trissotin répond d'un air entendu : "Hay ! hay !". Molière qui veut que nous comprenions bien "tout ce qu'il nous dit", ce "charmant" et "plein d'esprit" quoi qu'on die, recourt à une vieille équivoque sur le mot esprit qui prend ici le même sens que lui donne La Fontaine dans son conte Comment l'esprit vient aux filles où l'on voit l'esprit du Père Bonaventure opérer sur l'innocente Lise le même miracle que celui d'Horace sur Agnès [77]». Ainsi, s'il fallait en croire M. Périvier, la présence de ces deux mots « charmant » et « esprit » prouverait d'une manière indiscutable le caractère phallique du « quoi qu'on die ». Pour le premier, nous dirons que c'est se faire du « charme  » une idée qu'il est permis de juger, à tout le moins, bien restrictive. Pour le second, il est bien dommage qu'on ne dispose pas de statistiques nous indiquant la fréquence des emplois phalliques du mot « esprit ». M. Périvier invoque le seul exemple du conte de La Fontaine Comment l'esprit vient aux filles. Certes on y trouve bien une telle équivoque sur le mot « esprit ». Ainsi, évoquant la manière dont le père Bonaventure fait l'éducation de Lise, La Fontaine nous dit :

Il suit sa pointe, et d'encor en encor
Toujours l'esprit s'insinue et s'avance,
Tant et si bien qu'il arrive à bon port.

Mais, bien loin que cet exemple donne raison à M. Périvier, il permettrait, au contraire, si c'était nécessaire, de mesurer encore mieux la monstrueuse stupidité de son interprétation. Car pour créer cette équivoque sur le mot « esprit », La Fontaine a dû y préparer son lecteur d'une manière très précise; il a dû, tout au long du texte - et les vers que nous avons cités, le prouvent - se montrer très explicite. Aussi ce conte suffirait-il à prouver, s'il en était besoin, qu'il faut avoir de très bonnes raisons pour interpréter ainsi le mot « esprit ». Ah certes ! si quelqu'un dont nous estimons le jugement, venait nous vanter « l'esprit  » de M. Périvier, nous n'hésiterions à prendre le mot dans ce sens plutôt que de lui donner sa signification habituelle.

M. Périvier ayant ainsi bien établi la nature phallique du « quoi qu'on die », la logique que nous lui connaissons l'obligeait évidemment à y découvrir en même temps l'évocation insistante du sexe féminin. Il poursuit donc ainsi : « Si le contexte permet de faire de ce quoi qu'on die un appendice masculin, sa seconde syllabe, par le son, ne rappelle-t-elle pas, au contraire, l'équivoque de "Tarte à la crème" ? En 34 vers, quoi qu'on die ne revient pas moins de 15 fois, ce qui est beaucoup. Cette fois, Molière pouvait s'en donner à cœur joie  : le mot sale, la syllabe infâme était de Cotin. Celui-ci pouvait, non sans raison, considérer cette grossièreté comme une insulte que Molière lui jetait aux yeux de tout Paris [78]». La dernière phrase nous montre qu'une fois de plus M. Périvier méconnaît l'originalité de son propre travail, originalité qu'il avait pourtant soulignée lui-même au début de son « étude ». Il oublie, en effet, qu'avant lui, ni Cotin, ni personne, à Paris ou ailleurs, n'avait compris ce qu'il a compris. S'il avait raison, il faudrait donc dire que jamais camouflet ne fut mieux camouflé. En tout cas, la « découverte » de M. Périvier achève de nous faire comprendre comment il travaille : tandis qu'il écrit d'une main, il ne cesse, de l'autre, de se taper sur la tête avec un marteau. Et le son qu'il a entendu 15 fois, pourrait fort bien avoir été produit par cette opération.

Avec le « quoi qu'on die », la stupidité du commentaire de M. Périvier s'est élevée à une telle sublimité qu'il se trouve ensuite obligé de redescendre quelque peu. Certes il lui reste bien des sottises encore à débiter, mais elles risquent maintenant de paraître falotes. Aussi, pour éviter de trop décevoir le lecteur, irons-nous désormais plus vite. D'ailleurs l'exégèse de M. Périvier va se faire elle-même plus rapide. « Comme dans tout bon sonnet, poursuit-il, les tercets de celui-ci présentent la solution du problème posé par les quatrains : comment apaiser cette "fièvre" que la Princesse Uranie ne se décide pas à faire sortir ? L'équivoque du premier tercet est transparente (on notera l'exclamation de nos trois hystériques après le second vers) :
Trissotin : Quoi ? sans repecter votre rang
Elle s'attaque à votre sang…
Philaminte, Armande et Bélise : Ah !
Trissotin : Et nuit et jour vous fait outrage [79]».
Disons simplement que le « ah ! » que poussent en même temps les trois femmes, ne prouve aucunement qu'elles comprennent ces vers de la même façon que M. Périvier. Cette exclamation s'explique tout naturellement en restant dans le cadre de la « lecture » proposée par le titre. C'est sur le mot « sang », en effet, que se produit la rencontre la plus précise entre le sens littéral et le sent allégorique. Aussi, en faisant pousser ce « ah ! » aux trois femmes en même temps, Molière a-t-il voulu souligner ironiquement ce qui est peut-être le plus grand défaut d'un sonnet qui se veut allégorique  : le trop grand écart qu'il y a entre le sens littéral et le sens allégorique.

Nous arrivons enfin au dernier tercet :

Si vous la conduisez aux bains,
Sans la marchander davantage,
Noyez-la de vos propres mains.

« Pris littéralement, dit M. Périvier, le conseil est absurde. Il peut aussi recevoir un sens dont l'indécence, maintenant, est évidente… C'est sur cette descente onaniste au jardin de la femme, ou comme dirait La Fontaine, au "verger de Cypris, Labyrinthe des fées" (Contes, IV, 14) que s'achèvent le sonnet de Trissotin et les transports des précieuses. Molière, caché derrière le voile d'un langage fleuri et galant, reprend, en terminant, l'équivoque des doigts dans le potage, qu'il fait passer cette fois de la cuisine au salon [80]». En affirmant à la fois que le sens est évident et qu'il est caché derrière un voile, M. Périvier reste fidèle à la logique qui est la sienne. C'est pourquoi on s'étonnera plutôt qu'il juge « absurde » le conseil final de l'abbé Cotin, d'abord parce qu'on ne s'attendait guère de sa part à une telle exigence de rigueur et ensuite parce qu'effectivement le conseil final est, sinon « absurde », du moins peu clair. Si l'on comprend que la princesse est invitée à se soigner en prenant des bains, l'expression « noyez-la de vos propres mains », qui serait transparente pour une « ennemie » semble assez artificielle lorsqu'elle s'applique à la « fièvre ». Mais ce qui est véritablement absurde, c'est de vouloir, comme M. Périvier et Mme Rey-Debove, effacer les défauts du sonnet en lui prêtant un sens caché, alors que Molière a tout fait pour les souligner. Du moins la « lecture » de Mme Rey-Debove, si insensée que soit son entreprise, réussit-elle à rendre plus clair le conseil final, ce qui n'est guère le cas, quoi qu'il dise, de celle de M. Périvier.

Après avoir ainsi achevé de « décoder  » le sonnet, M. Périvier a bien voulu nous proposer encore « quelques remarques et suggestions [81]». Mais le lecteur a déjà été tellement saturé d'absurdités que nous lui en épargnerons le détail. Il y en une cependant que nous tenons à relever : elle prouve, en effet, qu'avant de nous proposer des « lectures  » nouvelles de textes que depuis longtemps tout le monde avait compris, M. Périvier ferait bien d'apprendre à lire au sens le plus élémentaire du mot. Ses réflexions l'amènent à se demander « si Molière n'a pas rendu ses personnages, du moins Trissotin et Philaminte, conscients de leurs équivoques  [82]». Et, comme pour lui envisager une hypothèse qui lui permette d'aller encore un peu plus loin dans l'absurdité, c'est déjà l'adopter, il ne lui reste plus qu'à trouver, pour l'étayer, un argument d'une sottise colossale. Cela ne tarde pas : « Au début de la scène 1, poursuit-il, ces deux personnages ont un curieux entretien sur un madrigal que Trissotin pensait lire tout d'abord mais qui peut s'appliquer au sonnet qu'il lui substitue immédiatement : oubliant que les précieuses méprisent le mariage et la maternité, Trissotin compare ses vers à un enfant qui vient de naître mais, fait bizarre, dont il n'a pas encore accouché :
Tris. : Hélas, c'est un enfant tout nouveau-né, madame.
Son sort assurément a lieu de vous toucher.
Et c'est dans votre cour que j'en viens accoucher.
Phil. : Pour me le rendre cher, il suffit de son père.
Tris. : Votre approbation peut lui servir de mère (720-724).
La métaphore, filée inconsidérément et en dépit du bon sens, distingue clairement les deux groupes de personnages suivants, et le rôle que joue chacun d'eux dans l'interprétation licencieuse du sonnet. D'un côté, Trissotin, le "père", c'est-à-dire "l'esprit" ou encore le mot. De l'autre, Philaminte et sa "cour", soit la "mère", c'est-à-dire la réception, l'oreille. L'enfant à naître, le "nouveau-né" dont le "père" veut accoucher (!), n'est pas tant le sonnet écrit, le sonnet en soi, que le sonnet lu et commenté dans le salon de Philaminte. C'est là seul qu'il est parachevé, car c'est là seul qu'il reçoit tout son sens. Ce ne serait certes pas l'unique exemple de littérature vivante, ou littérature en train de se faire, au XVIIe siècle [83]». Commençons par relever une remarque qui, loin d'être une extravagance, ne fait qu'enfoncer une porte ouverte. Certes la métaphore de l'enfant nouveau-né est filée « en dépit du bon sens », puisque Trissotin, s'il en accouche, n'en saurait être que la mère. Mais lorsqu'on a écrit tout ce que M. Périvier vient d'écrire, on ne peut reprocher à qui que ce soit de manquer de bon sens, le reproche fût-il mille fois justifié, sans qu'une telle appréciation apparaisse encore plus bouffonne que les fariboles les plus folles. Pourtant il convient surtout de noter qu'en cherchant à donner un sens subtil à des absurdités que Molière n'a prêtées à ses personnages que pour faire rire à leurs dépens, une fois de plus, M. Périvier a pris exactement le contre-pied des intentions de l'auteur. Mais, non content de prendre au sérieux des propos que Molière a voulu ridicules et d'en tirer argument, M. Périvier les a rendus encore plus absurdes par une erreur de lecture vraiment ahurissante. Il s'étonne, en effet, que « Trissotin compare ses vers à un enfant qui vient de naître mais, fait bizarre, dont il n'a pas encore accouché ». Peut-être est-il tombé sur une édition fautive; mais il aurait pu, puisque le texte lui semblait « bizarre  », prendre la peine d'en consulter une autre. Il se serait alors aperçu que Trissotin ne dit pas : « que j'en viens accoucher », mais : « que j'en viens d'accoucher  ». Et la « cour » ne désigne pas, comme le croit M. Périvier, le salon de Philaminte et les autres Femmes savantes, mais bien évidemment la cour de la maison de Philaminte. M. Périvier a cru comprendre ce que, pendant trois siècles, personne n'avait compris; pourtant il faut lui expliquer ce que, depuis trois siècles, tout le monde avait compris très facilement. Précisons donc, à son intention, que Trissotin veut souligner deux choses à la fois : son épigramme vient seulement d'être composée (les Femmes savantes en auront la primeur) et elle l'a été très rapidement. Aussi prétend-il l'avoir faite juste avant d'entrer et n'avoir employé pour ce faire que le temps nécessaire à traverser la cour. Et, s'il dit à Philaminte que le sort de cet enfant « a lieu de [la] toucher », c'est parce qu'il est né presque dans la rue et à sa porte.

Mais une telle erreur ne saurait être seulement un heureux accident. Elle nous paraît confirmer d'une manière éclatante le véritable génie de l'ineptie qui s'était déjà si bien affirmé dans les pages précédentes. Ce qui nous paraît remarquable, en effet, ce n'est pas tellement que M. Périvier ait couronné tant d'âneries inénarrables par une erreur aussi grossière et aussi grotesque. Ce qui nous réjouit, ce n'est pas tant l'énormité de l'erreur que sa conformité, avec les divagations de M. Périvier. Elle illustre ses propos de la seule façon qui leur convienne : par l'absurde. Car M. Périvier va sottement enfourcher un des dadas à la mode et nous livrer un petit développement sur la littérature « en train de se faire ». Ce qui compte, paraît-il, c'est moins l'œuvre « écrite » que l'œuvre « lue et commentée ». Tout le reste de l'article suffirait à rendre cette profession de foi extrêmement plaisante, mais l'erreur qu'il vient de commettre la rend encore beaucoup plus divertissante et pas seulement par le fait même d'avoir mal lu le texte. Ce qui nous comble de joie, c'est qu'avant de prêter à des personnages ridicules une idée qui lui tenait à cœur, il ait encore éprouvé le besoin d'accentuer leur sottise.

Et, pour remercier M. Périvier, nous allons lui suggérer, au cas où il voudrait rééditer un article qui mérite de devenir classique, une petite modification qui accroîtrait encore le plaisir du lecteur. Au lieu de l'épigraphe peu judicieuse qu'il a choisie, il devrait mettre en tête de son article les deux vers de La Fontaine qu'il a cités en note [84]:

Qui pense finement et s'exprime avec grâce
Fait tout passer, car tout passe [85].

Car c'est certainement à lui-même que M. Périvier a pensé, en citant ces deux vers, comme c'est à lui-même qu'il pense aussi, lorsqu'il conclut en ces termes  : « Après cela, ira-t-on accuser Molière d'indécence ? A qui le traiterait d'obscène, mot relativement nouveau dans la langue et mis à la mode par les précieuses, Molière répondrait sans doute ce qu'Agnès aurait elle-même répondu : "Ah mon Dieu ! obscénité. Je ne connais pas ce que ce mot veut dire; mas je le trouve le plus joli du monde" (La Critique de l'Ecole des femmes, scène 3). Comme on voit, l'équivoque, ce n'est pas seulement la liberté retrouvée; c'est aussi, paradoxalement, l'expression de l'esprit d'innocence [86]». Laissons de côté Molière qui, assurément, n'est pas en cause ici. Quant à M. Périvier qui, en prétendant défendre Molière, entend se disculper lui-même, qu'il se rassure : il nous a entièrement convaincu de son « innocence ».

 

................................................................*

...........................................................*.......*

 

Comme beaucoup d'autres, Mme Rey-Debove et M. Périvier ont prétendu « dépoussiérer » Molière; comme beaucoup d'autres, ils ont voulu rendre au texte tout son relief originel : ils y ont réussi au-delà de toute espérance, mais non pas toutefois de la façon qu'ils ont cru le faire. Ils ont cru être les premiers à avoir enfin compris ce que Molière avait dit et ils ont accumulé les plus grotesques, les plus incroyables contresens. Mais, en ce faisant, ils ont, sans le savoir, illustré de la manière la plus extraordinaire ce que Molière avait vraiment dit. Lui-même, assurément, ne pouvait pas prévoir que les propos de son principal porte-parole dans la pièce, Clitandre, trouveraient un jour leur confirmation la plus éclatante en s'appliquant si merveilleusement à ceux-là mêmes qui prétendraient expliquer sa pièce. En effet, lorsque Clitandre, après avoir affirmé que :

La science est sujette à faire de grands sots,

dit à Trissotin :

Les exemples fameux ne me manqueraient pas,

et qu'il ajoute, pour être bien sûr d'être compris :

Je n'irais pas bien loin pour trouver mon affaire [87],

comment ne pas se dire que désormais, grâce à Mme Rey-Debove et à M. Périvier, les commentateurs des Femmes savantes, eux non plus, n'auront pas besoin d'aller loin pour trouver des exemples bien réels ? Qui donc aurait jamais pu démontrer d'une manière plus décisive

Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant [88]?

Car enfin il est clair que, si Mme Rey-Debove n'avait pas été si savante en sémiotique et en linguistique [89], si elle n'avait jamais lu ni Sade ni Barthes, si M. Périvier n'avait pas été influencé par les marottes érotiques de la critique actuelle, s'il avait su moins de choses sur le XVIIe siècle et la Préciosité, s'ils n'avaient eu, l'un et l'autre, que la vague culture littéraire qui reste des études secondaires les plus médiocres, ils auraient été fort capables, quand bien même, dans le détail, certaines choses auraient pu leur échapper, de comprendre le texte. Ils témoignent ainsi tous les deux combien, en matière de sottise, « l'étude […] ajoute à la nature  [90]». Mais, pour que notre plaisir soit plus grand et notre instruction plus complète, ils le font de façons un peu différentes et complémentaires. Mme Rey-Debove, par la sottise autoritaire de ses sornettes doctorales, fait surtout songer à Philaminte, tandis que M. Périvier évoque d'une manière irrésistible Bélise par la bêtise délirante de ses billevesées. Chez la première, l'étude a beaucoup ajouté à la nature. Chez le second, la nature était tellement riche qu'elle lui a permis de « décoder » autant qu'on peut « décoder «, sans appeler à l'aide ni Roland Barthes, ni le docteur Lacan, ni Noam Chomsky, ni Anton Dekohnablock.

Mais hélas ! nous ne saurions trop le lui dire, il ne suffit pas d'être doué pour être écouté; il ne suffit pas de « décoder » pour être compté parmi les pontes dont tous les tocards sont toqués. Car les sots ne se nourrissent pas seulement de sottises, mais aussi d'ésotérisme; les gogos ne se gavent pas seulement de divagations, mais aussi de galimatias; les jobards ne s'abreuvent pas seulement d'absurdités, mais aussi de sabir abstrus. Que M. Périvier se mette donc à l'école de sa docte consœur, Mme Rey-Debove ! Qu'il adopte l'allure altière de cette fière cavale de l'extravagance ! Alors, nous le prédisons, ce bœuf de labour de la faribole deviendra très vite le caïd de la calembredaine, le calife de la baliverne et le grand cacique de la coquecigrue.


 

Haut de page

Retour à l'Accueil

 

NOTES :

[1] Poétique, no 12, octobre-décembre 1972, pp. 572-583.

[2] D'autres que nous d'ailleurs seraient mieux placés pour le faire. Nous pensons notamment à M. Georges Lavis qui, dans deux articles des Cahiers d'analyse textuelle (« A propos de l'interprétation autonymique de la littérarité », no 14, 1972, pp. 50-66 et "Connotation autonymique et littérarité", no 15, 1973, pp. 110-126) s'est livré à une étude aussi serrée que sévère d'un article de Mme Rey-Debove (« Notes sur une interprétation autonymique de la littérarité; le mode du "comme je dis" », Littérature, no 4, pp.90-95) et a fort bien montré la confusion de sa pensée.

[3] La Critique de l'Ecole des Femmes, scène 6.

[4] Op. cit., p. 575.

[5] Ibid., p. 574.

[6] Ibid., p. 574

[7] Ibid., p. 575.

[8] Ibid., p. 575.

[9] Ibid., p. 575.

[10] Ibid., p. 575.

[11] Scène 4.

[12] Les Femmes savantes, acte III, scène 2;

[13] Op. cit., pp. 580-581.

[14] Ibid., p. 581. Si Mme Rey-Debove écrit en italiques le mot caquets, c'est parce qu'elle a trouvé un emploi de ce mot dans un poème de l'abbé Cotin qu'elle cite en note. Comme beaucoup de critiques décodants, elle semble croire qu'il suffit, pour prouver qu'on est bien sur la même longueur d'onde que l'auteur, d'employer de temps à autre un mot qu'il a lui-même utilisé.

[15] Ibid., p. 574.

[16] Voir ibid., p. 579 : « La lecture principale allégorique offre non seulement des ambiguïtés, ce qui est normal, mais aussi des ratés dans le signifié pragmatique ».

[17] Mme Rey-Debove conclut son article de la façon suivante  : « Le code culturel - que d'autres appellent la mode - ne nous pousse-t-il pas tous dans les mêmes voies ?  » (p. 583). Cette phrase pourrait nous inspirer les plus vives inquiétudes pour notre avenir intellectuel. Mais, après avoir lu Mme Rey-Debove, il y aurait de l'indécence à s'inquiéter pour soi.

[18] Ibid., pp. 578-579.

[19] Ibid., p. 579.

[20] Ibid., p. 581.

[21] Acte III, scène 2, vers 765.

[22] Op. cit., p. 572.

[23] Acte III, scène 2, vers 825.

[24] Op. cit., pp. 572-573.

[25] Ibid., p. 573. Mme Rey-Debove veut évidemment dire qu'elles « lâchent la bride à l'impudeur  ». On peut jongler avec les mots les plus abscons, et, comme tout un chacun, employer mal à propos les expressions les plus courantes.

[26] Ibid., p. 573.

[27] Acte III, scène 1, vers 716.

[28] Acte III, scène 2, vers 727-728.

[29] Op. cit., p. 573.

[30] Op. cit., p. 573.

[31] Op. cit., p. 573.

[32] Voir ce que Trissotin dit à Philamine (acte III, scène 1, vers 720-722) :
Hélas ! c'est un enfant tout nouveau-né, Madame.
Son sort assurément a lieu de vous toucher,
Et c'est dans votre cour que j'en viens d'accoucher.

[33] Op. cit., p. 573.

[34] Ibid., pp. 573-574.

[35] C'est le premier sens que donne le Littré.

[36] Ce qui n'empêche pas Roland Barthes, qui n'en est pas à une contradiction près, de dire et de redire que travailler l'ennuie. On le conçoit aisément  : lire du Roland Barthes est déjà bien fastidieux, en écrire doit être vraiment affreux.

[37] Voir Roland Barthes : « Le texte de jouissance doit être du côté d'une certaine illisibilité  » (Propos recueillis par Jean-Jacques Brochier, dans le Magazine littéraire de février 1975, p. 29).

[38] Voir ce que Chysalde dit à Bélise (acte II, scène 7, vers 549-550) :
Ma foi ! si vous songez à nourrir votre esprit,
C'est de viande bien creuse à ce que chacun dit.

[39] Op. cit., p. 578.

[40] Op. cit., p. 578.

[41] Op. cit., p. 579.

[42] Ibid., p. 578

[43] Acte III, scène 2, vers 794-797.

[44] Op. cit., p. 574.

[45] Ibid., p. 577.

[46] Acte III, scène 2, vers 787;

[47] Op. cit., p. 583.

[48] Revue des Sciences Humaines, octobre-décembre 1973, pp. 543-554.

[49] Op. cit., p. 543.

[50] La Critique de l'Ecole des femmes, scène 5.

[51] Ibid., scène 6.

[52] Op. cit., pp. 543-5444.

[53] Voir Le Misanthrope, acte III, scène 4, vers 929-930

[54] Op. cit., p. 545.

[55] Ibid., p. 544.

[56] Ibid., p. 548.

[57] Ibid., p. 548.

[58] Ibid., p. 549.

[59] Ibid., p. 549.

[60] Ibid.,p. 549.

[61] Ibid., p. 550.

[62] Ibid., p. 550.

[63] Ibid., p. 550.

[64] Ibid., p. 551.

[65] Ibid., p. 546.

[66] Ibid., p. 546.

[67] Ibid., pp. 546-547.

[68] Ibid., p. 547.

[69] Scène 6.

[70] Op. cit., p. 548.

[71] Rappelons que le sonnet de l'abbé Cotin avait pour titre « Sonnet à Mademoiselle de Longueville, à présent duchesse de Nemours, sur sa fièvre quarte  ».

[72] Op. cit., p. 548.

[73] Ibidem.

[74] Ibid, p.549

[75] Ibidem.

[76] C'est ce que Chrysale dit à Ariste : « Notre sœur est folle, oui » et son frère lui répond  : « Cela croît tous les jours » (acte II, scène 4, vers 397).

[77] Op. cit., p. 549.

[78] Ibidem.

[79] Ibid., pp. 549-550.

[80] Ibid., p. 550.

[81] Ibid., p. 551.

[82] Ibidem.

[83] Ibid., pp. 551-552.

[84] Ibid., p. 553, note 18.

[85] « Le tableau », Contes, IV, 16, vers 22-23.

[86] Op. cit., p. 554.

[87] Acte IV, scène 3, vers 1284, 1288 et 1290.

[88] Ibid., vers 1296.

[89] N'étant pas linguiste, nous n'aurons pas l'outrecuidance de douter que Mme Rey-Debove ne soit une grande linguiste, mais qu'on nous permette, en revanche, de ne pas douter non plus que, si nous étions linguiste, nous en douterions fort.

[90] Voir acte IV, scène 3, vers 1302.

 

Haut de page

Retour à l'Accueil