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....................Phantasme, où es-tu ?
....................(sur deux vers d'Apollinaire)

 

Les remarques qui vont suivre ont été inspirées par la lecture d'un article de Mme Anne Clancier : « Ebauche d'une étude psychocritique de l'œuvre de Guillaume Apollinaire [1]». Tout ce que dit Mme Clancier dans cet article me paraît extrêmement discutable. Elle s'inspire, en effet, très explicitement des travaux et de la méthode de Charles Mauron avec qui j'ai déjà souvent exprimé mon total désaccord. Mais mes remarques porteront essentiellement sur l'utilisation que Mme Clancier fait de deux vers de La Chanson du mal-aimé :

Et moi j'ai le cœur aussi gros
Qu'un cul de dame Damascène [2].

Mme Clancier constate chez Apollinaire « le fait rare d'évoquer dans des poèmes les menstruations féminines » et ce fait lui paraît devoir être « mis au compte des fantasmes angoissants du poète [3]». Et elle cite un vers de Zone :

Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées,

la première strophe de Merlin et la vieille femme :

Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre
Maternel qui saignait lentement sur le ciel
La lumière est ma mère ô lumière sanglante
Les nuages coulaient comme un flux menstruel

et trois vers du Dôme de Cologne :

Et la Venetia lasse de ses névroses
Viendra vouer à Dieu demain lundi des roses
Ses linges menstruels tachés d'hématidroses.

Selon elle, « cette angoisse déclenchée par le sexe féminin peut déterminer une régression vers l'érotisme anal, ainsi qu'une prédilection pour la partie postérieure du corps féminin, par évitement du sexe lui-même ». C'est ce qui s'est produit chez Apollinaire, pense-t-elle, et, pour le prouver, elle invoque en premier lieu les deux vers de La Chanson du mal-aimé déjà cités, ainsi qu'un vers de Palais :

Dame de mes pensées au cul de perle fine

et deux vers de L'Ermite :

O Seigneur flagellez les nuées du coucher
Qui vous tendent au ciel de si jolis culs roses.

Je ne suis pas psychologue et de plus je me méfie fort de tous ceux qui font profession de l'être. Je me garderai donc bien de m'avancer sur un terrain très incertain et je me contenterai de faire quelques remarques de simple bon sens. Tout d'abord, à la différence de Mme Clancier, je ne suis pas sûr du tout que, pour Apollinaire, le sang menstruel soit vraiment une hantise et une source d'angoisse. Bien au contraire, tout ce que nous pouvons savoir de la personnalité d'Apollinaire, tant par sa vie que par ses écrits, me semble bien mal s'accorder avec la phobie que lui prête Mme Sancier. Apollinaire ne me paraît pas être un homme que les réalités physiologiques, dans ce qu'elles peuvent avoir de moins ragoûtant, devaient beaucoup impressionner. C'est lui prêter un excès de raffinement, une sorte d'angélisme qui semblent lui avoir été totalement étrangers. Certes Mme Clancier a raison de remarquer qu'il est « rare d'évoquer dans des poèmes les menstruations féminines ». Mais il n'est pas nécessaire d'être un grand spécialiste d'Apollinaire pour savoir combien précisément il aime les images rares et d'une manière générale tout ce qui est insolite. Le fait que l'image se répète n'est pas non plus un argument probant. Une image n'est pas nécessairement un fantasme obsédant du seul fait qu'elle se répète. Chez tous les poètes, et plus généralement chez tous les écrivains, les images ont tendance à se répéter et, si elles ont tendance à se répéter, c'est d'abord tout simplement parce que, quand on a trouvé une image et qu'on en est content, il est naturel d'essayer de s'en resservir, en la présentant, bien sûr, sous une forme un peu différente. Ce qui est vrai des images l'est d'ailleurs de tous les procédés de style et, plus généralement, de tous les schémas, de toutes les formules, de toutes les structures que les écrivains utilisent : on pourrait dire la même chose notamment pour les types d'intrigue de la comédie ou de la tragédie. Et ce phénomène n'est évidemment pas propre à la création littéraire : un musicien réutilise volontiers les mêmes cadences harmoniques, comme un peintre les mêmes combinaisons de couleurs. C'est là ce qu'oublie continuellement la psychocritique de Charles Mauron et plus généralement toute la critique qui s'inspire de la psychanalyse ou du structuralisme. On prétend expliquer par des pulsions ou des hantises, le plus souvent inconscientes, ce qui est l'effet voulu et conscient du travail créateur lui-même.
Mais, si je ne crois guère à l'existence du fantasme angoissant que Mme Clancier croit pouvoir découvrir chez Apollinaire, je crois encore beaucoup moins que, s'il avait vraiment existé, il aurait pu avoir l'effet que Mme Clancier lui attribue. Elle prétend que l'intérêt d'Apollinaire « pour la partie postérieure du corps féminin » s'expliquerait par le dégoût que lui inspirerait, à cause du sang menstruel, le sexe lui-même. Je voudrais simplement faire remarquer tout d'abord que, depuis qu'il y a des hommes et qui ont des yeux, « la partie postérieure du corps féminin » a toujours suscité chez beaucoup d'entre eux un grand intérêt, alors même que, le plus souvent, selon toute vraisemblance, ils n'avaient jamais éprouvé la hantise que Mme Clancier prête à Apollinaire. La raison de cet intérêt me paraît sauter aux yeux : elle tient assurément à la beauté des formes et à l'harmonie des courbes, beauté et harmonie qui, de tout temps, ont retenu l'attention des peintres et des sculpteurs. De plus et surtout, j'ai beaucoup de peine à croire que, si Apollinaire avait effectivement éprouvé, à cause du sang menstruel, une espèce de répulsion à l'égard du sexe féminin, il aurait été cherché un refuge et une consolation à l'endroit en question. Car cet endroit, pour quelqu'un à qui les humeurs et les matières organiques inspireraient un dégoût particulièrement violent, ne me semble pas être précisément le plus indiqué. De toutes les parties du corps humain, c'est celle-ci, au contraire, qui devrait le moins l'attirer. Le remède auquel, selon Mme Clancier, Apollinaire aurait eu recours, est, à l'évidence, bien pire que le mal. J'ajouterai, pour en terminer sur ce point, que les deux vers de La Chanson du mal-aimé ne me semblent pas être vraiment de nature à prouver qu'Apollinaire éprouvait bien la « prédilection » dont parle Mme Clancier. Car, contrairement à ceux des deux autres citations, le postérieur féminin suggéré par ces deux vers ne paraît pas être de ceux qui puissent attirer les amateurs, fussent-ils les plus fervents. Apollinaire nous invite, en effet, à imaginer un postérieur particulièrement volumineux. Or, si l'on me permet d'enfoncer allègrement des portes grandes ouvertes, je dirai que, dans ce domaine, comme dans tous les autres, il faut ce qu'il faut, mais que trop, c'est trop.
Mais laissons de côté les supputations psychologiques. Il y a, en effet, d'autres raisons de rejeter l'interprétation de Mme Clancier et qui ont l'avantage de nous mener sur un terrain beaucoup plus solide. Pour que son explication pût non seulement être retenue mais d'abord être envisagée sérieusement, il faudrait qu'on ait vraiment besoin d'une explication. Or, quand, au lieu de chercher des explications psychologiques tortueuses, on se demande tout simplement ce qu'Apollinaire a voulu faire et comment il l'a fait, tout devient aussitôt si clair, pour ne pas dire si évident, qu'on n'éprouve aucun besoin de chercher une explication supplémentaire. Apollinaire a voulu nous dire qu'il était malheureux, qu'il était très malheureux, aussi malheureux qu'on peut l'être. Et il a songé à reprendre, parce qu'il jugeait qu'elle disait bien ce qu'elle voulait dire, une expression extrêmement banale : « avoir le cœur gros ».
Mais il ne pouvait se contenter de nous dire qu'il avait le cœur gros, le cœur très gros, le cœur aussi gros qu'on peut l'avoir. Un écrivain, un poète dignes de ce nom ne saurait reprendre une expression banale telle quelle : il lui faut la rajeunir. Pour ce faire, il faut d'abord lui rendre toute sa force originelle qu'elle a en partie perdue en se banalisant, c'est-à-dire rendre de nouveau pleinement sensible le procédé sur lequel elle repose, à savoir le jeu sur le sens propre et le sens figuré du mot « cœur »: à cause de l'adjectif « gros », le mot « cœur » semble d'abord devoir être pris au sens propre, mais le contexte dans lequel l'expression est employée oblige bien vite à le prendre dans le sens figuré. Mais pour que la métaphore reste vivante, pour que le jeu entre le sens propre et le sens figuré fonctionne pleinement, il faut que l'un et l'autre restent clairement perçus. Or la banalisation de l'expression a eu pour effet de faire passer au second plan le sens propre de sorte que l'on ne voit plus guère que le sens figuré. Apollinaire a donc cherché à réveiller une métaphore sinon véritablement endormie, du moins quelque peu engourdie, en réactivant le sens propre, en nous rappelant qu'avant d'être symboliquement le siège des sentiments, le cœur est un organe, une partie du corps. Et, pour ce faire, il a tout naturellement choisi de comparer son cœur à une autre partie du corps humain.
Quant au choix qu'il a fait pour cette partie, il s'explique lui aussi tout naturellement, si l'on peut parler ici de choix, la solution qu'il a adoptée étant, semble-t-il, la seule possible. Puisqu'il voulait nous dire qu'il avait le cœur vraiment très gros, il lui fallait trouver une partie du corps qui lui ressemblât suffisamment tout en étant beaucoup plus grosse. C'est le cas du postérieur : nettement plus volumineux que le cœur, il présente avec lui une certaine similitude de forme que les graffitis, qui les représentent volontiers l'un et l'autre, se plaisent à souligner. Mais, pour être vraiment bonne, si une image doit être juste, elle doit aussi, elle doit d'abord surprendre. En même temps donc qu'elle devait être naturelle, la comparaison devait être inattendue, en même temps que nécessaire, elle devait paraître incongrue. Il fallait donc comparer le cœur à quelque chose qui fût à la fois son semblable et son contraire. Le postérieur, qui, par sa forme, ressemble très schématiquement au cœur, est en même temps son antonyme. Le cœur est métaphoriquement un organe noble; c'est le siège du courage, des sentiments. Le postérieur, sur lequel on s'assoit, qui reçoit à l'occasion des coups de pied, est principalement associé à la plus triviale de toutes les fonctions, même si Mme Clancier semble l'avoir oubliée. Ajoutons que cette comparaison triviale permet à Apollinaire, tout en nous disant l'immensité de sa peine, de prendre ses distances avec elle par une sorte d'auto-dérision. La trivialité est donc ici une forme de pudeur.
Rien n'est donc plus aisé que d'expliquer pourquoi Apollinaire a choisi de comparer son cœur à un postérieur. Mais rien n'est aisé non plus que d'expliquer pourquoi, parmi tous les synonymes qui s'offraient à lui (derrière, postérieur, croupe, arrière-train, séant, cul, lune, popotin, troufignon, etc.), il a choisi le mot « cul ». Ce mot, qui est sans doute le plus employé dans la langue parlée pour désigner la partie en question, avait tout d'abord l'avantage d'être, comme le mot cœur, un mot très courant, ce qu'il fallait pour garder à la métaphore sa simplicité populaire, en même temps que d'avoir le caractère trivial dont Apollinaire avait besoin pour créer le fort effet de contraste qu'il voulait obtenir. Il avait de plus l'avantage, toujours appréciable quand on utilise un mètre un peu étroit comme l'octosyllabe, d'être le plus court possible. Enfin et surtout il avait l'avantage d'être formellement très proche du mot « cœur », puisque c'est aussi un monosyllabe et qu'il commence par la même consonne. C'est là, n'en doutons pas, la raison essentielle du choix d'Apollinaire.
Reste à expliquer pourquoi Apollinaire a choisi « un cul de dame damascène ». Et, une nouvelle fois, la réponse est très facile à trouver. Le seul fait de comparer son cœur à un cul aurait déjà suffi à nous dire qu'il avait le cœur très gros. Mais Apollinaire veut nous dire qu'il a le cœur exceptionnellement gros, le cœur le plus gros qu'on ait jamais eu. C'est pourquoi il va le comparer à un cul lui-même exceptionnellement gros. Ce « cul » sera celui d'une « dame damascène ». Pourquoi ? Tout d'abord, si ce « cul » est un cul de « dame », c'est bien évidemment parce que les postérieurs de femmes sont d'ordinaire nettement plus volumineux que ceux des hommes, et, si cette femme est une « dame », c'est bien évidemment parce que le mot «dame », suggère une femme déjà mûre, une matrone et que les matrones sont en général beaucoup plus corpulentes que les jeunes filles. C'est aussi, secondairement, parce que le mot « dame » est un mot qui suggère une idée de noblesse et de distinction et qu'ainsi, associé au mot « cul », il crée un nouvel effet de contraste, simple, mais efficace [4]. Il reste enfin à expliquer pourquoi cette « dame » est « damascène », mais l'explication saute aux yeux, ou plutôt aux oreilles. Apollinaire n'a pas dû hésiter un instant avant d'adopter définitivement la solution que lui avait soufflée son goût pour les calembours. En effet, outre l'effet comique produit par la paronomase, le mot convenait particulièrement, bien à cause de la réputation qu'on les femmes du Proche-Orient, du moins dans les pays occidentaux, d'être, lorsqu'elles sont un peu mûres, particulièrement fortes, voire monumentales [5].
Au total, l'hypothèse de Mme Anne Clancier semble entièrement gratuite, du moins en ce qui concerne ces deux vers. Il y a certes dans l'œuvre d'Apollinaire des vers très obscurs, et l'on peut comprendre qu'il faille alors envisager toutes sortes d'hypothèses pour essayer de les élucider, mais il y en a aussi de très clairs, où l'intention du poète est évidente et les moyens qu'il emploie pour la mettre en œuvre très faciles à déceler. C'est assurément le cas de ceux-ci. Quand bien même Apollinaire aurait effectivement éprouvé le phantasme que Mme Clancier lui attribue, ce dont je doute fort, il n'est aucunement nécessaire d'invoquer ledit phantasme pour expliquer ces deux vers, qui ne sauraient non plus, par conséquent, servir à en établir l'existence.
Avant de se livrer à des supputations plus ou moins aventureuses sur la psychologie profonde d'un auteur, il vaut toujours mieux commencer par essayer de se mettre sa place en tant qu'auteur, c'est-à-dire se demander ce qu'il a voulu faire et comment il s'y est pris pour le faire [6]. Mais cela suppose un minimun d'intelligence et surtout un effort d'analyse et de réflexion fût-il, comme ici, très petit. Loin de se mettre à la place de l'auteur et de chercher à comprendre ce qu'il a voulu faire, Mme Clancier ne cherche qu'à lui demander de la confirmer dans ses marottes. Elle ne découvre jamais dans les œuvres littéraires que ce qu'elle croit avoir déjà trouvé. Mme Clancier est une croyante : elle a son dieu, Freud, ses prophètes comme Charles Mauron, et ses dogmes, comme celui des trois étapes de la sexualité infantile qui marqueraient l'individu pour toute sa vie, et en vertu duquel elle prétend découvrir chez Apollinaire « une régression au stade anal ». Les commentaires comme ceux de Mme Clancier ne nous apprennent rien sur les textes qu'ils sont censés éclairer. S'ils peuvent nous apprendre quelque chose, c'est seulement sur ceux qui les font, et ils nous apprennent qu'ils auraient beaucoup mieux fait de faire autre chose. Comment ne pas regretter, lorsqu'on lit de pareilles élucubrations, que les grands auteurs qui les ont suscitées bien malgré eux, n'aient pu en avoir connaissance et faire connaître leurs sentiments ? Gageons qu'Apollinaire aurait salué l'interprétation de Mme Anne Clancier d'un gros rire et en aurait conclu qu'elle devait avoir la cervelle grosse comme un petit pois.


 

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NOTES :

[1] Guillaume Apollinaire, no 11, Revue des Lettres modernes, Minard, 1972, pp. 7-39.

[2] Vers 196-197.

[3] Ibid., p. 14.

[4] On retrouve l'association du mot « dame » et du mot « cul » dans le vers de Palais cité par Mme Clancier : Dame de mes pensées au cul de perle fine. et elle appelle le même commentaire. La dissonance est même encore plus nette puisque l'expression « dame de mes pensées » évoque tout naturellement l'amour courtois. De plus au mot « cul » va être associé le mot « perle » qui, parce qu'il implique une idée de distinction et de raffinement, crée une nouvelle dissonance. On le voit, Apollinaire recherche et exploite les mêmes effets.

[5] Certes il n'est pas absolument impossible qu'Apollinaire ait spontanément songé pour cette raison à une femme du proche orient et qu'après avoir passé en revue les principales villes de la région, il ait choisi Damas à cause de sa parenté phonique avec « dame ». Mais c'est beaucoup plus vraisemblablement cette parenté phonique qui a immédiatement dicté son choix. C'est d'ailleurs, semble-t-il, l'avis des principaux commentateurs (voir notamment Claude Morhange-Bégué, "La Chanson du Mal-Aimé" d'Apollinaire, essai d'analyse structurale et linguistique, Minard, 1970, p. 156; La Chanson du Mal-Aimé, édition commentée par Maurice Piron, Nizet, 1987, p.104 )

[6] Je ne saurais mieux faire que de rappeler ces lignes de Jean Pommier que j'ai souvent citées à mes étudiants : « "L'on ne sait bien que ce que l'on a fait" : je proposerais volontiers cette phrase de Berthelot à la méditation de quiconque s'intéresse aux grandes œuvres de l'esprit. Qu'il s'agisse d'un roman, d'une pièce de théâtre, d'un poème, etc…, placez-vous au point de vue de l'auteur, réalisez le problème technique qu'il s'est posé - d'après son genre et ses habitudes d'esprit, les données qui l'entouraient, les circonstances où son acte devait s'insérer - calculez les résistances du sujet et les ressources du génie, introduisez ses modèles, supposez ses moyens, réinventez ses combinaisons : je ne prétends pas que votre tâche sera facile et sans ridsques; mais vous avez chance de renouveler la critique d'un ouvrage sur lequel tout semble avoir été dit. En serrant de plus près le processus de la création, vous couperez à la racine des erreurs d'interprétation dont autrement il est bien difficile de se défaire » (Aspects de Racine,Nizet, 1954, pp. 181-182).

 

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