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....................La méthode de Freud.

 

Au début du deuxième chapitre de L'Interprétation des rêves, chapitre consacré à « la méthode d'interprétation des rêves », Freud constate que « l'humanité s'est de tout temps efforcée d' 'interpréter' les rêves et a utilisé pour cela deux méthodes essentiellement différentes. Le premier procédé consiste à considérer le contenu du rêve comme un tout et cherche à lui substituer un contenu intelligible et en quelque sorte analogue. C'est l'interprétation symbolique [1]» et il en donne comme exemple la façon dont, dans la Bible, Joseph explique au pharaon le songe des sept vaches grasses et des sept vaches maigres. Mais, nous dit Freud, « la méthode symbolique est d'une application limitée, on ne peut en faire un système général [2]». En effet « elle échoue devant les rêves qui ne sont pas seulement incompréhensibles mais encore confus [3]». Or les rêves non seulement incompréhensibles mais confus sont, de très loin, les plus nombreux. D'ailleurs, le rêve même que Freud a choisi comme exemple a toutes les chances d'être fictif. L'histoire de Joseph est très probablement légendaire, et le rêve du pharaon ne se prête à l'explication qu'il en donne que parce que l'auteur biblique l'a inventé à cette fin. Quoi qu'il en soit, ce que cherche Freud, c'est une méthode qui puisse marcher dans tous les cas, et celle-ci ne saurait donc le satisfaire.

En revanche « le second procédé populaire d'analyse des rêves »que Freud propose d'appeler « méthode de déchiffrage », lui paraît beaucoup plus intéressant, car « il traite le rêve comme un écrit chiffré où chaque signe est traduit pas un signe au sens connu grâce à une clef fixe. Je suppose que j'ai rêvé d'une lettre puis d'un enterrement, etc ; j'ouvre une 'clef des songes' et je trouve qu'il faut traduire lettre par dépit et enterrement par fiançailles [4]. » A la différence du premier procédé, celui-ci ne considère plus donc le rêve comme un tout qu'il faut interpréter d'une manière globale : « la caractéristique de ce procédé est que l'interprétation ne porte pas sur l'ensemble du rêve, mais sur chacun de ses éléments comme si le rêve était un conglomérat où chaque fragment doit être déterminé à part [5]».

Certes Freud ne reprend pas telle quelle cette méthode « qui dépend toute entière »d'une clef des songes que « rien ne garantit [6]», mais il va en retenir l'idée que, pour comprendre un rêve, il faut commencer par le déconstruire, par le mettre en pièces, par l'émietter. Il s'est convaincu que pour trouver l'origine d'une névrose ou d'un trouble psychique quelconque, il fallait essentiellement faire parler les patients d'une manière aussi spontanée, aussi peu contrôlée que possible. Il s'agit d'obtenir « que le malade communique tout ce qui lui vient à l'esprit, qu'il se garde bien de refouler une idée parce qu'elle lui paraît sans importance, hors du sujet ou absurde [7].  » Ayant constaté alors que les malades à qui il demandait de lui dire tout ce qui leur passait par la tête, lui racontaient volontiers leurs rêves, il a pensé à appliquer la même méthode à l'interprétation des rêves et a vite découvert qu'il n'obtenait de résultats qu'à la condition de demander aux sujets ce qui leur venait à l'esprit, non pas sur le rêve pris dans son ensemble, mais sur chaque détail, sur chaque élément du rêve considéré isolément : « Dès les premiers essais d'application de cette méthode, on s'aperçoit qu'il faut diriger l'attention non pas sur le rêve considéré comme un tout, mais sur les différentes parties de son contenu. Quand je demande à un malade non exercé : 'A quoi vous fait penser ce rêve ?', il ne découvre, en règle générale, rien dans le champ de sa conscience. Par contre, si je lui présente son rêve morceau par morceau, il me dit, pour chaque fragment une série d'idées, que l'on pourrait appeler les 'arrière-pensées' de cette partie du rêve. Cette première condition d'application montre que la méthode d'interprétation que je pratique s'écarte de la méthode populaire d'interprétation symbolique célèbre dans la légende et dans l'histoire et se rapproche de la méthode de déchiffrage. Elle est, comme celle-ci, une analyse 'en détail' et non 'en masse' ; comme celle-ci elle considère le rêve dès le début comme un composé, un 'conglomérat' de faits psychiques [8].  » La technique consiste donc « à faire complètement abstraction des enchaînements d'idées que semble offrir le 'contenu manifeste' du rêve, et à s'appliquer à découvrir les 'idées latentes', en recherchant quelles associations déclenche chacun de ses éléments [9]». En parlant des « enchaînements d'idées que semble offrir le 'contenu manifeste' du rêve  », Freud se montre d'emblée persuadé que le contenu manifeste du rêve ne peut être que sans valeur et qu'il faut donc l'oublier aussitôt pour partir à la recherche du contenu latent. Cela dit, nous le verrons, il arrive, même si c'est rare, que le contenu manifeste puisse sembler s'accorder avec ses lubies. Auquel cas, il se garde bien de le récuser. Freud se comporte comme les exégètes chrétiens ou juifs avec la Bible à qui Robert Challe reproche de « prendre à la lettre tout ce qui convient et est avantageux, et d'expliquer figurément tout ce qui est incommode [10]». Il joue avec le sens manifeste et le sens latent comme les exégètes de la Bible avec le sens littéral et le sens figuré.

L'avantage de la méthode adoptée par Freud est évident : en demandant aux patients de lui dire ce que leur suggère, non pas l'ensemble du rêve, mais chaque détail, chaque mot un peu significatif, Freud va pouvoir disposer d'un nombre beaucoup plus grands d'éléments qui lui serviront à construire une interprétation susceptible de le satisfaire. Si le rêve est un peu long et, s'il se donne la peine de faire durer l'opération suffisamment longtemps - et il peut la faire durer presque indéfiniment en isolant de nouveau dans les réponses de ses patients des détails et des mots sur lesquels il leur demandera d'autres associations d'idées -, il aura alors à sa disposition un matériau extraordinairement riche et très divers. Mais ce qui rend cette méthode beaucoup plus féconde que la première, la rend en même temps beaucoup plus suspecte. Freud prétend que les pensées qui viennent à l'esprit de ses patients lorsqu'il les fait parler de leurs rêves, ont nécessairement un lien avec ceux-ci et constituent donc les « arrière-pensées du rêve ». Il affirme que« les idées latentes sont la matière que le travail d'élaboration transforme en rêve manifeste [11]. »Mais il l'affirme, il ne le démontre pas. Comment le pourrait-il ? S''il est souvent possible, et parfois même tout à fait probable qu'une « idée latente » soit bien une « idée du rêve » et, s'il est, dans tous les cas impossible de prouver qu'elle ne l'est pas, il est tout aussi impossible de prouver qu'elle l'est. Il est donc pour le moins imprudent de considérer comme un fait établi avec certitude ce qui restera toujours, de l'ordre de l'hypothèse, fût-elle très vraisemblable.

Freud ne songe même pas un seul instant à se demander si les associations d'idées qui viennent à l'esprit de ses patients, lorsqu'il les fait parler sur leurs rêves, n'auraient pas été différentes, voire très différentes, s'il les avait interrogés à un autre moment ? Pour mettre le plus de chances de son côté, il lui aurait fallu les interroger aussitôt après leur réveil. Ce ne fut, semble-il, jamais le cas. On ne saurait, bien sûr, le reprocher à Freud. Il n'en reste pas moins que, lorsqu'il interroge ses malades un certain nombre d'heures ou plusieurs jours plus tard, il ne peut pas être sûr que les réponses qu'il obtient alors sont les mêmes que celles qu'il aurait obtenues 'à chaud', ou du moins qu'elles n'en diffèrent guère.

C'est encore bien plus vrai lorsqu'il les interroge sur des rêves déjà anciens, voire des rêves qui remontent à l'enfance. Dans ce dernier cas, on peut même affirmer que les réponses qu'il obtient ont toutes les chances d'être passablement différentes de celles qu'il aurait obtenues quarante ou cinquante ans plus tôt et qu'il est donc aventureux de les considérer comme des « idées du rêve ». Ajoutons que, lorsque Freud arrête son enquête quand il pense avoir trouvé quelques éléments, et parfois un seul, souvent bien minces, mais qui lui paraissent assez significatifs pour pouvoir construire une interprétation qui puisse lui convenir et satisfaire ses lubies, comment peut-il être sûr qu'il a bien fait surgir toutes les « pensées du rêve »? Comment peut-il être sûr qu'en poursuivant l'interrogatoire, il n'aurait pas fait surgir d'autres « pensées du rêve » qui auraient pu orienter l'interprétation dans une tout autre direction ? Comme le remarque justement Jacques van Rillaer : « Quand peut-on dire qu'un rêve a été complètement interprété ? Il n'y a pas de critère : la machine associativo-herméneutique peut toujours continuer à tourner [12]  ».

D'ailleurs Freud reconnaît lui même que « lorsqu'on a trouvé l'interprétation d'un rêve, il n'est pas toujours facile de décider si c'est une interprétation 'complète', c'est-à-dire si d'autres pensées préconscientes ne se sont pas encore procuré expression par le même rêve [13]». Et à la fin de l'analyse du rêve de l'injection faite à Irma, il fait cette déclaration pour le moins surprenante : « Je ne prétends nullement avoir entièrement élucidé le sens de ce rêve, ni que mon interprétation soit sans lacunes. Je pourrais m'y attarder, rechercher de nouvelles explications, résoudre des énigmes qu'il pose encore. Je vois nettement les points d'où l'on pourrait suivre de nouvelles chaînes d'associations ; mais des considérations dont nous tenons tous compte quand il s'agit de nos propres rêves m'arrêtent dans ce travail d'interprétation. Que ceux qui seraient portés à me blâmer essaient d'être eux-mêmes plus explicites [14]». On le voit, Freud s'est visiblement rendu compte que ces propos risquaient pour le moins de déconcerter le lecteur. Celui-ci peut, en effet, s'étonner qu'il n'ait pas cru nécessaire de poursuivre le travail d'association, alors même qu'il dit voir « nettement » dans quelles directions il aurait pu le faire. Il a donc essayé de se justifier en invoquant un souci de discrétion assez surprenant de la part de quelqu'un qui ne cesse, lorsqu'il analyse leurs rêves, d'inciter ses patients à surmonter toutes leurs réticences pour aller aussi loin qu'ils le peuvent dans la recherche des idées latentes. Toujours est-il que, si l'analyse du rêve de l'injection faite à Irma ne peut, de l'aveu même de Freud, être considérée comme vraiment complète et définitive, alors pourtant qu'elle n'est pas seulement la première et le prototype de toutes ses analyses, mais aussi et de loin la plus longue, comment ne pas se dire que toutes les autres devront être aussi considérées comme incomplètes et provisoires ? Comment Freud ose-t-il alors nous présenter sa théorie du rêve comme certaine et achevée, quand il ne s'appuie que sur des analyses qui, elles, ne peuvent l'être ? A-t-on jamais vu un savant avancer une théorie qui ne s'appuie que sur des expériences jamais conduites jusqu'à leur terme?

Quoi qu'il en soit, le lien que Freud prétend établir avec certitude entre les « idées latentes »et les « pensées du rêve », reste donc toujours plus ou moins hypothétique. Et le recours à la « méthode de déchiffrage » le rend plus hypothétique encore. Il va, en effet, de soi qu'en faisant parler un sujet sur son rêve pris comme un tout, on a beaucoup plus de chances d'obtenir des associations d'idées qui ont effectivement un lien avec ce rêve plutôt qu'en l'interrogeant sur un simple détail de ce rêve, voire sur un seul mot, parfois assez neutre. Malheureusement, comme Freud le constate, le plus souvent, on n'obtient alors pas grand chose ou même rien du tout. Pour arriver à ses fins, c'est-à-dire pour pouvoir donner aux rêves de ses patients un sens qui s'accordât avec ses postulats, Freud avait donc absolument besoin de recourir à la « méthode du déchiffrage ».

Mais si grandes que soient les possibilités que lui ouvre cette méthode, il est assez rare qu'il puisse s'en contenter. Aussi a-t-il mis au point un certain nombre de pratiques qui lui permettent d'obtenir les mots ou les expressions qu'il voulait à tout prix entendre et que le patient, malgré son insistance, n'a pas pu se résoudre à prononcer. La première de ces pratiques part du principe que l'on n'est jamais si bien servi que par soi-même. Elle consiste donc à intervenir soi-même dans la recherche d'associations d'idées et à proposer ou plutôt à imposer au patient des associations devant lesquelles il aurait finalement reculé, ce qui serait fréquent selon Freud : « L'association a souvent fait halte devant les pensées du rêve proprement dites, les a uniquement touchées dans les allusions. Nous intervenons alors de notre propre chef, complétons les allusions, tirons des conclusions irréfutables, formulons ce que le patient n'a fait qu'effleurer dans ses associations [15]». Freud s'expose ainsi évidemment à se voir accuser de tricher et de truquer les résultats, ce qu'il reconnaît : « Ceci pourrait donner l'impression que nous laissons notre esprit et notre bon plaisir jouer avec le matériel que le rêveur met à notre disposition et que nous en abusons pour mettre par interprétation dans ses propos ce qui ne saurait s'y interpréter ; il n'est pas non plus facile de démontrer la légitimité de notre démarche dans le cadre d'un exposé abstrait [16]. » On le voit, Freud est fort embarrassé pour répondre à ce reproche et il s'en tire par un faux-fuyant.

Mais il ne se contente pas de compléter, de tirer à lui, d'interpréter à sa guise les propos de ses patients et de leur prêter une signification qu'ils n'avaient pas. Il les influence, les conditionne et leur suggère continuellement les réponses qu'il attend d'eux. Nous en verrons tout à l'heure plusieurs exemples. C'est là un des traits les plus flagrants de la méthode psychanalytique. Qu'il s'agisse de l'interprétation des rêves, ou de l'étude des névroses, la suggestion joue sans cesse un rôle essentiel dans la pratique freudienne, comme n'ont pas manqué de le faire remarquer tous ceux qui l'ont contestée. « Dès le début de la psychanalyse, ses opposants l'ont considérée comme une méthode de suggestion » constate Jacques van Rillaer [17]. Le rôle primordial que joue la suggestion dans la pratique psychanalytique n'est sans doute nulle part plus évident que dans la plus longue de toutes les analyses de Freud, celle de la prétendue névrose du petit Hans [18]. Cette analyse n'a pas été conduite directement par Freud lui-même qui n'a vu l'enfant qu'une seule fois, mais par le père du petit Hans qui informe continuellement le Maître du progrès de son enquête et reçoit de celui-ci de fréquentes directives [19]. A défaut d'être atteint d'un quelconque trouble psychique, le petit Hans était affligé d'un père stupide qui s'était entiché de Freud et avait fait totalement siennes ses lubies. Il voulait donc à tout prix retrouver dans le comportement de sa progéniture l'illustration des thèses du Maître et passait son temps à dicter à son fils les réponses qu'il devait lui faire. Or chacun sait que, lorsque les parents s'entêtent à vouloir faire dire à leurs enfants qu'ils ressentent telle ou telle impression, tel ou tel sentiment ou tel ou tel désir dont ils n'ont aucunement conscience, ceux-ci finissent généralement par y consentir, ou bien parce que, faisant entièrement confiance à leurs parents, ils se persuadent aisément qu'ils ressentent bien ce qu'ils sont censés ressentir, ou bien parce qu'ils ne voient aucune raison de ne pas faire plaisir à leurs géniteurs, alors que cela ne leur coûte rien, ou bien tout simplement parce qu'ils veulent avoir la paix. C'est donc ce que fait le petit Hans.

Freud reconnaît d'ailleurs volontiers que le père du petit Hans l'influence continuellement et lui souffle les réponses qu'il doit faire : « Il est vrai qu'au cours de l'analyse, bien des choses doivent être dites à Hans qu'il ne sait pas dire lui-même, que des idées doivent lui être présentées dont rien encore n'a révélé en lui la présence, que son attention doit être dirigée du côté d'où son père attend que quelque choses surgisse. Voilà qui affaiblit la force de conviction émanant de cette analyse ». Mais il ajoute aussitôt que « dans toute analyse on agit ainsi »et il conclut qu'en l'occurrence le petit Hans « a témoigné d'assez d'indépendance pour qu'on puisse l'acquitter de l'accusation de 'suggestion' [20]».

Dans le cas du petit Hans, c'est son père qui s'est en grande partie substitué à Freud pour conduire l'analyse dans le même esprit que le Maître. Mais, comme nous le verrons plus loin, il arrive assez souvent que les patients eux-mêmes, pour peu que les théories et les méthodes de Freud leur soient déjà devenues familières, lui proposent spontanément des interprétations conformes à ses attentes et qu'il s'empresse donc de faire siennes. Et bien sûr, il en conclut aussitôt que ces patients, qu'il qualifie de « malades exercés » sont beaucoup plus intelligents que les autres.

Pour pouvoir interpréter à sa convenance les propos de ses patients, Freud fait appel à un certain nombre de recettes, pour ne pas dire de tours de passe-passe, aussi commodes qu'efficaces. On connaît cette scène de L'Avare où, en présence d'Harpagon, le commissaire interroge maître Jacques qui prétend avoir vu Valère prendre la cassette de son maître et lui demande comment est cette cassette : « maître Jacques : C'est une grande cassette. - Harpagon : Celle qu'on ma volée est petite. - maître Jacques : eh oui ! Elle est petite, si on le veut prendre par là ; mais je l'appelle grande pour ce qu'elle contient - Le Commissaire : et de quelle couleur est-elle ?- maître Jacques : de quelle couleur ? - Le Commissaire : oui - maître Jacques : elle est de couleur… là, d'une certaine couleur… ne sauriez vous m'aider à dire ? - Le Commissaire : euh ! -maître Jacques : n'est elle pas rouge ? - Harpagon : non grise -maître Jacques : eh ! Oui, gris-rouge ; c'est ce que je voulais dire -Harpagon : il n'y a pas point de doute. C'est elle assurément [21]. » Lorsqu'on lit Freud, il est parfois difficile de ne pas penser à cette scène si divertissante. Car, lorsqu'un de ses patients dit exactement le contraire de ce qu'il aurait voulu l'entendre dire, il décrète aussitôt que le contraire, c'est la même chose, comme dans l'exemple suivant (nous en verrons d'autres plus loin) : « Voici un beau rêve d'eau d'une malade, il servit beaucoup à la cure. Pendant un séjour d'été au lac de …, elle se précipite dans l'eau sombre, là où la lune pâle se reflète dans l'eau. Des rêves de cette espèce sont des rêves de naissance. Pour les interpréter, il faut renverser le fait qui forme le contenu manifeste du rêve ; ainsi, au lieu de se précipiter dans l'eau, on dira sortir de l'eau, c'est-à-dire naître [22]. » On le voit, Freud n'éprouve pas la moindre gêne à affirmer que « se précipiter dans l'eau »et « sortir de l'eau », c'est la même chose. De même, dans l'analyse du rêve de Bismarck [23], n'ayant pas trouvé la conclusion à laquelle devrait, selon lui, conduire son interprétation, au demeurant parfaitement rocambolesque, Freud décrète de nouveau que le contraire, c'est la même chose : « On pourrait s'attendre à ce que la conclusion d'un rêve infantile de masturbation, où l'interdiction est indiquée, fût le désir chez l'enfant que les personnes détenant l'autorité n'en sachent rien. Dans ce rêve, ce souhait est remplacé par son contraire, le désir d'annoncer au roi ce qui s'est passé [24]. »

Et bien souvent Freud n'hésite pas à pratiquer plusieurs fois cette opération sur le même rêve : « Fréquemment on ne trouve le sens du rêve que lorsqu'on fait subir à son contenu plusieurs renversements en divers sens. Par exemple, dans le rêve d'un jeune obsédé, le souvenir du désir qu'il eut étant enfant de la mort de son père très redouté se cache derrière les mots suivants : son père se fâche contre lui parce qu'il rentre si tard à la maison. Mais la concordance établie entre la cure psychanalytique et les idées du rêveur prouve que la suite est : il en veut à son père et trouve que celui-ci revient toujours trop tôt à la maison. Il aurait préféré que son père ne revînt pas du tout à la maison, ce qui est la même chose que souhaiter sa mort [25]. » Ainsi, selon Freud, « le père se fâche contre le fils »veut dire : « le fils en veut à son père » et « il rentre très tard » veut dire : « il revient top tôt », qui veut dire : « il n'aurait pas dû revenir », c'est-à-dire « il aurait dû mourir ». Freud ne donne qu'un seul argument pour justifier une interprétation aussi aventureuse, mais qui lui permet de prétendre avoir repéré un complexe d'Œdipe : « En fait, le rêveur, alors qu'il était petit garçon, avait, pendant une absence de son père, commis un acte d'agression sexuelle vis-à-vis d'une personne qui lui avait dit : 'Attends un peu que ton père revienne !' [26]». Voilà qui est bien peu convaincant. Quel est l'enfant qui ne s'est jamais entendu dire : « Attends un peu que ton père revienne ! »? De plus, on aurait bien aimé connaître la nature de « l'agression sexuelle »commise par cet enfant. Si Freud ne l'a pas précisée, c'est sans doute que le caractère « sexuel »de l'agression n'était pas très évident.

Comme on pouvait s'y attendre, les nombres avec lesquels les voyants de tous les temps ont toujours aimé jouer, sont l'objet d'étranges manipulations de la part de Freud, qui ne manque pas de les attribuer au « travail du rêve »: « Le rêve nous a appris avec quelle désinvolture 'l'activité intellectuelle inconsciente' en use avec les nombres. Si, par exemple, nous rencontrons dans le rêve le nombre cinq, il faut le faire remonter chaque fois à un cinq significatif de la vie éveillée ; or, dans la réalité, il s'agissait d'une différence d'âge de cinq ans ou d'un groupe de cinq personnes ; dans le rêve, elles apparaissent sous la forme de cinq billets de banque ou de cinq fruits. C'est-à-dire que le nombre est conservé, mais que son dénominateur est échangé à volonté, suivant les exigences de la condensation ou du déplacement [27]». Ainsi, dans l'interprétation d'un rêve sur laquelle je reviendrai dans un instant, Freud voit immédiatement deux seins se profiler derrière « deux grosses poires blanches ». Certes, pour ceux qui sont portés comme lui à découvrir partout des symboles sexuels, les poires, par leur forme, peuvent aisément faire penser à des seins, comme pourraient le faire des pommes, des melons ou des pastèques (la grosseur des seins varie beaucoup). Mais il n'est aucunement besoin que la forme de deux objets puisse rappeler plus ou moins celle des seins, pour que Freud les considère comme représentant des seins : il lui suffit qu'ils soient deux. Il peut même arriver que des personnes, pourvu qu'elles soient deux, se trouvent de ce fait, transformés en seins comme dans ce rêve d'un de ses patients : « Il rencontre sa sœur en compagnie de deux amies, sœurs elles aussi. Il tend la main à celles-ci, mais pas à sa propre sœur» que Freud interprète ainsi : « Ce rêve ne se rattache à aucun événement connu. Ses souvenirs le reportent plutôt à une époque où il avait observé pour la première fois, en recherchant la cause de ce fait, que la poitrine se développe tard chez les jeunes filles. Les deux sœurs représentent donc deux seins qu'il saisirait volontiers pourvu que ce ne soit pas les seins de sa sœur [28]. » Certes l'interprétation aurait été encore plus extravagante, si, au lieu de deux jeunes femmes qui sont sœurs (mais il aurait été préférable qu'elles eussent été jumelles et que l'on eût eu le plus grand mal à les distinguer), il s'était agi de deux camionneurs ou de deux pasteurs. Elle n'en est pas moins fort aventureuse. De plus, Freud s'étonne que son patient tende la main aux deux jeunes filles « mais pas à sa propre sœur ». Pourtant ce qui aurait été étonnant, c'est qu'il lui tendît la main. D'ordinaire, en effet, on ne tend pas la main à sa sœur, pas plus qu'on ne la tend à sa mère ou à sa femme : on l'embrasse.

On le voit, si Freud rejette l'usage de l'interprétation symbolique à propos du rêve pris dans son ensemble, il y fait, au contraire, très largement appel lorsqu'il s'agit d'interpréter tel ou tel mot ou telle ou telle expression. On ne saurait s'en étonner : ses patients ont, en effet, le plus souvent une fâcheuse tendance à ne pas employer les mots dont il a le plus besoin pour construire ses interprétations, à savoir ceux qui ont trait à la sexualité. Fort heureusement, il s'est constitué un très riche catalogue de symboles sexuels si divers qu'il n'a généralement que l'embarras du choix. On en trouve d'innombrables exemples dans L'interprétation des rêves, et particulièrement dans le chapitre VI, et le chapitre 10 de L'Introduction à la psychanalyse, « le symbolisme dans les rêves » [29] , en propose un inventaire très riche, mais qui ne saurait, bien sûr, être complet, car il n'y a pratiquement rien qui ne puisse, à l'occasion, faire office de symbole sexuel. C'est du moins ce que prétend Freud : « Il faut bien dire qu'il n'y a pas de sphère de représentations qui ne puisse symboliser des faits et des désirs d'ordre sexuel [30]». Aussi bien ses analyses de rêve fourmillent-elles de symboles sexuels comme en témoigne ce fragment de rêve de quelques lignes, mais dans lequel il n'en relève pas moins de six. Il s'agit d'un « rêve d'une femme du peuple dont le mari est gardien »: « ensuite quelqu'un est entré dans la maison par effraction, et elle a appelé un gardien, avec beaucoup d'angoisse. Mais celui-ci, d'accord avec deux 'pèlerins', est allé dans une église (1) à laquelle on parvenait en montant plusieurs marches (2) ; derrière l'église il y avait une montagne (3) et tout en bas une épaisse forêt (4). Le gardien avait un casque, un hausse-col et un manteau (5). Il avait une grande barbe brune. Les deux vagabonds qui étaient allés paisiblement avec le veilleur, avaient des tabliers faits comme des sacs noués autour des reins (6) ». Freud ne prend pas la peine d'expliquer ce rêve, il se contente d'indiquer en notes les différents symboles sexuels qu'il prétend avoir découverts. Voici ces notes : « 1. Ou chapelle : vagin. 2. Symbole du coït. 3. Mons veneris. 4. Crines pubis. 5. Des démons avec manteaux et capuchons sont, à ce qu'explique un spécialiste, d'espèce phallique. 6. Les bourses [31]». On s'étonne qu'il n'en ait pas relevé un septième, car, de toute évidence, l'entrée dans la maison par effraction ne peut être interprétée que comme un viol.

Je ne vais pas me livrer à un examen critique de tous les symboles sexuels auxquels Freud fait appel dans ses analyses, car il faudrait y consacrer un livre entier. Je me contenterai donc de faire un certain nombre de remarques. Beaucoup des symboles utilisés par Freud, pour ne pas dire la plupart, si discutables qu'ils puissent être, ne sont pas originaux et ont déjà été souvent utilisés avant lui. Il se contente donc souvent de puiser chez ses prédécesseurs, mais, et l'on ne s'en étonnera pas, il lui arrive souvent aussi d'en imaginer de nouveaux et ils sont généralement encore plus rocambolesques. Aussi est-il difficile de ne pas avoir envie de rire quand on lit l'hommage ambigu qu'il rend à Wilhelm Stekel : « Les travaux de Stekel, et en particulier son livre Die Sprache des Traumes, contiennent la plus riche collection de symboles expliqués qui ait été publiée [15][…] mais la faible critique de l'auteur et ses tendances à la généralisation abusive à tout prix rendent un certain nombre de ses interprétations douteuses ou inutilisables [32]».Si Freud a certes raison, et beaucoup plus encore qu'il ne le pense, de faire des réserves sur les travaux de Stekel, il ne semble pas soupçonner que d'autres pourraient dire les mêmes choses de lui.

Les symboles sexuels les plus nombreux sont ceux qui ont trait aux organes génitaux, ceux de l'homme surtout. Ils sont aussi divers qu'innombrables. Les plus fréquents sont récapitulés dans le dixième chapitre de L'Introduction à la psychanalyse : « La partie principale et, pour les deux sexes la plus intéressante, de l'appareil génital de l'homme, la verge, trouve d'abord ses substitutions symboliques dans des objets qui lui ressemblent par la forme ; à savoir cannes, parapluies, tiges, arbres, etc. ; ensuite dans des objets qui ont en commun avec la verge de pouvoir pénétrer à l'intérieur d'un corps et causer des blessures : armes pointues de toutes sortes, telles que couteaux, poignards, lames, sabres, ou encore armes à feu, telles que fusils, pistolets [15][…] Non moins compréhensible est la représentation du membre masculin par des objets d'où s'échappe un liquide : robinets à eau, aiguières, sources jaillissantes et par d'autres qui sont susceptibles de s'allonger tels que lampes à suspension, crayons à coulisse [33]». On le voit, Freud retient essentiellement quatre grands critères : la forme allongée, le pouvoir de pénétration, l'émission d'un liquide, et la possibilité de s'allonger encore davantage. Ces quatre critères lui fournissent déjà un très grand nombre d'objets susceptibles d'être considérés comme de symboles phalliques mais, outre que la verge s'allonge à l'occasion, elle se redresse et cette faculté permet à Freud 'enrichir encore sa panoplie de symboles phalliques de spécimens inattendus. Il lui annexe ainsi non seulement tous les objets aptes à voler, mais la personne même du dormeur, tous les rêves de vol devenant des symboles de l'érection : « La remarquable propriété que possède celui-ci [15][l'organe masculin] de pouvoir se redresser contre la pesanteur, propriété qui forme une partie du phénomène de l'érection, a créé la représentation symbolique à l'aide de ballons, d'avions et même de dirigeables zeppelin. Mais le rêve connaît encore un autre moyen, beaucoup plus expressif de symboliser l'érection. Il fait de l'organe sexuel l'essence même de la personne et fait voler celle-ci tout entière [34]».

Mais, si riches que soient les possibilités ainsi offertes, elles ne suffisent pas toujours à Freud. Aussi, à côté de tous ces symboles qu'il considère comme indiscutables, en fait-il intervenir quelques autres qu'il juge moins évidents, mais dont il affirme néanmoins qu'on ne saurait mettre en doute leur valeur symbolique : « Parmi les symboles sexuels masculins moins compréhensibles, nous citerons les reptiles et les poissons, mais surtout le fameux symbole du serpent. Pourquoi le chapeau et le manteau ont-ils reçu la même application ? C'est ce qu'il n'est pas facile de deviner, mais leur signification symbolique est incontestable [35]». Mais, s'il ne sait pas trop pourquoi le chapeau et le manteau sont des symboles du sexe masculin, en revanche, les raisons pour lesquelles la cravate doit elle aussi être souvent considérée comme un symbole phallique lui paraissent tout à fait évidentes : « Dans le rêve des hommes, la cravate symbolise souvent le pénis, non seulement parce qu'elle est longue et pend et qu'elle est particulière à l'homme, mais parce qu'on peut la choisir à son gré, choix que la nature interdit malheureusement à l'homme. Les hommes dont les rêves usent de ce symbole ont ordinairement de très belles cravates et en possèdent de véritables collections [36]  ». D'autres symboles, s'il n'ose les déclarer « incontestables », lui paraissent néanmoins « vraisemblables ». C'est le cas notamment des « machines », surtout si elles sont un peu « compliquées »: « Toutes les machines compliquées et les appareils qui figurent dans le rêve sont, vraisemblablement, des organes génitaux, ordinairement masculins [37]». La raison en serait que « l'appareil génital de l'homme » constitue un « imposant mécanisme » [38].

Je ne suis, on s'en doute, aucunement convaincu que tous les objets allongés ou susceptibles de pénétration que l'on rencontre dans les rêves, doivent être considérés ipso facto comme des symboles du membre masculin. Mais je me garderais bien d'affirmer pourtant qu'ils ne peuvent jamais jouer ce rôle. Seul le contexte me paraît pourvoir permettre de décider si tel ou tel objet est ou non susceptible de remplir cette fonction. Or parmi tous les objets symboliques que Freud fait intervenir dans ses interprétations, je n'en ai trouvé aucun qui m'ait paru crédible. Nous en retrouverons quelques-unes plus loin, et je me contenterais donc pour l'instant de l'exemple suivant (il s'agit du « rêve d'une jeune femme « ) : elle traverse le salon de son appartement et se cogne la tête contre le lustre suspendu au plafond. Il en résulte une plaie saignante. Voilà un rêve simple clair et qui semble n'avoir nul besoin d'être décrypté : se cogner la tête contre un lustre est un accident relativement banal, surtout si l'on est grand, même si généralement on fait en sorte que le lustre soit suffisamment haut pour que cela ne se produise pas. Quant aux plaies à la tête, elles saignent très facilement. Mais voici l'interprétation de Freud : « Nulle réminiscence ; aucun souvenir d'un événement réellement arrivé. Les renseignements qu'elle fournit indiquent une tout autre direction. 'Vous savez à quel point mes cheveux tombent. Mon enfant m'a dit hier : ma mère, si cela continue, ta tête sera bientôt nue comme un derrière'. La tête apparaît ici comme le symbole de la partie opposée du corps. La signification symbolique du lustre est évidente : tous les objets allongés sont des symboles de l'organe sexuel masculin. Il s'agirait donc d'une hémorragie de la partie inférieure du tronc , à la suite de la blessure occassionnée par le pénis [39]». On le voit, le magicien Freud transforme la tête en derrière et le lustre en pénis. Pour justifier la première transformation, il invoque le propos de l'enfant qui a dit la veille à sa mère : « ta tête sera bientôt nue comme un derrière ». Il n'y a rien d'étonnant assurément à ce que, passant en revue les événements de la veille, la jeune femme se soit souvenue de ce propos qui nest pas de ceux que l'on entend tous les jours. Rien ne prouve pour autant qu'il ait fait partie des « pensées du rêve ». Pourquoi ne serait-ce pas plutôt la crainte qu'a la jeune femme de perdre tous ses cheveux qui aurait joué un rôle dans la genèse de son rêve ? Moins on a de cheveux et plus le risque de saigner en se cognant la tête est grand. Cette hypothèse éviterait d'avoir à transformer la tête en derrière et à faire intervenir « la croyance d'après laquelle les règles seraient provoquées par les rapports sexuels », vu que, comme chacun sait, les saignements de l'anus, généralement provoqués par des hémorroïdes, n'ont rien à voir avec les règles. Quant à la seconde transformation, elle est, elle aussi, bien peu crédible. Freud affirme que « la signification symbolique du lustre est évidente » puisque « tous les objets allongés sont des symboles de l'organe sexuel masculin », mais, quand bien même il serait vrai que tous les objets allongés sont des symboles de l'organe sexuel masculin, loin d'être un objet allongé, le lustre, dont la fonction est de diffuser la lumière, a le plus souvent une forme arrondie ou ovale. S'il fallait donc à tout prix lui trouver une ressemblance avec un organe du corps, le derrière conviendrait mieux, ou plutôt moins mal, que le pénis. Et peut-être faudrait-il alors se demander si ce rêve ne signifie pas que la jeune femme désire tout simplement frotter son derrière contre un autre derrière, avec tant d'ardeur qu'ils finissent par saigner.

Le lustre n'est pas le seul symbole phallique utilisé par Freud que sa forme semble rendre peu apte à jouer ce rôle. Si les « avions » sont capables de voler grâce à leurs ailes, celles-ci n'aident guère à leur trouver une ressemblance avec le membre masculin. Et que dire des « ballons »? Les « aiguières »servent assurément à verser des liquides, mais leur forme ne fait guère penser à un pénis. On le voit, les différents critères que Freud a retenus pour conférer le statut de symbole phallique à un objet, apparaissent souvent inconciliables. C'est tout particulièrement le cas du parapluie. Sa forme allongée, lorsqu'il est fermé, en fait sans doute un symbole phallique un peu moins rocambolesque que d'autres. Mais ce n'est pas seulement en raison de sa forme allongée que Freud lui confère le brevet de symbole phallique : c'est aussi et plus encore en raison de « son déploiement comparable à celui de l'érection [40]». Malheureusement la nouvelle forme que prend le parapluie en se déployant est bien différente de celle du phallus en érection. Les circonstances de la vie ne m'ont jamais permis d'observer l'un à côté de l'autre un phallus en érection et un parapluie déployé. Je crois pourtant pouvoir affirmer que la ressemblance ne doit pas sauter aux yeux. De plus, alors que c'est le déploiement qui confère au pénis son pouvoir de pénétration, le parapluie, en se déployant, perd, au contraire, tout le sien.

Quant à certains symboles dont la forme allongée pourrait, tant bien que mal et le plus souvent fort mal, faire penser à un phallus, ils remplissent si mal les autres critères définis par Freud qu'il devrait au moins s'interroger avant de leur conférer une signification symbolique, même s'il considère, nous l'avons vu, que la forme allongée suffit, à elle seule, pour délivrer à un objet le label phallique. C'est évidemment le cas de la cravate. Certes, elle a une forme allongée, mais, outre qu'elle est beaucoup trop longue pour ressembler à un phallus, outre qu'on se la passe autour du cou et qu'on la noue sur sa poitrine, ce que jamais aucun acrobate de cirque n'a réussi à faire avec sa verge, sa consistance rend son pouvoir de pénétration singulièrement faible. La ressemblance du serpent, que Freud considère, lui aussi, comme un symbole phallique indiscutable, avec le phallus est aussi peu convaincante que celle de la cravate, mais lui, du moins, a le pouvoir de s'introduire dans les trous. Certes l'on peut, si l'on y tient, introduire une cravate dans un trou. Encore faut-il l'y pousser à l'aide d'un bâton ou d'un autre objet pointu. Quant à pouvoir se redresser, la cravate en est parfois capable, mais il faut pour cela que le vent souffle fort. Mais, si Freud veut à tout prix que la cravate représente le membre masculin, c'est aussi, et surtout, semble-t-il, « parce qu'on peut la choisir à son gré, choix que la nature interdit malheureusement à l'homme ». Voilà un argument bien étrange. Logiquement le fait qu'on puisse choisir sa cravate, alors qu'on ne peut pas choisir son pénis, devrait être une raison de plus pour ne pas en faire un symbole sexuel. Mais, nous l'avons déjà vu, la logique de Freud n'est pas celle de tout le monde. Quoi qu'il en soit, il paraît d'autant plus gratuit de vouloir faire de la cravate un symbole phallique que Freud nous fournit lui-même l'explication la plus naturelle et la plus vraisemblable de la présence de la cravate dans les rêves : « Les hommes dont les rêves usent de ce symbole ont ordinairement de très belles cravates et en possèdent de véritables collections ». Ceux qui rêvent de cravates sont donc, et c'est logique, ceux dont la cravate fait partie de leurs préoccupations quotidiennes. Inversement, dans les rêves de ceux qui n'en portent pas ou qui, comme moi, portent toujours la même jusqu'à ce qu'elle ne soit plus mettable, la cravate ne brille d'ordinaire que par son absence. Quant à expliquer pourquoi certains hommes s'intéressent aux cravates et les collectionnent, point n'est besoin pour cela de leur prêter une valeur symbolique : les cravates peuvent être « très belles »et elles sont infiniment variées, alors que les phallus ne sont pas d'un goût exquis et se ressemblent tous.

Quelque propension que puisse avoir Freud à conférer une valeur absolue à tous les symboles qu'il croit avoir inventoriés et notamment aux symboles phalliques, il tient pourtant à garder une entière liberté d'interprétation. Aussi lui arrive-t-il, quand cela l'arrange pour l'interprétation de tel ou tel rêve, de décréter que tel objet n'a pas la valeur symbolique qu'il lui confère habituellement afin de pouvoir lui en prêter une autre qui lui convient mieux. C'est le cas pour ce « rêve court et innocent d'un jeune homme » dans lequel un manteau que, nous l'avons vu, Freud considère d'ordinaire comme un symbole phallique, devient un préservatif. Le rêve est particulièrement court : « Il a rêvé qu'il remettait son pardessus d'hiver, ce qu est terrible ». Et voici l'analyse de Freud : « Le froid brusquement revenu est probablement le prétexte de ce rêve. A y regarder de plus près, on estimera toutefois que les deux parties du rêve s'accordent mal, car il n'y a rien de terrible à porter un vêtement épais et lourd quand il fait froid. Malheureusement pour l'innocence de ce rêve, la première chose qui vient à l'esprit lors de l'analyse est le souvenir d'une dame qui lui a dit hier en confidence que son dernier enfant devait la vie à un condom déchiré. Il reconstruit ainsi ses pensées ; un condom mince est dangereux, un condom épais mauvais. Le condom peut à bon droit être nommé pardessus, on le met en effet par-dessus. S'il arrivait à ce célibataire ce que la dame lui a révélé, ce serait terrible pour lui [41]».

Freud a assurément raison de dire qu' « il n'y a rien de terrible à porter un vêtement épais et lourd quand il fait froid ». Mais pourquoi en conclure que « les deux parties du rêve s'accordent mal »? Au-delà du fait de devoir remettre son pardessus d'hiver, ce que le jeune homme trouvait « terrible », c'était sans doute de voir que l'hiver était toujours là, alors qu'il avait cru pendant quelques jours en être enfin sorti (il était sans doute dépressif et son humeur subissait fortement l'influence des circonstances atmosphériques). Certes, le mot « terrible » n'en était pas moins très excessif, mais c'est un mot que beaucoup de gens emploient de façon hyperbolique. Quand on demandait le matin à ma grand-mère comment elle avait dormi, elle répondait invariablement qu'elle avait passé une nuit « terrible, terrible, terrible ». Freud note ensuite comme un fait hautement révélateur que la première chose qui lui vient à l'esprit, lorsqu'il passe en revue les souvenirs de la veille, est la confidence que la dame lui a faite. Mais quoi d'étonnant à cela ? Ce n'est assurément pas tous les jours qu'une femme vous dit qu'un de ses enfants doit la vie à un condom déchiré. De plus, s'il faut à tout prix que le pardessus représente un condom, on admettra qu'un pardessus d'hiver suggère un condom épais plutôt qu'un condom mince, et qu'en conséquence il ne risque gère de se déchirer. Freud dit que « le froid brusquement revenu est probablement le prétexte de ce rêve ». Il a certainement raison, à ceci près qu'il en est l'explication véritable et suffisante plutôt que le « prétexte ». Mais nous retrouverons ce rêve plus loin.

Si les symboles du sexe masculin sont, selon Freud, quasiment innombrables, ceux du sexe féminin ne le sont guère moins et ils sont même bien souvent plus déroutants encore. Voici l'inventaire, qui, bien sûr, ne prétend pas être exhaustif, que nous propose L'Introduction à la psychanalyse : « L'appareil génital de la femme est représenté symboliquement par tous les objets dont la caractéristique consiste en ce qu'ils circonscrivent une cavité dans laquelle quelque chose peut être logé : mines, fosses, cavernes, vases et bouteilles, boîtes de toutes formes, coffres, caisses, poches, etc. Le bateau fait également partie de cette série. Certains symboles tels qu'armoires, fours et surtout chambres se rapportent à l'utérus plutôt qu'à l'appareil sexuel proprement dit. Le symbole chambre touche ici à celui de maison, porte et portail devenant à leur tour des symboles désignant l'accès de l'orifice sexuel. Ont encore une signification symbolique certains matériaux, tels que le bois et le papier, ainsi que les objets faits avec ces matériaux tels que table et livre. Parmi les animaux, les escargots et les coquillages sont incontestablement des symboles féminins. Citons encore, parmi les organes du corps, la bouche, comme symbole de l'orifice génital, parmi les édifices, l'église et la chapelle. Ainsi, vous le voyez, tous ces symboles ne sont pas également intelligibles »
« On doit considérer comme faisant partie de l'appareil génital les seins qui, de même que les autres hémisphères plus grands du corps féminin, trouvent leur représentation symbolique dans les pommes, les pêches, les fruits en général. Les poils qui garnissent l'appareil génital chez les deux sexes sont décrits par le rêve sous l'aspect d'une forêt, d'un bosquet. La topographie compliquée de l'appareil génital de la femme fait qu'on le représente souvent comme un paysage, avec rocher, forêt, eau [42]».

« Vous le voyez, dit Freud, tous ces symboles ne sont pas également intelligibles ». C'est le moins qu'on puisse dire. Parmi tous les objets qui peuvent, selon Freud, constituer des symboles du sexe féminin, il y a d'abord et surtout ceux qui « circonscrivent une cavité dans laquelle quelque chose peut être logé ». On aurait pu penser que Freud s'en tiendrait à des objets de forme concave, mais on s'aperçoit que finalement il considère comme des symboles féminins tous les objets dans lesquels on peut fourrer quelque chose : (outre les objets cités ci-dessus, on verra plus loin qu'il considère aussi comme des symboles féminins les malles, les valises et les tiroirs). La forme rectangulaire des coffres, des caisses et de la plupart des boîtes, ainsi que le fait qu'ils sont fermés par des couvercles, ne semblent pourtant guère les prédisposer à représenter le sexe féminin. En ce qui concerne les bouteilles, leur forme allongée, leur goulot qui leur assure un certain pouvoir de pénétration et le fait qu'elle servent à verser un liquide, les prédisposeraient tout autant, sinon plus, à représenter le sexe masculin. On aimerait aussi savoir pourquoi Freud attribue la même signification symbolique aux églises et aux chapelles : il ne nous le dit pas. Quant à celle qu'il confère à « certains matériaux, tels que le bois et le papier, ainsi que les objets faits avec ces matériaux, tels que table et livre », elle est loin d'aller de soi, comme Freud semble le penser lui-même. Deux pages plus loin, il écrit en effet : « nous avons déjà parlé de ces symboles énigmatiques, mais sûrement féminins que sont la table, le bois [43]». Il reconnaît donc le caractère « énigmatique » de ces symboles, mais cela ne l'empêche pas d'affirmer qu'ils sont « sûrement » féminins. Comprenne qui pourra !

Il va pourtant, trois pages plus loin, nous proposer une explication : « A propos de bois, nous ne réussirons pas à comprendre la raison qui en a fait un symbole du maternel, du féminin, si nous n'invoquons pas l'aide de la linguistique comparée. Le mot allemand Holz (bois) aurait la même racine que le mot grec hulè qui signifie matière, matière brute. Mais il arrive souvent qu'un mot générique finit par désigner un objet particulier. Or, il existe dans l'Atlantique une île appelée Madère, nom qui lui a été donné par les portugais lors de sa découverte, parce qu'elle était alors couverte de forêts. Madeira signifie précisément en portugais bois. Vous reconnaissez sans doute dans ce mot Madeira le mot latin materia légèrement modifié et qui à son tour signifie matière en général. Or le mot materia est un dérivé de mater, mère. La matière dont une chose est faite est comme son apport maternel. C'est donc cette vieille conception qui se perpétue dans l'usage symbolique de bois, pour femme, mère [44]».

Voilà une explication bien peu convaincante. Notons tout d'abord que la signification symbolique donnée ici au bois par Freud est devenue plus large : le bois ne représente plus le sexe féminin, mais, plus généralement, le féminin. Remarquons ensuite que son explication ne saurait valoir ni pour les français, ni pour les anglais ni pour les italiens, ni pour tous les autre peuples, sans doute nombreux, qui, pour désigner le bois, utilisent un mot dont l'étymologie est bien différente de celle du mot Holz. Quant aux allemands eux-mêmes, il est plus que probable que la grande majorité d'entre eux doit ignorer que Holz. vient du grec hulè. S'ils l'ignorent, ils doivent avoir d'autant plus de peine à faire du bois le symbole de féminin que le mot Holz n'est pas féminin, mais neutre. Quant à la table si le mot est bien féminin en français, il est masculin en allemand (Tisch). Pour en finir avec ce sujet, j'ajouterai que Freud lui-même nous a bien mal préparés à les regarder comme des symboles féminins. Il semble avoir oublié, en effet, que dans le catalogue de symboles phalliques qu'il nous a proposés quelques pages plus haut, il a mis en tête les cannes, les parapluies, qui sont le plus souvent faits avec du bois, et, qui plus est, les arbres d'où provient tout le bois.

Mais, si déconcertants que soient beaucoup des symboles féminins répertoriés par Freud dans la page que j'ai citée, ceux qu'il prétend découvrir au fil de ses analyses de rêves, le sont parfois plus encore. Voici d'abord celui d'une jeune femme dont nous retrouverons plus loin un autre rêve (« le rêve du marché ») : « Son mari demande : Ne faudrait-il pas faire accorder le piano. Elle : Ce n'est pas la peine, il faut d'abord le faire recouvrir. C'est de nouveau la répétition d'un événement réel du jour précédent. Son mari lui a bien demandé cela et elle lui a répondu de cette manière. Mais pourquoi en rêve-t-elle ? Elle dit bien que ce piano est une boîte dégoûtante qui donne un mauvais son, que son mari l'avait déjà avant son mariage, etc. Mais la solution nous sera donnée par la phrase : 'Ce n'est pas la peine'. Elle l'a dite hier comme elle était en visite chez une amie. On l'engageait à enlever sa jaquette, elle s'y est refusée en disant : 'Ce n'est pas la peine, je m'en vais tout de suite'. Je pense alors qu'hier, pendant l'analyse, elle a brusquement porté la main à sa jaquette dont un bouton venait de s'ouvrir. C'était comme si elle avait dit : 'Je vous en prie, ne regardez pas de ce côté, ce n'est pas la peine'. Ainsi elle remplace boîte par poitrine (boîte : Kasten, poitrine : Brust-Kasten) et l'interprétation du rêve nous ramène à l'époque de sa formation : elle commençait alors à être mécontente de ses formes. Si nous prenons garde au 'dégoûtant', au 'mauvais son' et si nous nous rappelons combien de fois dans le rêve et les expressions à double sens les petits hémisphères du corps féminin remplacent les grands, l'analyse nous ramène plus loin encore dans l'enfance [45]».

On le voit, Freud pense que le piano représente dans ce rêve « les petits hémisphères du corps féminin », et par la même occasion « les grands ». Avouons que la ressemblance n'est pas frappante. Mais l'on peut s'étonner tout d'abord que Freud ait éprouvé le besoin d'interpréter un rêve qui, outre qu'il est aussi clair que simple, s'explique, semble-t-il, tout naturellement par le fait qu'il s'agit de propos réellement échangés entre les époux le jour précédent. Pour Freud, la clé du rêve est fournie par la phrase : « ce n'est pas la peine ». La signification de cette phrase a beau être parfaitement évidente dans le contexte du rêve, Freud va s'empresser de lui en donner une autre qui ne l'est pas du tout. L'argument qu'il invoque pour ce faire est bien peu convaincant. Il est tout à fait normal que, passant en revue les événements de la veille, la patiente se soit souvenue de la visite qu'elle avait rendue à son amie ainsi que des propos qu'elles avaient échangés, mais rien ne prouve qu'elle s'en soit souvenue dans son sommeil. Quant à la signification de ses propos, elle était très claire et l'interprétation qu'en donne Freud est pour le moins aventureuse. La raison qu'elle invoque pour ne pas enlever sa jaquette, à savoir qu'elle s'en va tout de suite, est tout à fait naturelle et il n'y a aucunement lieu de supposer qu'en réalité elle a honte de sa poitrine. Freud prétend que le mot « boîte » qu'elle emploie pour qualifier le piano, désigne en réalité sa poitrine : « elle remplace boîte par poitrine (boîte : Kasten, poitrine : Brust-Kasten) ». Cette affirmation apparaîtrait déjà tout à fait arbitraire, même si la justification linguistique invoquée par Freud était exacte. Or ce n'est nullement le cas : Brust-Kasten n'a pas le sens de « poitrine » (Brust) et encore moins de « poitrine féminine » (Busen) ; Brust-Kasten, qui signifie littéralement « la caisse de la poitrine », désigne « la cage thoracique ». Quant au second argument invoqué par Freud, il ne vaut pas mieux. Rappelons-le : « Je pense alors qu'hier, pendant l'analyse, elle a brusquement porté la main à sa jaquette dont un bouton venait de s'ouvrir. C'était comme si elle avait dit : 'Je vous en prie, ne regardez pas de ce côté, ce n'est pas la peine'.  » Notons tout d'abord que c'est Freud qui s'est rappelé le geste de sa patiente (« je pense alors »). Or il aurait mieux valu pour sa démonstration que ce fût sa patiente elle-même. Mais surtout la traduction qu'il donne de son geste est de nouveau totalement gratuite. Quoi de plus naturel que de reboutonner un bouton quand on s'aperçoit qu'il s'est ouvert ? Lorsqu'un homme s'aperçoit que sa braguette est entrouverte, il s'empresse de la fermer aussi discrètement que possible et son geste ne veut aucunement dire : « Ne regardez pas de ce côté, ce n'est pas la peine », alors pourtant que, dans ce cas, l'avertissement serait pleinement justifié.

Mais Freud ne s'arrête pas là. En découvrant que le piano représentait contre toute attente, les seins de le jeune femme, il a découvert en même temps qu'il représentait aussi ses hémisphères postérieurs, car, dit-il bien souvent « dans le rêve et les expressions à double sens les petits hémisphères du corps féminin remplacent les grands ». Et, pour lui, c'est évidemment le cas ici, puisque la jeune femme a dit que le piano était « dégoûtant » et avait « un mauvais son ». Freud a l'excuse de la décence pour ne pas se montrer plus explicite, mais il n'avait pas intérêt à l'être. Car quand quelqu'un prétend qu'une femme qui dit qu'un piano a « un mauvais son », ne veut pas dire par là que c'est une casserole, ce qui est pourtant bien souvent le cas des pianos de famille, mais qu'elle n'est pas contente de la partie postérieure de son individu parce qu'elle laisse échapper à l'occasion des bruits mal sonnants, assurément il est difficile de ne pas s'interroger sur sa santé mentale.

Freud aurait pu trouver d'autres solutions qui, à défaut d'être convaincantes, auraient tout de même été moins abracadabrantes. Je me hasarderai donc à en suggérer une qui, à côté de celle de Freud, paraîtra sans doute bien timide. Je partirai d'un détail que Freud n'a pas relevé et qui me semble pourtant, dès qu'on y prend garde, nous donner tout de suite la clé de l'énigme : la femme a dit à propos du piano que « son mari l'avait déjà avant son mariage ». Comment ne pas comprendre tout de suite, même si l'on n'est pas féru de freudisme, que le piano ne peut représenter ici qu'un seul objet ? Chacun sait, en effet, qu'un jeune homme qui quitte le domicile familial parce qu'il se marie, emporte toujours avec lui ses « bijoux de famille », sous peine de causer à ses parents, outre un profond étonnement, un embarras bien compréhensible. Le piano ici est donc incontestablement un symbole masculin. Il aurait, bien sûr, été intéressant de savoir s'il s'agissait ou non d'un piano à queue et l'on peut s'étonner que Freud n'ait pas songé à poser la question à la jeune femme. Quoi qu'il en soit, si le mari suggère à sa femme de le faire accorder, c'est qu'il voudrait en jouer pour elle ; en d'autres termes, il lui propose de faire l'amour. Quant à la réponse de la jeune femme, je suis persuadé que tout le monde maintenant en verra aussitôt la signification véritable. En disant qu'il faut d'abord faire recouvrir le piano, elle fait comprendre à son mari qu'il doit d'abord mettre un préservatif (nous avons déjà vu un « pardessus d'hiver » jouer ce rôle). Pourquoi cette exigence ? Ce peut être, bien sûr, parce qu'elle ne souhaite pas avoir d'enfants, mais le fait qu'elle dise que la piano est une boîte « dégoûtante »m'invite plutôt à penser que le sexe masculin lui inspire une certaine répulsion, et qu'elle se sent plus à l'aise, quand il est « recouvert ». Cette hypothèse est d'autant plus plausible que Freud nous a appris un peu plus haut lorsqu'il a analysé le « rêve du marché », que la jeune femme était « réservée du type de 'l'eau qui dort' ». J'avoue, en revanche, être assez embarrassé pour expliquer le « mauvais son »et j'aurais sans doute donné ma langue au chat si, à propos d'un autre rêve que nous allons examiner dans un instant, Freud ne nous apprenait pas que le clitoris, lorsqu'il est particulièrement excité, est susceptible de faire tic tac. Le pénis en action pourrait donc bien avoir lui aussi sa petite musique, même si, les circonstances font que généralement on ne s'en rend pas compte.

Aussi étonnant, et peut-être plus encore, mais on est à un tel niveau d'extravagance qu'il est bien difficile d'établir des classements, est le symbole féminin que l'on découvre dans cette autre analyse : « Un jeune homme a un rêve très précis qui lui rappelle des rêveries de son enfance demeurées à l'état de souvenir conscient. Il se trouve, le soir, dans un hôtel de station estivale, il se trompe de numéro de chambre et entre dans une pièce où une dame âgée et ses deux filles se déshabillent pour se mettre au lit. Il ajoute : 'Il y a ensuite des lacunes dans le rêve, il manque quelque chose, et à la fin il y a dans la chambre un homme qui veut me jeter dehors et avec qui je dois lutter'. Il essaie vainement de se rappeler le contenu et le but des fantasmes d'enfant auxquels le rêve fait allusion. Mais on s'aperçoit enfin que ceci est précisément rendu par ce qu'il dit des parties imprécises du rêve. Les 'lacunes' sont les orifices génitaux des femmes qui vont se coucher : 'il manque quelque chose' est la description du caractère essentiel des organes féminins. Dans son enfance, il avait une curiosité dévorante de voir des organes féminins et en était encore à la théorie enfantine de la sexualité qui suppose que la femme a un membre viril [46]». On avouera que la surprise n'est pas mince : des « lacunes »dans un récit qui représentent « les orifices génitaux de la femme », cela, si je peux m'exprimer ainsi, vous en bouche un coin. Devant des affirmations qui atteignent à tel degré d'arbitraire et d'absurdité, on se sent totalement désarmé et toute discussion devient quasiment impossible. On pourrait, bien sûr, faire observer qu'avant d'attribuer une signification symbolique aux « lacunes » que semble présenter le rêve, il faudrait pour voir être sûr que ces lacunes font bien partie du rêve, et qu'elle ne s'expliquent pas, ce qui paraît pourtant très vraisemblable, par le fait que les rêves ne nous laissent d'ordinaire au réveil que des souvenirs partiels et lacunaires. Mais je pense que tout lecteur un peu sensé jugera inutile d'essayer de réfuter l'analyse de Freud et conclura seulement que c'est à lui qu'il « manque quelque chose »: il lui manque une case. Pour ma part, j'adopterai une attitude plus constructive. Freud ne fait pas appel aux interprétations symboliques seulement quand il s'agit d'analyser les rêves de ses patients. Il les utilise aussi pour expliquer pour expliquer leur comportement et interpréter leurs sentiments. Pour suivre son exemple, je suggèrerai donc de considérer tous les trous de mémoire comme des symboles du sexe féminin et d'en conclure que ceux qui en ont beaucoup sont des obsédés, les femmes étant, de plus, homosexuelles. Dois-je ajouter que cette hypothèse ouvre des perspectives tout à fait neuves et intéressantes pour la compréhension et le traitement de la maladie d'Alzheimer ?

Et, puisque je viens d'évoquer l'utilisation que fait Freud des symboles sexuels en dehors de l'analyse des rêves, je ne résiste pas à l'envie d'en donner un exemple et de citer un autre spécimen de symbole féminin, non pas qu'il soit en lui-même plus extravagant que bien d'autres symboles freudiens, mais parce que les arguments invoqués par Freud pour établir son caractère symbolique sont particulièrement rocambolesques. Il s'agit d'une jeune fille qui souffre d'une névrose obsessionnelle et qui chaque soir avant de se coucher se livre à un cérémonial assez compliqué. « En premier lieu, nous dit Freud, elle arrête la grande pendule qui se trouve dans sa chambre et fait emporter toutes les autres pendules ». Et il s'en étonne. Mais, comme c'est si souvent le cas, c'est son étonnement qui est étonnant. Selon lui, « nous savons tous par expérience que le tic-tac régulier et monotone d'une pendule, loin de troubler, le sommeil, ne fait que le favoriser [47]». Affirmation bien surprenante, car, pour ma part, et ma femme est comme moi, ainsi sans doute qu'un très grand nombre de gens, j'ai le plus grand mal à m'endormir dans une pièce où il y a une pendule ou un réveil qui font du bruit, et je ne manque jamais alors de les arrêter. L'explication du comportement de sa patiente semble donc aussi évidente que naturelle. Mais elle ne fait pas l'affaire de Freud qui veut à tout prix lui imposer la sienne et il y arrive : « Notre malade commence peu à peu à comprendre que c'est à titre de symbole génital féminin qu'elle ne supportait pas, pendant la nuit, la présence de la pendule dans sa chambre. La pendule, dont nous connaissons encore d'autres interprétations symboliques, assume ce rôle de symbole génital féminin à cause de la périodicité de son fonctionnement qui s'établit à des intervalles égaux. Une femme peut souvent se vanter en disant que ses menstrues s'accomplissent avec la régularité d'une pendule. Mais ce que notre malade craignait surtout c'était d'être troublée dans son sommeil par le tic-tac de la pendule. Ce tic-tac peut être considéré comme une représentation symbolique des battements du clitoris lors de l'excitation sexuelle [48]». Passons sur le fait que Freud, comme il le fait si souvent, a manifestement suggestionné sa patiente. Lorsqu'il dit qu'elle « commence à comprendre peu à peu » que la pendule est pour elle un symbole féminin, on devine que cette idée ne lui serait jamais venue à l'esprit, si Freud ne la lui avait pas suggérée. Le premier argument qu'il invoque, celui la régularité des pendules censée représenter celle, nettement plus aléatoire, des menstrues est si inattendu qu'il pourrait perturber un instant la régularité du rythme cardiaque de toute personne qui n'aurait encore jamais lu Freud. Quoi qu'il en soit, il introduit dans la recherche des éventuels symboles du sexe féminin, un nouveau critère susceptible d'ajouter de nombreux objets, du métronome jusqu'aux corps célestes, au catalogue déjà considérable constitué par Freud. Notons que, pour donner plus de poids à son argument, Freud nous dit qu' « une femme peut souvent se vanter en disant que ses menstrues s'accomplissent avec la régularité d'une pendule », mais il ne se rend pas compte qu'en ce faisant, il nous apprend que ce n'est très probablement pas le cas de sa patiente (si c'était le cas, il ne dirait pas : « une femme »). Car il y a gros à parier qu'il lui a posé la question et l'on peut être sûr que, si elle lui avait répondu affirmativement, il n'aurait pas manqué de nous en informer. Mais, chose presque incroyable, le second argument invoqué par Freud est plus loufoque encore. Selon lui, en effet, le tic-tac de la pendule « peut être considéré comme une représentation symbolique des battements du clitoris lors de l'excitation sexuelle ». Il me paraît bien difficile de ne pas se frotter longuement les yeux après avoir lu cette phrase. Pour ma part, je ne vois qu'une explication possible à un propos si délirant : Freud a dû rêver un jour qu'il couchait avec une nymphomane, ou dans la même pièce qu'elle, et qu'il était obligé, pour pouvoir s'endormir de mettre des boules « quies » afin de ne plus entendre l'incessant cliquetis de son clitoris. Il ne s'en est, apparemment, pas souvenu, mais son inconscient a certainement été marqué par un rêve aussi insolite et n'a pu l'oublier.

Pour en finir avec les rêves dans lesquels Freud prétend retrouver la représentation du sexe féminin, je citerai un dernier exemple qui pourrait, à lui seul, suffire à convaincre n'importe quel lecteur doué d'un peu de bon sens que l'auteur de L'Interprétation des rêves marche vraiment sur la tête : « Il y a, écrit Freud, des rêves de paysages ou de localités qui sont accompagnés de la certitude exprimée dans le rêve même : j'ai déjà été là. Mais ce déjà vu a dans le rêve un sens particulier. Cette localité est toujours l'organe génital de la mère ; il n'est point d'autre lieu dont on puisse dire avec autant de certitude qu'on y a déjà été [49]». On le voit, Freud n'a, une fois de plus, pas le moindre doute : « Cette localité est toujours l'organe génital de la mère ». Et certes ! il n'a pas tort d'affirmer qu'il s'agit d'un lieu où l'on a déjà été. Mais pour éprouver une impression de déjà vu, il faut qu'on ait pu voir quelque chose. Or, si je puis invoquer mon expérience personnelle, je n'ai rien vu du tout pendant les neuf mois où j'ai résidé dans le ventre de ma mère, pas même mon frère jumeau, et lorsque ma mère nous a présentés l'un à l'autre après notre naissance, nous n'avons eu ni l'un ni l'autre l'impression que nous nous étions déjà rencontrés. Mais la suite du texte mérite aussi d'être citée : « Une seule fois, continue Freud, un obsédé m'embarrassa en me racontant un rêve où il visitait une maison où il avait été deux fois. Mais justement ce malade m'avait raconté longtemps avant un fait qui s'était passé quand il avait six ans. A cette époque, il avait partagé une fois le lit de sa mère et il avait introduit son doigt dans son sexe pendant qu'elle dormait [50]». L'embarras que Freud dit avoir éprouvé tout d'abord ne laisse pas d'être plaisant. En effet, si l'on admet que l'impression d'avoir déjà été dans un lieu renvoie nécessairement à « l'organe génital de la mère « , on ne devrait jamais pouvoir rêver que l'on a été plus d'une fois dans le même lieu. Le rêve de son patient aurait donc dû obliger Freud à renoncer à sa précieuse théorie, s'il ne s'était heureusement rappelé le souvenir d'enfance que celui-ci lui avait raconté. Il reste néanmoins que l'explication dont il croit pouvoir se contenter, n'est guère satisfaisante. En effet, outre qu'on ne peut pas dire que l'on est entré dans une maison quand on s'est contenté de mettre le doigt dans l'entrebâillement de la porte, pour voir ce qu'il y a à l'intérieur, plutôt que d'y introduire un doigt, il vaut mieux y jeter un œil.

En dehors des symboles qui représentent le sexe masculin ou féminin, Freud fait aussi appel à d'autres symboles pour représenter les différents aspects de la vie sexuelle. Les rapports sexuels sont symbolisés, selon lui, par « des activités rythmiques telles que la danse, l'équitation, l'ascension, ainsi que des accidents violents, comme par exemple le fait d'être écrasé par une voiture « , ainsi que par « certaines activités manuelles et, naturellement, la menace avec une arme [51]». Parmi les principaux « symboles exprimant les rapports sexuels » figurent aussi et surtout « échelle, escalier, rampe, ainsi que l'acte de monter sur une échelle, etc., [15][…] en y réfléchissant de près, nous trouvons comme facteur commun la rythmique de l'ascension, peut-être aussi le crescendo de l'excitation : oppression à mesure qu'on monte [52]». Au total, il semble que l'ascension d'un escalier soit pour Freud le symbole le plus fréquent et le plus clair des rapports sexuels. Et nous aurons l'occasion d'en voir quelques exemples plus loin.

Si les symboles représentant les rapports sexuels sont déroutants, ceux qui évoquent la pratique solitaire le sont peut-être plus encore : « La satisfaction sexuelle obtenue sans le concours d'une personne du sexe opposé est symbolisée par toutes sortes de jeux, entre autres par le jeu de piano. Le glissement, la descente brusque, l'arrachage d'une branche sont des représentations finement symboliques de l'onanisme. Nous avons encore une représentation particulièrement remarquable dans la chute d'une dent, dans l'extraction d'une dent : ce symbole signifie certainement la castration, envisagée comme punition pour des pratiques contre nature [53]». Et, un peu plus loin, Freud affirme que « l'anthropologie nous offre [15][…] un pendant à cette représentation, pendant que peu de rêveurs doivent connaître. Je ne crois pas me tromper en voyant dans la circoncision pratiquée chez tant de peuples un équivalent ou un succédané de la castration. Nous savons en outre que certaines tribus primitives du continent africain pratiquent la circoncision à titre de rite de la puberté (pour célébrer l'entrée du jeune homme dans l'âge viril), tandis que d'autres tribus, voisines de celles-là, remplacent la circoncision par l'arrachement d'une dent [54]».

Freud prétend donc que « le jeu de piano, le glissement, la descente brusque, l'arrachage d'une branche sont des représentations finement symboliques de l'onanisme ». Pour ma part, je trouve l'adverbe « finement » assez divertissant, mais je manque peut-être d'esprit de finesse. En tout cas, la valeur symbolique de ces actions ne me paraît pas évidente. En ce qui concerne le jeu de piano, Freud nous propose, il est vrai, une explication, lorsqu'il évoque le rêve d'un de ses malades qui pratique le piano : « Un de mes malades, un abstinent sexuel très atteint, dont les fantasmes morbides demeurent fixés sur sa mère, a rêvé à plusieurs reprises qu'il montait l'escalier avec sa mère. Je lui fais observer qu'une masturbation modérée lui nuirait probablement moins que sa continence forcée. Après cette remarque, il a le rêve suivant : son professeur de piano lui reproche de négliger ses exercices, de ne pas jouer les études de Moscheles et le gradus ad Parnassum de Clementi. Il dit en commentaire que le gradus est aussi un escalier et le clavier de même puisqu'il contient une échelle [55]». On le voit, c'est le patient lui-même qui dit que le piano représente un escalier. Mais cette idée ne lui serait sans doute jamais venue à l'esprit avant de fréquenter Freud. Ou bien il ne fait que redire ce qu'il a déjà entendu dans la bouche de Freud, ou bien il s'est habitué à raisonner comme lui, ce qui prouverait qu'il était effectivement malade, ou du moins qu'il manquait singulièrement de sens critique. Quoi qu'il en soit, pour pourvoir admettre que la pratique du piano puisse symboliser l'onanisme, il faut admettre d'abord que jouer au du piano puisse signifier monter ou, descendre un escalier, et ensuite que monter ou descendre un escalier représente l'activité sexuelle. Cela ne va pas de soi. Pour être juste, je reconnais pourtant que le conseil que Freud donne à son patient est assez judicieux.

Mais le meilleur symbole de l'onanisme est, pour Freud, la chute ou l'extraction d'une dent. Et cela aussi ne va assurément pas de soi. Car on ne voit guère sur quelle analogie on pourrait se fonder pour attribuer aux dents une signification phallique. Freud d'ailleurs le reconnaît : « Le nez a été souvent comparé au pénis ; les cheveux complètent la ressemblance. Seules les dents échappent à toute comparaison », mais c'est pour ajouter aussitôt : « et c'est de là précisément que vient leur emploi pour représenter ce qu'interdit le refoulement sexuel ». Cette déclaration est assurément très surprenante. On croit comprendre, en effet, que, si l'on peut prêter aux dents une valeur phallique, c'est parce qu'il n'y a aucune raison particulière de le faire. Freud, il est vrai, reconnaît que cette explication peut ne pas paraître « pleinement » convaincante : « Je ne veux pas dire par là que cela éclaire pleinement l'interprétation du rêve de dent arrachée comme rêve d'onanisme. Je dis ce que je sais et dois laisser le reste inexpliqué ». Aussi croit-il utile d'invoquer aussi un autre argument : « Mais je dois encore indiquer une autre concordance dans notre langue. Il y a dans nos pays une expression grossière pour exprimer la masturbation : sich einen ausreissen (litt. s'en arracher un), ou : sich einen herunterreissen (litt. s'en faire tomber un). Je ne saurais dire d'où viennent ces expressions, quelle image est au fond ; mais la 'dent' s'accorderait très bien avec la première [56]». Le moins que l'on puisse dire, c'est que cet argument, lui non plus, n'est pas « pleinement »convaincant. On remarquera tout daabord que Freud prétend invoquer « une autre concordance », pour tenter de nous faire croire qu'il nous en en déjà proposé une ou plusieurs autres, alors que ce n'est aucunement le cas. Quoi qu'il en soit, cette prétendue concordance n'est aucunement convaincante. Car, pour que l'expression sich einen ausreissen pût faire penser à l'extraction d'une dent, il faudrait que cette opération fût habituellement ou au moins occasionnellement pratiquée par le patient lui-même, ce qui ne semble pas être le cas, les dentistes eux-mêmes ayant recours à un confrère, lorsqu'ils ont à se faire arracher une dent.

Pour essayer de justifier sa thèse, Freud, nous l'avons vu, fera aussi faire appel, dans l'Introduction à la psychanalyse, à « l'anthropologie ». Mais sa logique se révèle, une fois de plus, très déroutante. « Je ne crois pas me tromper, dit-il, en voyant dans la circoncision pratiquée chez tant de peuples un équivalent ou un succédané de la castration ». Or il est pour le moins singulier de considérer comme l'équivalent de la castration une pratique destinée à favoriser la fécondité et à laquelle d'ailleurs la médecine a recours quand elle la juge nécessaire. Aussi, quand dit qu'il ne croit pas se tromper, on se demande vraiment quelle énormité il pourrait bien proférer pour éprouver un jour l'impression que, tout compte fait, il ne serait peut-être pas tout à fait impossible qu'il se trompât. Pourquoi croit-il pourvoir affirmer, d'autre part que, si « certaines tribus primitives du continent africain pratiquent la circoncision à titre de rite de la puberté [15][…], d'autres tribus voisines, remplacent la circoncision par l'arrachement d'une dent ». Pourquoi ne pas faire l'hypothèse inverse ? Pourquoi ne pas se demander si ce n'est pas la circoncision qui remplacerait l'arrachement d'une dent ? Mais, bien sûr, ces deux hypothèses sont l'une et l'autre parfaitement gratuites. Car il s'agit évidemment de deux rites qui répondent à des intentions différentes : le premier est destiné à préparer le jeune garçon à la vie sexuelle ; le second, comme bien d'autres rites plus répandus comme la flagellation des jeunes lacédémoniens devant l'autel de Diane, a pour but de l'habituer à supporter la souffrance. On le voit, si Freud avait choisi de se consacrer à l'anthropologie, il n'aurait pas manqué de soutenir des thèses très novatrices.

Loin de croire qu'il faille faire appel à l'anthropologie pour expliquer les rêves de chute ou d'extraction de dents, j'aurais tendance à penser qu'ils s'expliquent toujours le plus simplement du monde par un mal de dents très réel. Quant à moi, en tout cas, je n'ai jamais rêvé que j'avais un problème de dents (je perdais une de mes dents ou elles tombaient toutes en poussière) que lorsqu'en j'en avais effectivement un. Pour me convaincre qu'un rêve de chute ou d'extraction de dents puisse avoir une signification symbolique, il faudrait donc me présenter des arguments particulièrement solides. Or ceux qu'invoque Freud pour expliquer ce type de rêves sont on ne peut plus loufoques, comme on peut le voir dans l'analyse qu'il nous propose du « rêve d'un homme qui a perdu son père depuis plusieurs années ». La voici : « Le père est mort, mais il a été exhumé et a mauvaise mine. Il reste en vie depuis son exhumation et le rêveur fait tout son possible pour qu'il ne s'en aperçoive pas ».
« [15][…] Le rêveur raconte : lorsqu'il fut revenu des obsèques de son père, il éprouva un mal de dents. Il voulait traiter la dent malade selon la prescription de la religion juive : 'lorsqu'une dent te fait souffrir, arrache-la', et se rendit chez le dentiste. Mais celui-ci lui dit : 'on ne fait pas arracher une dent, il faut avoir patience. Je vais vous mettre dans la dent quelque chose qui la tuera. Revenez dans trois jours : j'extrairai cela.'
« C'est cette 'extraction', dit tout à coup le rêveur, qui correspond à l'exhumation.
« Le rêveur aurait-il raison ? Pas tout à fait, car ce n'est pas la dent qui devait être extraite, mais sa partie morte. Mais c'est là une des nombreuses imprécisions que, d'après nos expériences, on constate souvent dans les rêves. Le rêveur aurait alors opéré une condensation, en fondant en un seul le père mort et la dent tuée et cependant conservée [15][…] ».
« Les autres détails du rêve s'expliquent manifestement par le complexe de l'onanisme. 'Il a mauvaise mine' : cela peut bien être une allusion aux paroles du dentiste que c'est une mauvaise perspective que de perdre une dent en cet endroit. Mais cette phrase se rapporte peut-être également à la mauvaise mine par laquelle le jeune homme ayant atteint l'âge de la puberté trahit ou craint de trahir son activité sexuelle exagérée. Ce n'est pas sans un certain soulagement pour lui-même que le rêveur a, dans le contenu du rêve manifeste, transféré la mauvaise mine au père [15][…] ».
 »La proposition : 'le rêveur fait tout son possible pour qu'il [15][le père] ne s'en aperçoive pas', est tout à fait raffinée, car elle a pour but de nous suggérer la conclusion qu'il est mort. La seule conclusion significative découle cependant du 'complexe de l'onanisme', puisqu'il est tout à fait compréhensible que le jeune homme fasse tout son possible pour dissimuler au père sa vie sexuelle. Rappelez-vous à ce propos que nous avons toujours été amenés à recourir à l'onanisme et à la crainte du châtiment pour les pratiques qu'elle comporte, pour interpréter les rêves ayant pour objet le mal de dent [57]».

L'analyse de Freud étant très longue, j'ai dû faire quelques coupures, mais comme on pourra le vérifier, si l'on se reporte au texte, j'ai gardé l'essentiel de sa démonstration. On le voit, non seulement dans ce rêve, il n'est, bien sûr, nullement question d'onanisme, mais il n'est nullement question non plus de chute, d'arrachage ou de quelque problème de dent que ce soit. Il n'est question que d'une exhumation, celle du père du malade. Celui-ci n'a certainement rien trouvé dans les événements du jour ou des jours précédents qui puisse avoir le moindre rapport avec le contenu du rêve, sinon Freud l'aurait mentionné. Son père est mort, il y a quelques années déjà, et il n'a jamais été exhumé, cela n'arrivant que très rarement. Faute de pouvoir se rappeler l'exhumation de son père, le malade se rabat donc sur son enterrement. Et il se souvient alors du problème de dents qu'il a eu après l'enterrement. Et tout de suite il déclare que l'exhumation de son père représente l'extraction de sa dent, ou du moins de la partie morte. Pour se livrer sans hésiter à une déduction aussi inattendue, il faut, bien sûr, qu'il s'agisse à nouveau d'un malade déjà profondément marqué par les étranges modes de raisonnement de son thérapeute. Quoi qu'il en soit, Freud reprend aussitôt à son compte cette interprétation qui lui permet enfin de retrouver un de ses schémas explicatifs favoris, et il la précise en concluant que le rêveur « a opéré une condensation, en fondant en un seul le père mort et la dent tuée et cependant conservée ».

Avec cette fusion du père « mort », mais qui « reste en vie », phénomène si rare qu'il ne s'est encore jamais produit, et de « la dent tuée et cependant conservée », phénomène qui se produit chaque fois qu'on se fait dévitaliser une dent, ce qui dans un pays développé, arrive à la plupart des gens et souvent de nombreuses fois, on atteint à un degré d'extravagance tout à fait extraordinaire. Mais avant d'envisager une hypothèse aussi incongrue, il faudrait d'abord prouver que l'histoire de la dent, qui constitue le point de départ de l'interprétation, fait bien partie des pensées du rêve. Or cela semble bien difficile. Freud prétend que « chacun de nos rêves est provoqué par un événement après lequel nous 'n'avons pas encore dormi une nuit' », ou qu'à défaut d'être directement provoqué par un événement de la veille, il « peut prendre son matériel dans n'importe quelle époque de notre vie, pourvu qu'une chaîne d'idées les relie aux événements du jour [58]», mais, et c'est une difficulté sur laquelle je reviendrai plus loin, l'histoire de la dent n'est reliée à aucun des événements du jour ni même des jours précédents, lesquels ne brillent ici que par leur absence. Il ne s'agit pas d'une pensée du rêve, mais d'un simple souvenir, un souvenir que le patient ne pouvait pas ne pas se rappeler en repensant à la mort et à l'enterrement de son père. On va d'ordinaire chez le dentiste si souvent qu'on ne peut s'en souvenir à chaque fois, mais on s'en souvient quand on y va le jour de l'enterrement de son père.

Si c'est le patient lui-même qui a « découvert » que l'exhumation de son père représentait l'extraction de sa dent, c'est, en revanche, Freud qui a eu l'idée de transférer au fils la mauvaise mine qui, dans le rêve, était celle du père. Ce « déplacement » semble pourtant d'autant plus gratuit que la mauvaise mine du père s'expliquait tout naturellement : quoi d'étonnant que quelqu'un qui vient dêtre exhumé ait un teint de déterré ? S'étant persuadé qu'un rêve d'extraction de dent ne pouvait s'expliquer que par la masturbation, Freud s'est aussitôt dit que la « mauvaise mine » du père, si naturelle qu'elle puisse paraître à première vue, ne pouvait que représenter celle du fils et s'expliquer de la même façon. Ainsi, dans le rêve, c'est le fils qui a peur que son père ne s'aperçoive quil a un teint de déterré, et c'est bien normal. Chacun sait, en effet, que, quand on ramène à la maison un proche qui a été exhumé, on s'empresse auparavant d'enlever tous les miroirs. Car la première chose que fait quelqu'un qui a été exhumé, lorsqu'il revient chez lui, c'est, et c'est bien naturel, de se regarder dans la glace. Mais, dans l'interprétation de Freud, c'est le fils qui a peur que son père ne s'aperçoive qu'il a mauvaise mine et n'en conclue qu'il se masturbe.

On pourrait donc résumer l'interprétation de Freud de la façon suivante : le père a été exhumé et a mauvaise mine veut dire que le fils s'est fait arracher une dent, et donc qu'il se masturbe, de sorte que son teint s'en ressent et qu'il a peur que son père ne s'en aperçoive et n'en devine la cause. On le voit, ce rêve est particulièrement propre à montrer jusqu'où Freud peut aller dans le délire interprétatif, et notamment dans l'utilisation des symboles.

Mais, si l'usage que Freud fait des symboles semble tellement déconcertant, ce n'est pas seulement parce que ceux qu'il prétend découvrir sont le plus souvent saugrenus, c'est aussi parce qu'on a souvent l'impression que le choix de faire appel ou non à tel ou tel symbole est tout à fait arbitraire. En effet, alors qu'il a le plus souvent tendance à voir des symboles là où personne ne songerait à en voir, il lui arrive aussi parfois de ne pas tenir compte de symboles qui devraient pourtant lui sembler évidents. C'est le cas notamment de l'interprétation du rêve qui a été le point de départ de toute sa théorie, celui de l'injection faite à Irma. Comment ne pas s'étonner, en effet, que Freud n'ait pas songé à faire de la seringue d'Otto un symbole phallique alors que cet instrument répond parfaitement aux principaux critères qu'il a définis, la forme allongée, la capacité de pénétration et l'émission d'un liquide ? Aussi bien, lorsque Erik Erikson essaie de compléter l'analyse de Freud, dont il juge avec raison, qu'elle ne n'illustre qu'imparfaitement sa théorie du rêve, il s'empresse, lui, d'attribuer à ladite seringue une signification phallique [59].

La même surprise nous attend dans l'interprétation qu'il nous propose du « rêve d'un homme ». La voici : « Il voit deux garçons qui se battent [15][…] l'un des garçons a jeté l'autre à terre, celui-ci a des pendants d'oreille avec des pierres bleues. Il se précipité la canne haute sur le brutal, pour le châtier. L'enfant se réfugie vers une femme comme si c'était sa mère ; elle est de bout près d'une palissade. C'est une femme de journalier, elle tourne le dos au rêveur. Elle se retourne enfin et lui jette un regard effrayant. Epouvanté, il s'enfuit. On voyait la chair rouge de la paupière inférieure qui avançait sous les yeux. Ce rêve a fortement mis en valeur quelques circonstances du jour précédent. Il a réellement vu la veille dans la rue deux enfants dont l'un jetait l'autre à terre. Comme il y allait pour rétablir l'ordre, ils ont pris la fuite tous deux [15][…] Il a observé que les prostitués portent le plus souvent des pendants d'oreille garnis de pierres bleues. Une chanson populaire sur deux garçons dit : 'l'autre garçon s'appelait Marie' (c'était une fille) - La femme debout : après la scène des deux garçons, il est allé se promener le long du Danube et il a profité de la solitude pour uriner contre une palissade. Un peu plus loin, le long du chemin, une veille dame bien mise lui sourit aimablement et lui tendit sa carte de visite. - la femme se tenant dans son rêve comme lui au moment où il urinait, il est clair qu'il s'agit d'une femme qui urine ; de là viennent le regard effrayant et la chair rouge, qui ne peut indiquer que le sexe béant, dans cette posture ; cela réapparaît dans ses souvenirs comme il l'avait vu dans son enfance, mais cette fois sous l'aspect de chair morte, de blessure. Le rêve réunit les deux cas où le petit garçon avait pu voir le sexe des petites filles : quand elles étaient jetées par terre et quand elles urinaient ; comme il résulte de la suite de ce rêve, il se rappelait avoir été châtié ou menacé par son père à cause de la curiosité qu'il avait manifestée à ces occasions [60]».

Dans cette interprétation, on peut certes accorder sans peine à Freud que le point de départ du rêve a pour origine la scène des deux garçons à laquelle le rêveur a assisté la veille. Pour tout le reste, son explication du rêve est parfaitement saugrenue, mais ce n'est pas une surprise. Ce qui est fort étonnant, en revanche, c'est que Freud ne se soit pas aussitôt emparé de la canne pour en faire un symbole phallique, alors qu'il affirme pourtant que « tous les objets allongés [15][…] représentent le membre viril [61]», et que, nous l'avons vu, dans le catalogue de symboles phalliques que nous propose l'Introduction à la psychanalyse, les cannes sont citées en premier. Qui plus est, cette canne est « levée » et ce détail aurait dû aux yeux de Freud apporter la preuve par neuf de sa signification symbolique. Si l'on admet celle-ci, le sens du rêve semble alors très clair, j'entends pour un freudien. Le rêveur est manifestement homosexuel et veut sodomiser non pas le garçon avec des pendants d'oreille qu'il juge sans doute trop efféminé pour son goût, mais « le brutal » (c'est un amateur de mauvais garçons). Celui-ci se réfugie auprès de sa mère. Celle-ci est une maîtresse femme (c'est « une femme de journalier »). Elle lance au rêveur un regard particulièrement effrayant (si on voit « la chair rouge de la paupière inférieure », c'est parce qu'elle « voit rouge ») et il s'enfuit en hâte.

Mais, si Freud n'a pas voulu faire de la canne levée un symbole sexuel, il en fait intervenir un autre beaucoup plus inattendu. Pour lui, en effet, « la chair rouge de la paupière inférieure »de la femme « ne peut indiquer que le sexe béant ». On en reste bouche bée et l'explication qu'il nous fournit est pour le moins déconcertante. Elle ne fait pourtant aucun doute pour lui : « la femme se tenant dans son rêve comme lui au moment où il urinait, il est clair qu'il s'agit d'une femme qui urine ». Mais, justement, ce n'est pas clair du tout, car Freud oublie simplement qu'une femme qui urine n'a pas la même « posture » qu'un homme qui urine et que cette posture ne la prédispose pas à uriner contre une palissade. D'ailleurs, quand bien même il pourrait s'agir d'une femme qui urine, il serait pour le moins aventureux d'en conclure que la chair rouge de sa paupière ne peut être que son sexe béant. Quant à son « regard effrayant », il s'expliquerait par le fait qu'elle est en train d'uriner. J'avoue n'avoir jamais croisé le regard d'une femme en train d'uriner (les occasions de le faire sont assez rares, à moins, bien sûr, qu'on ne les recherche). Mais je pense que, si effectivement les femmes qui urinent avaient toujours un regard effrayant, cela se saurait. Je ne l'ai pourtant lu nulle part et ne l'ai jamais entendu dire.

Il y aurait bien d'autres choses à dire encore sur l'usage que Freud fait des symboles, mais, outre que nous trouverons plus d'une fois l'occasion d'en reparler plus loin, on peut déjà affirmer qu'à lui tout seul il suffirait amplement à nous éclairer sur le sérieux de sa méthode. Mais il est temps de conclure sur ce point.

En résumé, je crois qu'on pourrait présenter la recette que Freud a mise au point pour l'interprétation des rêves de la façon suivante : vous préparez un très grand nombre de petits bouts de papier guère plus gros qu'un timbre poste. Vous demandez au patient de vous raconter son rêve. Vous notez un à un sur vos petits bouts de papier chacun des mots qu'il emploie, à l'exception bien sûr de certains mots outils comme les articles. Vous jetez ensuite tous ces bouts de papier dans un chapeau et vous secouez longuement. Vous tirez ensuite au hasard un à un chacun des mots que vous avez mis dans le chapeau, en demandant à chaque fois à votre patient de vous dire à quoi ce mot le fait penser. Vous notez soigneusement ses réponses, puis vous inscrivez de nouveau sur un petit bout de papier chacun des mots qu'il a employés et vous les jetez au fur et à mesure dans un autre chapeau qu'il faudra prévoir beaucoup plus grand que le premier (si on ne trouve pas de chapeau assez grand, on peut bien sûr utiliser tout autre récipient, une grosse bassine, une lessiveuse, voire une baignoire). Vous avez maintenant dans le second chapeau un choix de mots beaucoup plus large que dans le premier. Il y a pourtant de grandes chances pour que cela suffise pas, et qu'il vous manque toujours un certain nombre de mots que vous jugez indispensables. Qu'à cela ne tienne ! Il vous reste encore plusieurs possibilités. La première, et la plus efficace, consiste à prétendre que, si le patient n'a pas employé le ou les mots que vous attendiez, c'est parce que, inconsciemment bien sûr, il les a évités, ce que, est-il besoin de le dire ? vous ne manquerez pas de juger hautement significatif, et vous n'avez alors qu'à vous substituer à lui et achever vous-même le travail qu'il n'a pas osé conduire jusqu'à son terme. Vous avez encore d'autres possibilités, et, par exemple, si, au lieu de trouver le mot que vous souhaitiez, vous avez la chance de trouver son antonyme, celle de décréter que cela revient au même, en prétendant que, devant un mot qui risquait de révéler une vérité sur lui-même qu'il n'osait pas encore reconnaître, le patient a eu une sorte de réaction panique qui l'a fait choisir, pour mieux s'en éloigner, le mot exactement contraire. Vous avez enfin la ressource de donner à certains mots une valeur symbolique et rien n'est à la fois plus aisé et plus utile, lorsque, comme c'est généralement le cas, les mots dont vous avez le plus besoin ont trait à la sexualité. A la fin de l'opération, vous avez de bonnes chances de pouvoir proposer une interprétation du rêve qui ne retiendra plus rien du tout du récit originel, si ce n'est parfois un mot très neutre ou un détail insignifiant.

Il faut le reconnaître, la technique que Freud a mise au point pour donner de n'importe quel rêve une interprétation qui puisse conforter ses hypothèses, est extrêmement commode. Mais c'est précisément ce qui la rend très suspecte. Freud d'ailleurs reconnaît d'ailleurs lui-même qu'elle soulève, du moins à première vue, des objections très fortes : « La critique a beau jeu pour objecter : il n'est pas étonnant qu'un élément quelconque du rêve mène n'importe où, on peut toujours associer quelque chose à une représentation ; la seule chose surprenante serait que cette succession d'idées arbitraires et sans but parvînt précisément aux pensées du rêve. Il est probable qu'on se trompe soi-même, on poursuit la série d'associations à partir d'un élément, jusqu'à ce qu'on doive s'arrêter pour une raison quelconque ; quand on en prend un second, il est tout naturel que l'association, d'abord illimitée, trouve une partie du terrain occupée. On se rappelle encore les associations précédentes, de sorte que l'analyse des deuxièmes représentations ramène plus aisément à des idées qui ont des points de contact avec celles-ci. On s'imagine alors avoir trouvé un nœud d'où partent deux éléments du rêve. Comme on se permet n'importe quelle association et qu'on ne s'interdit que les passages d'une représentation à une autre habituels à la pensée normale, il n'est finalement pas difficile de fabriquer, à l'aide d'une série de 'pensées intermédiaires', quelque chose qu'on appellera les pensées du rêve et qu'on donnera pour le substitut psychique de celui-ci. Sans preuves évidemment puisqu'on ne saurait les connaître d'aucune façon. Tout cela est entièrement arbitraire, on utilise ingénieusement le hasard, mais n'importe qui, pourvu qu'il se donne cette peine inutile, pourra fabriquer de cette manière, à n'importe quel rêve, n'importe quelle interprétation [62]».

Si Freud ne craint pas de se faire ainsi l'avocat du diable et de plaider un moment pour la partie adverse, c'est évidemment parce qu'il est persuadé de pouvoir lever très facilement les difficultés qu'il vient lui-même de soulever. Malheureusement pour lui, il est bien plus à l'aise et bien plus convaincant lorsqu'il s'agit de formuler les objections que l'on peut faire à sa méthode que lorsqu'il essaie ensuite d'y répondre. A ces objections, il ne sait guère qu' « opposer l'impression que donnent [15][ses] interprétations de rêves, les liaisons étonnantes avec des éléments du rêve, qui surgissent pendant qu'on poursuit les représentations isolées, et l'invraisemblance de l'hypothèse qu'on pourrait parvenir à une interprétation aussi parfaitement exhaustive autrement qu'en retrouvant les associations psychiques préexistantes [63]». Mais, quand on a un peu d'esprit critique, « l'impression » que l'on ressent devant ses interprétations, est bien différente : on est plutôt porté à se dire que Freud a inventé de toutes pièces ce qu'il prétend avoir « retrouvé ». Car, si les liaisons qu'il prétend établir « avec des éléments du rêve » nous paraissent effectivement « étonnantes », c'est généralement parce qu'elles sont aussi arbitraires que saugrenues comme nous avons déjà eu plus d'une fois l'occasion de le voir et comme nous le verrons bien d'autres fois encore.

En fait, tout ce que dit Freud nous dit du « travail du rêve », on pourrait le dire de son travail à lui. En effet, sans qu'il s'en rende compte, c'est son propre travail qu'il ne cesse de décrire en croyant décrire le travail du rêve. Et c'est pourquoi il est si plaisant de constater qu'il est souvent le premier à s'étonner de la façon très déconcertante dont celui-ci travaille. Car, si le travail du rêve, tel qu'il le décrit, est, en effet, on ne peut plus déconcertant, c'est parce qu'il n'est que le décalque de son travail à lui. « Quand on compare le contenu du rêve et les pensées du rêve, nous dit Freud, on s'aperçoit tout d'abord qu'il y a eu là un énorme travail de condensation. Le rêve est bref, pauvre, laconique, comparé à l'ampleur et à la richesse des pensées du rêve. Ecrit, le rêve couvre à peine une demie page ; l'analyse où sont indiquées ses pensées, sera six, huit, douze fois plus étendue. Le rapport peut varier avec les rêves, mais, ainsi que j'ai pu m'en rendre compte, il ne s'inverse jamais [64]  ». Freud prétend que c'est parce que le rêve opère un énorme travail de condensation qu'il est obligé lui de se livrer à un énorme travail de recherche des « pensées du rêve ». Mais il ne songe pas à se demander si ce n'est pas exactement le contraire ; il ne songe pas à se dire qu'il ne serait jamais arrivé à la conclusion que le rêve se livrait à « un énorme travail de condensation », s'il ne s'était d'abord livré lui à un énorme travail de délayage des données fournies par le « rêve manifeste », s'il ne les avait pas considérablement enrichies de toutes les associations d'idées auxquelles il a demandé à ses patients de se livrer et, au besoin, de toutes celles qu'il leur a lui-même suggérées. L'ampleur même de ce travail de condensation, ampleur, que Freud se plait à souligner, constitue une bonne raison de le mettre en doute. Freud semble considérer que cette ampleur est la meilleure preuve de sa réalité. Pourtant, en saine logique, elle devrait, au contraire, lui inspirer une grande méfiance. Plus un exploit, plus un record, plus une performance semblent extraordinaires, plus il y a lieu de s'interroger sur leur authenticité et d'essayer de la vérifier.

Ce qui est vrai pour la « condensation », l'est aussi pour le « déplacement »ou le « renversement » et toutes les autres formes du prétendu « travail »du rêve. Tous les mécanismes que Freud prétend découvrir pourraient bien n'être que le reflet de ses propres manipulations. Nous avons vu que Freud s'étonnait ou feignait de s'étonner de la « désinvolture » que le travail du rêve manifestait à l'égard des nombres. Mais le lecteur un peu critique est plutôt porté à s'étonner de l'étrange désinvolture avec laquelle Freud se sert des nombres pour faire apparaître des personnages ou des objets qui n'étaient nullement évoqués dans le rêve. De même il feint de s'étonner de « cette singulière tendance du travail du rêve à ne tenir aucun compte de la négation et à exprimer des choses opposées par le même moyen représentatif [65]», mais cette « singulière tendance »pourrait bien n'être que le reflet de sa curieuse propension, qui, comme il le note lui-même, était déjà celle des « interprètes de rêves de l'antiquité », à décréter qu' « une chose peut dans le rêve signifier son contraire [66]», dès que cela l'arrange, à moins qu'il ne préfère décréter qu'elle signifie à la fois ce qu'elle signifie normalement et le contraire. Plus généralement Freud prétend que le « travail du rêve » s'affranchit continuellement des contraintes de la pensée logique : « L'étude du travail du rêve nous a appris bien d'autres particularités, aussi remarquables qu'importantes, des processus qui se déroulent dans l'inconscient, mais nous n'en pouvons donner ici qu'un aperçu. Les règles de la pensée logique ne jouent pas à l'intérieur de l'inconscient et l'on peut appeler ce dernier le royaume de l'illogisme [67]». Mais c'est son propre mépris de la logique que Freud attribue sans vergogne au « travail du rêve » [68], un mépris qui lui a permis d'élever son échaudage bancal de fariboles en ne tenant aucun compte des objections les mieux fondées. Quand on veut faire passer pour des vérités scientifiquement établies des hypothèses aussi arbitraires qu'absurdes, on a évidemment tout intérêt à récuser les règles de la logique. Enfin quand Freud admire l'extraordinaire diversité des symboles auxquels le rêve fait appel pour évoquer les réalités sexuelles et particulièrement les organes masculins (« la symbolique du rêve s'y montre inlassable [69]», nous dit-il), comment ne pas se dire qu'il prête au rêve l'imagination débridée qu'il manifeste lui-même dans ce domaine ?

« Supposons donc que le patient a raconté un rêve que nous devons interpréter. Nous avons écouté calmement, sans mettre à son propos notre réflexion en mouvement. Qu'allons-nous faire d'abord ? Nous décidons de nous soucier le moins possible de ce que nous avons entendu, du rêve manifeste [70]». Telle doit être, selon Freud, la première démarche de l'analyste qui se propose d'interpréter un rêve. C'est peu dire qu'une telle déclaration a de quoi surprendre. On aurait pu croire, en effet, que, pour interpréter un rêve, la première démarche de l'analyste devait consister à écouter avec la plus grande attention le récit qu'en fait le rêveur et à en prendre soigneusement note, avant d'entreprendre d'exercer sa réflexion sur ce qu'il vient d'entendre, si, comme c'est le plus souvent le cas, le rêve est loin d'être clair. Freud recommande, lui, à l'analyste d'écouter « calmement » , ce qui veut sans doute dire plus ou moins distraitement, et sans doute plutôt plus que moins. Il lui recommande surtout d'éviter soigneusement de se mettre à réfléchir si peu que ce fût à ce que lui dit le rêveur. Il n'ose pas aller jusqu'à lui recommander de s'efforcer le plus possible de penser à autre chose. Ce serait pourtant le meilleur moyen de parvenir au but qu'il doit se proposer, à savoir de se soucier le moins possible de ce qu'il a entendu.

Mais cette attitude à première vu si paradoxale, pour ne pas dire si absurde, apparaît, au contraire tout à fait logique et naturelle, une fois que l'on a compris que, pour Freud, le rêve est beaucoup moins un objet d'étude qu'un accessoire particulièrement commode, un instrument singulièrement maniable, un matériau merveilleusement malléable. Ce que Freud demande au rêve, c'est ce que le voyant demande à sa boule de cristal : de lui laisser une totale liberté d'interprétation.

Au total, la méthode de Freud est si suspecte, si évidemment conçue pour lui permettre de voir dans les rêves tout que ce qu'il veut y voir et seulement ce qu'il veut y voir, qu'elle ne peut qu'inspirer la plus grande méfiance à l'égard des conclusions auxquelles il prétend être arrivé. Celles-ci nous sont pourtant sans cesse présentées comme des vérités démontrées et indiscutables. Le caractère extrêmement aventureux de ses théories n'a d'égal que l'incroyable assurance avec laquelle Freud nous les présente. Il ne lui arrive que très rarement de s'interroger sur la valeur de ses théories et cela ne dure jamais Ainsi, au moment de mettre la dernière main à L'Interprétation des rêves, semble t-il soudainement envahi par le doute : « J'ai peur que tout cela ne soit que sornettes [71]», écrit-il à Fliess. Mais, lorsque, cinq jours plus tard, il lui annonce qu'il a enfin achevé sa grande œuvre, toutes ses doutes se sont évanouis, les seules inquiétudes qui lui restent portent sur la forme : « Ce qui concerne le rêve me semble inattaquable, c'est le style qui me déplaît, car il m'a été impossible de découvrir des expressions élégantes et simples et je me suis égaré dans des descriptions pittoresques en me servant de circonlocutions [72]». Persuadé d'avoir découvert des « vérités » que personne n'avait su voir avant lui, il est également persuadé que personne ne saurait sérieusement les remettre en question. Ainsi que le fera après lui un Roland Barthes, lorsque Freud reprend des propos qu'il a tenus plus haut, il dit continuellement « nous savons que », comme si tout ce qu'il a déjà dit devait être ipso facto considéré comme définitivement acquis. Il feint continuellement d'avoir établi de manière irréfutable ce qu'il a seulement affirmé [73].


 

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NOTES :

[1] Op. cit., p. 90.

[2] Ibid., p. 93.

[3] Ibid., p. 90.

[4] Ibid., pp. 91-92 .

[5] Ibid., p. 92.

[6] Ibid., p. 93.

[7] Ibid., p. 94.

[8] L'Interprétation des rêves, pp. 96-97.

[9] Cinq Leçons sur la psychanalyse, pp. 48-49.

[10] Difficultés sur la religion proposées au père Malebranche, édition de Frédéric Deloffre et François Moureau, Droz, 2000, p. 89.

[11] Introduction à la psychanalyse, p. 267.

[12] Les Illusions de la psychanalyse, Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980, p. 111. Voir aussi ce qu'il dit plus loin : « Pour peu que l'on soit intelligent et cultivé, les associations à la Freud abondent et s'étirent en tous sens. Les chaînes associatives font penser au chewing-gum : on peut les remâcher à l'infini, sans pour autant être réellement nourri »(p. 274).

[13] « Quelques suppléments à l'ensemble de l'interprétation du rêve « , op. cit., p. 179.

[14] L'Interprétation des rêves, p. 112.

[15] Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, p. 20.

[16] Ibidem., pp. 20-21.

[17] Les Illusions de la psychanalyse, p. 83. Et il invoque notamment ce qu'écrit Emil Kraepelin en 1909 dans la 8ème édition de son Manuel de Psychiatrie et fait allusion aux propos tenus par Pierre Janet lors du 17ème Congrès international de Médecine qui se tint à Londres en août 1913. Le rapport de Pierre Janet a récemment été réédité (La psychanalyse de Freud, L'Harmattan, 2004). On y lit notamment ceci : « M. Aschaffenburg suppose que M. Freud interroge ses malades sur leur vie sexuelle d'une manière particulièrement impressionnante, qu'il les suggestionne en quelque manière et leur fait répondre tout ce qu'il veut, qu'il prend au sérieux le moindre mot si banal qu'il soit, pourvu qu'il ait rapport au sexe, qu'il l'arrête au passage, le cloue et le fait entrer dans une constellation mental qu'il fabrique »(p. 103. Pierre Janet, qui, bien sûr, partage son point de vue, renvoie ici à un article, « Die Beziehungen des sexuellen Lebens zur Entstehung von Nervenund Geistekranheiten » que G. Aschaffenburg a publié en septembre 1906 dans la revue, Münchener medizinische Wochenschrirt).

[18] « Analyse d'une phobie chez un petit garçon de cinq ans », Cinq Psychanalyses, pp. 93-198. Rappelons que le petit Hans a très peur des chevaux depuis le jour où il a vu un cheval qui tirait un omnibus tomber et se débattre les quatre fers en l'air. Cette peur s'explique donc d'une manière aussi simple que naturelle. Mais une explication aussi claire et aussi vraisemblable ne saurait satisfaire ni Freud ni le père de Hans. Ils sont persuadés dès le départ qu'à l'origine de cette phobie se cache un complexe d'Œdipe, et que le petit Hans a en réalité peur d'être castré par son père et envie de coucher avec sa mère.

[19] C'est bien souvent Freud qui lui dicte ce qu'il doit dire à son fils. Voici un échantillon des directives du Maître : « Je m'entendis avec le père de Hans afin qu'il dît à celui-ci que toute cette histoire de chevaux était une bêtise et rien de plus. La vérité, devait dire son père, c'était que Hans aimait énormément sa maman et voulait être pris par elle dans son lit » (ibid., p. 110)

[20] Ibid., pp. 167-168.

[21] Molière, L'Avare, acte V, scène 2.

[22] L'Interprétation des rêves, p. 143.

[23] Ibid., pp. 324-328.

[24] Ibid., p. 327.

[25] Ibid., pp. 282-283.

[26] Ibid., p. 283.

[27] « Une névrose diabolique au XVIIesiècle ;« , in L'Inquiétante étrangeté et autres essais, folio-essais, Gallimard, 1985, pp. 292-293.

[28] L'Interprétation des rêves, p. 234.

[29] PP. 175-200.

[30] L'Interprétation des rêves, p. 319.

[31] Ibid., p. 314. On retrouve ce rêve dans L'Introduction à la psychanalyse, pp. 230-231.

[32] Ibid., p. 307. Le livre de Stekel a été publié en 1911. Freud ne le connaissait donc pas encore lorsqu'il a publié la première (1900) et le deuxième (1908) éditions de L'Interprétation des rêves. Il l'a lu, en revanche, et en a tenu compte lorsqu'il publie la troisième édition (1911), comme en témoignent des lignes de la préface de cette édition : « Mes expériences personnelles, comme le travail de W. Stekel et d'autres, m'ont permis de mieux apprécier l'extension et l'importance de la symbolique du rêve (ou au moins de la pensée inconsciente) » (p. 5).

[33] Op. cit., p. 182.

[34] Ibid., pp. 182-183.

[35] Ibid., p. 183.

[36] L'Interprétation des rêves, p. 306.

[37] Ibidem.

[38] Introduction à la psychanalyse, p. 184.

[39] Ibid., p. 228.

[40] L'Interprétation des rêves, p. 304. Dans Assez décodé !, j'avais fait un sort, en la citant en épigraphe au début du premier chapitre, « Phallus farfelus « , la phrase suivante de M. François Rastier : « L'isotopie métaphorique /phallus/ : /parapluie/ est plus forte que l'isotopie /phallus/ : /bâton/, car, outre le sème 'oblongité', elle comporte le sème 'expansivité' ». Je n'avais pas encore lu L'Interprétation des rêves et j'ignorais donc que M. Rastier avait emprunté à Freud cette forte pensée. J'avais alors écrit que, pour cette seule phrase, M. Rastier avait bien mérité de passer à la postérité. Je le maintiens, car, si l'idée est de Freud, M. Rastier a su trouver les mots qu'il fallait pour mettre pleinement en valeur toute sa force comique.

[41] Ibid., p. 167.

[42] Introduction à la psychanalyse, p. 184.

[43] Ibid., p. 186.

[44] Ibid., p. 189.

[45] L'Interprétation des rêves, pp. 166-167.

[46] Ibid., p. 286.

[47] Introduction à la psychanalyse, p. 319.

[48] Ibid., p. 321.

[49] L'Interprétation des rêves, pp. 342-343.

[50] Ibidem.

[51] Introduction à la psychanalyse, p.185.

[52] Ibid., p.186. Voir aussi L'Interprétation des rêves, p. 318 : « On sait que dans le rêve l'escalier et l'action de monter l'escalier, symbolisent presque toujours le coït ».

[53] Introduction à la psychanalyse, p. 185.

[54] Ibid., p. 195.

[55] L'Interprétation des rêves, p. 319.

[56] Ibid., pp. 332-333.

[57] Introduction à la psychanalyse, pp. 224-227.

[58] L'Interprétation des rêves, p. 152.

[59] « The Dream Specimen of Psychoanalysis », in Journal of the American Psychoanalytic Association, 2, 1954, pp. 5-56, article cité et commenté par Adolf Grünbaum, op. cit. pp. 331-340.

[60] Ibid., pp. 178-179.

[61] Ibid., p. 304.

[62] Introduction à la psychanalyse, p. 448.

[63] Ibidem.

[64] Ibid., p. 242.

[65] « Sur le sens opposé des mots originaires« , in L'Inquiétante étrangeté et autres essais, p. 52.

[66] Ibid., p. 51.

[67] Abrégé de psychanalyse, p. 32.

[68] Certes le déroulement de la plupart des rêves montre une grande indifférence aux règes de la logique. Mais cela ne tient certainement pas au prétendu « travail » du rêve, mais bien plutôt au fait que, quand nous nous endormons, notre esprit lâche les rênes.

[69] L'Interprétation des rêves, p. 306.

[70] Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, p. 17.

[71] Lettre du 6/9/99, La Naissance de la psychanalyse, P.U.F., 1956, p. 262.

[72] Lettre du 11/9/1899, ibid... p. 264.

[73] Il serait très long de relever toutes les formules qui trahissent le dogmatisme de Freud. En voici seulement un tout petit échantillon : « Nous savons, grâce à notre travail d'interprétation, que nous pouvons découvrir dans les rêves un contenu latent, bien plus significatif que leur contenu manifeste » (L'Interprétation des rêves, p. 148) ; « il est clair qu'il s'agit d'une femme qui urine » (ibid., p. 179) ; « On ne saurait douter de l'exactitude de cette interprétation » (ibid., p. 179) ; « Un fait demeure absolument certain : la formation du rêve repose sur une condensation »(ibid., p.244) ; « Sachons aussi dès maintenant que le déplacement est un fait indubitable » (ibid., p. 267) ; « Personne ne peut méconnaître que toutes les armes et tous les outils sont des symboles du membre viril : charrue, marteau, fusil, revolver, poignard, sabre, etc. » (ibid., p. 306) ; « On sait que dans le rêve l'escalier et l'action de monter l'escalier, symbolisent presque toujours le coït » (ibid., p. 318) ; « Le sens sexuel de ce rêve n'est pas douteux » (ibid., p.332) ; « C'est certainement un bon exemple de cauchemar très commun et incontestablement sexuel »(ibid, p. 496) ; « Il ne peut s'agir là aussi que de sexualité méconnue et repoussée » (ibid., p. 497) ; « leur signification symbolique est incontestable » (Introduction à la psychanalyse, p. 183) ; « les escargots et les coquillages sont incontestablement des symboles féminins » (ibid., p.184) ; « ce symbole signifie certainement la castration » (ibid., p. 185) ; « habits, uniformes sont, nous le savons déjà, des symboles destinés à exprimer la nudité, les formes du corps » (ibid., p. 186) ; « Echelle, escalier, rampe, ainsi que l'acte de monter sur une échelle, etc., sont certainement des symboles exprimant les rapports sexuels » (ibidem) ; « la clef qui ouvre est incontestablement un symbole masculin » (ibid., p. 187) ; « Nous pouvons, sans risque de nous tromper, intervertir les situations et admettre que c'est le fils qui interroge  »(ibid., p. 232) ; « Nos observations nous ont montré de manière certaine que la force psychique et physique d'un désir est bien plus grande quand il baigne dans l'inconscient que lorsqu'il s'impose à la conscience » (Cinq Leçons sur la psychanalyse, p. 77).

 

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