Assez décodé !
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………Une entrée en scène très réussie. Tartuffe, apercevant Dorine. Laurent, serrez ma haire avec ma discipline, Dorine Que d'affectation et de forfanterie ! Tartuffe Que voulez-vous ? Dorine Vous dire… Tartuffe. Il tire un mouchoir de sa poche. Ah ! mon Dieu, je vous prie, Dorine Comment ? Tartuffe Couvrez ce sein que je ne saurais voir : Dorine Vous êtes donc bien tendre à la tentation, Tartuffe Mettez dans vos discours un peu de modestie, Dorine Non, non, c'est moi qui vais vous laisser en repos, Tartuffe Hélas ! très volontiers. Dorine, en soi-même. Comme il se radoucit ! Tartuffe Viendra-t-elle bientôt ? Dorine Je l'entends, ce me semble. ………………………………Le Tartuffe, acte III, scène 2. La scène 2 de l'acte III n'est assurément, du point de vue proprement dramatique, qu'une scène de transition, destinée, comme l'était déjà la scène 1, à préparer la grande entrevue d'Elmire et de Tartuffe qui constituera, avec la déclaration de Tartuffe, la première et la principale péripétie d'une action qui s'est nouée au début du deuxième acte quand Orgon a annoncé à Mariane qu'il voulait lui faire épouser Tartuffe. Cette scène, en effet, ne fait pas avancer l'action, Dorine se contentant d'annoncer à Tartuffe qu'Elmire va venir et qu'elle souhaite avoir un entretien avec lui. Mais, à la différence de la scène 1, cette courte scène (elle ne compte que 26 vers) n'en est pas moins un des grands moments de la pièce. Aussi bien est-elle très célèbre. Car, si, pour ainsi dire, il ne s'y passe rien, on y voit paraître pour la première fois un personnage qu'on était fort curieux de connaître depuis le début de la pièce, un personnage que l'on attendait avec la plus grande impatience, avec une impatience que peut-être aucun autre personnage de théâtre n'a jamais fait naître : Tartuffe. ¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤ ¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤ Pour que l'entrée en scène de Tartuffe soit pleinement réussie, il faut d'abord qu'elle soit pleinement une entrée en scène. Un acteur soigne ses entrées, et particulièrement la première. Or l'acteur qui joue le personnage de Tartuffe est doublement un acteur puisque Tartuffe est un hypocrite [4]. Il joue doublement la comédie puisqu'il joue le rôle de quelqu'un qui joue la comédie. Pour que l'entrée en scène de Tartuffe soit pleinement une entrée en scène, il faut d'abord qu'on le voie effectivement entrer en scène. Il ne faut donc pas que le personnage de Tartuffe soit déjà en scène quand le rideau se lève au début de l'acte. Il ne faut pas, non plus, que le rideau se lève et qu'on voie Tartuffe entrer sur une scène vide. Car l'entrée en scène d'un acteur se fait devant un public. Tartuffe, lui, a besoin d'un double public : il a besoin, comme tous les acteurs, du public qui est dans la salle, mais, en tant qu'hypocrite, il a besoin aussi d'avoir un public sur la scène. Et il faut que le public qui est sur la scène attende son arrivée, comme l'attend celui qui est dans la salle. Pour que l'entrée en scène de Tartuffe soit pleinement une entrée en scène, il ne faut donc pas qu'il entre en scène au tout début de l'acte. Mais il faut aussi qu'il entre en scène presque au début de l'acte, et non pas au milieu ou vers la fin de l'acte, afin qu'il ne soit rien passé d'important, que rien n'ait vraiment eu lieu depuis le lever du rideau, rien qui puisse, si peu que ce soit, émousser l'effet que doit produire l'entrée en scène de Tartuffe. Laurent, serrez ma haire avec ma discipline, le spectateur pût déjà voir l'imposteur en action. La didascalie qui précède la première réplique de Tartuffe [« apercevant Dorine»] est destinée à indiquer quel doit être alors le jeu de l'acteur. Il faut que le spectateur voie bien que c'est au moment où Tartuffe aperçoit Dorine et parce qu'il l'aperçoit, qu'il se met à interpeller son valet qu'il n'aurait pas songé à interpeller s'il avait vu, au moment d'y entrer, que la scène était vide. Il faut, bien que cela doive être très rapide, qu'on le voie clairement mettre son masque et composer son personnage. Il doit, en entrant en scène, embrasser le plateau d'un coup d'œil rapide et prudent, mais néanmoins visible, et, après avoir aperçu Dorine, détourner aussitôt les yeux en essayant de faire comme s'il ne l'avait pas vue pour lui donner l'impression qu'il se croit seul. Laurent, serrez ma haire avec ma discipline. Si ce vers ne manque pas de faire rire le spectateur, c'est parce qu'il ne saurait croire un seul instant ce que veut faire croire Tartuffe : qu'il porte une haire [13] et se donne la discipline [14] . Car Molière a tout fait pour qu'il ne pût le croire un instant [15]. Comment pourrait-il le croire, en effet, après tout ce qu'il a appris sur la condition physique de Tartuffe et sur le régime qu'il suit ? Si Tartuffe était homme à porter la haire et à se donner la discipline, il n'irait pas se coucher le soir « au sortir de la table » et ne dormirait pas toute la nuit, comme un animal repu, « dans son lit bien chaud » [16] : il coucherait sur une simple paillasse et passerait une partie de sa nuit en prières. Si Tartuffe était homme à porter la haire et à se donner la discipline, à table, il ne mangerait pas « autant que six » [17], il n'engloutirait pas, le soir, au souper, « deux perdrix avec une moitié de gigot en hachis » [18], il ne s'enverrait pas, le matin, au réveil, « quatre grands coups de vin » [19] : il jeûnerait, il pratiquerait l'abstinence et vivrait principalement de pain et d'eau. Si Tartuffe était homme à porter la haire et à se donner la discipline, il serait maigre et pâle, au lieu qu'il est « gros et gras » [20] et qu'il a « l'oreille rouge et le teint bien fleuri » [21]. Et priez que toujours le Ciel vous illumine. En invitant son valet à prier pour que le Ciel l'illumine, Tartuffe veut évidemment laisser entendre que lui-même a cette pieuse habitude et qu'il s'en trouve fort bien. Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers Il se souvient, en effet, de ce qu'0rgon disait à Cléante à la scène 5 de l'acte I : Je lui faisais des dons; mais avec modestie Et le rapprochement des deux textes lui permet de deviner encore plus aisément le jeu de Tartuffe. De même qu'en faisant la charité aux pauvres, il se servait d'eux, en réalité, pour convaincre encore un peu plus Orgon de sa sainteté et l'inciter ainsi à se montrer encore plus généreux envers lui, de même il se sert maintenant des prisonniers (et sans doute a-t-il aussi d'autres œuvres dont il prétend s'occuper) pour continuer à soutirer à Orgon un argent que celui-ci n'a plus guère de raisons de lui donner maintenant qu'il l'a recueilli chez lui. Car, de même qu'il ne distribuait aux pauvres qu' « une partie » de l'argent qu'Orgon lui donnait, de même on peut être sûr qu'il ne porte aux prisonniers qu'une partie, et une petite partie sans doute, des aumônes qu'il reçoit. Il ne leur « partage » que ce qu'il n'a pas gardé pour lui. Et comme celui qu'il distribuait aux pauvres devant Orgon, cet argent qu'il porte aux prisonniers, n'est pas un argent perdu, mais un investissement, puisque Tartuffe s'en sert à la fois pour inciter Orgon à lui donner toujours plus d'argent et pour entretenir la fervente admiration que nourrit sa dupe pour son ardente charité [25]. Ajoutons que, si la charité ostentatoire de Tartuffe semble s'exercer en priorité à l'égard des prisonniers, c'est très probablement, ainsi que les commentateurs l'ont relevé depuis longtemps [26], parce que Molière a voulu ainsi faire allusion à ce qui était une des principales activités de la pieuse Société qui a joué un si grand rôle dans l'interdiction du Tartuffe : la Compagnie du Très Saint-Sacrement de l'Autel. Nous allons, d'ailleurs, la retrouver très bientôt. Que d'affectation et de forfanterie ! Molière ne l'ayant pas indiqué, il n'y a pas lieu de supposer que la réplique de Dorine doive être dite en aparté. On peut pourtant penser qu'elle doit être dite à mi-voix, assez fort pour que Tartuffe puisse entendre ce qu'elle dit (car Dorine a certainement envie qu'il l'entende), mais pas assez fort pour qu'il ne puisse pas faire semblant de n'avoir pas entendu (car Dorine, qui a une commission à lui faire, ne veut pas qu'il se fâche et s'en aille sans vouloir l'écouter). Que voulez-vous ? Mais, Dorine se disposant à lui faire part du souhait d'Elmire de s'entretenir avec lui (« Vous dire… »), il l'interrompt précipitamment pour lui offrir un mouchoir [27] qu'il tire de sa poche : ………Ah ! mon Dieu, je vous prie, Dorine ne comprend pas (« Comment ? ») l'espèce de soudain affolement de Tartuffe (« Ah ! mon Dieu ») et la demande aussi pressante qu'étrange qu'il lui adresse : pourquoi, diable, devrait-elle prendre un mouchoir avant de lui parler ? Que pourrait-il bien arriver, à elle ou à Tartuffe, si elle lui parlait sans mouchoir ? Le spectateur ne peut que partager l'étonnement de Dorine. Comme celle de Dorine, sa curiosité est en alerte. Il attend, avec une certaine impatience, que Tartuffe s'explique et lui donne le clef de l'énigme. Et c'est justement tout l'art de Molière d'avoir su ainsi préparer, pour lui donner le plus grand relief possible, la célèbre injonction de Tartuffe à Dorine : Couvrez ce sein que je ne saurais voir : Par ces vers Tartuffe entend compléter l'image qu'il veut donner de lui-même, celle d'un parfait dévot, et achève ainsi de se présenter à nous comme le parfait hypocrite que nous attendions. Dans les quatre premiers vers, il avait voulu faire admirer l'ardeur de sa piété et de sa charité. C'est sa chasteté qu'il veut maintenant faire admirer. Le parfait dévot n'est pas seulement pieux et charitable : il a horreur de l'impureté. Et, sur ce plan, comme sur celui des manifestations de la piété, le jeu de Tartuffe apparaît encore plus outré, encore plus caricatural que ce à quoi l'on pouvait s'attendre. Certes on pouvait s'attendre à voir paraître un personnage passablement pudibond, ou plutôt feignant de l'être. Le valet ayant été formé par le maître, il était facile d'imaginer le comportement de celui-ci à partir de ce que Dorine disait de celui-là : Il vient nous sermonner avec des yeux farouches, Mais la réaction de Tartuffe devant le décolleté de Dorine [29] va plus loin. Il ne s'agit plus seulement de faire semblant de condamner la coquetterie. Tartuffe veut faire croire que la seule vue d'un petit bout de chair féminine lui inspire une insurmontable répulsion. Il ne dit pas qu'il ne veut pas voir le sein de Dorine; il dit qu'il ne saurait le voir, comme si, plus que d'un refus de la volonté, il s'agissait d'un refus, d'une révolte de tout son être fondamentalement allergique à de « pareils objets ». Notons que, comme les visites qu'il fait aux prisonniers, l'anathème que Tartuffe lance contre les décolletés constitue quasi certainement, de la part de Molière, une allusion aux Confrères du Très Saint-Sacrement de l'Autel. Ceux-ci, en effet, semblent s'être beaucoup préoccupés de « l'immodestie » des toilettes féminines et particulièrement de ce qu'un livre généralement attribué à l'abbé Jacques Boileau appellera « l'abus des nudités de gorge » [30]. Vous êtes donc bien tendre à la tentation, La tournure de la phrase est affirmative, mais, la ponctuation l'indique, le ton est interrogatif. Ce ton interrogatif est évidemment très ironique. Dorine affecte d'être stupéfaite de l'effet que la chair fait sur Tartuffe. Elle feint d'avoir du mal à accepter la conclusion (« donc ») que le comportement et les paroles de Tartuffe semblent pourtant imposer. Mais il lui faut se rendre à l'évidence; le fait est là : le rigide, le rigoriste Tartuffe est « tendre à la tentation »; ce grand « spirituel » qui voudrait faire croire qu'il ne s'intéresse qu'au salut des « âmes » a visiblement bien du mal à dominer ses « sens »; ce dévot si pudique est manifestement un individu des plus lubriques. Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte : Elle continue à faire semblant d'avoir décidément (« certes ») le plus grand mal à comprendre que la seule vue d'un peu de chair puisse faire une telle impression et elle feint d'être obligée, pour se convaincre de l'exceptionnelle lubricité de Tartuffe, de se livrer à un véritable raisonnement. La preuve, dit-elle à Tartuffe, que vous est étonnamment prompt à « convoiter » [31], c'est que moi, que vous affectez pourtant de considérer comme une dévergondée, je le suis beaucoup moins que vous, et la preuve que je le suis beaucoup moins que vous, c'est que, si vous étiez tout nu, toute votre peau ne me dirait vraiment rien du tout. La logique faussement naïve de ce raisonnement est aussi plaisante qu'elle est mortifiante pour Tartuffe. Ayant affaire à un comédien, Dorine s'amuse à lui rendre la monnaie de sa pièce en jouant les innocentes. Son ton n'est aucunement celui de l'indignation, mais bien plutôt celui de la constatation tranquille, bien qu'étonnée. Elle feint de chercher seulement à comprendre et à bien se faire comprendre. Si elle s'interroge sur l'effet que pourrait lui faire la vue d'un homme entièrement nu, c'est seulement pour faire une sorte d'expérience et obtenir ainsi un élément de comparaison qui lui permettra d'apprécier d'une manière plus exacte la lubricité de Tartuffe. Si, pour cette expérience, elle prend l'exemple de Tartuffe, c'est seulement parce qu'il est devant elle et que, tout naturellement, c'est le premier exemple qui lui vient à l'esprit. Si elle procède au déshabillage imaginaire de Tartuffe d'une manière volontairement très insistante (« du haut jusques en bas… toute votre peau »), ce n'est aucunement sur un ton provocant, mais bien plutôt sur le ton de quelqu'un qui cherche seulement à être clair et précis [32]. Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles, Tartuffe a manifestement bien du mal à comprendre comment les femmes peuvent s'enticher de galants si compromettants au lieu de s'attacher aux gens qui, comme lui, savent offrir à leurs maîtresses De l'amour sans scandale et du plaisir sans peur [34]. Lui qui voulait faire croire à Dorine, au début de la scène, qu'il venait, par esprit de pénitence et de mortification, de s'infliger des coups de discipline, il vient de recevoir, grâce à elle, une correction, qui, pour n'être pas corporelle, vaut largement celle qu'il ne s'est pas donnée. Aussi ne lui reste-t-il plus qu'à essayer de se draper dans sa dignité offensée et à menacer de se retirer, si Dorine ne change pas de style : Mettez dans vos discours un peu de modestie, Car, quand il a affaire à trop forte partie, Tartuffe a sagement recours à la fuite. C'est ce qu'il fera, à la scène 1 de l'acte IV, incapable de répondre aux arguments de Cléante : Il est, Monsieur, trois heures et demie : Mais, quelque plaisir qu'elle puisse prendre à se jouer de Tartuffe, Dorine n'oublie pas qu'elle a une mission à remplir : Non, non, c'est moi qui vais vous laisser en repos, Elle annonce donc à Tartuffe qu'elle cesse les hostilités, tout en lui décochant, sans avoir l'air d'y toucher, une dernière flèche : en lui disant qu'elle va le « laisser en repos », elle veut lui faire bien comprendre, pour qu'il n'ait aucune illusion, qu'elle est pleinement consciente de l'avoir mis fort mal à l'aise et que c'était précisément son intention. Puis elle s'acquitte de la commission que lui a confiée Elmire, en « deux mots », mais sur un ton et dans des termes (« la grâce ») qui sont de nature à donner des espérances à Tartuffe et à lui faire croire qu'il pourrait bien s'agir d'un rendez-vous galant. Dorine qui, nous le savons, soupçonne fort Tartuffe d'être amoureux d'Elmire, profite de l'occasion pour se livrer ici à une petite expérience, dont le résultat ne va pas manquer de la confirmer dans ses soupçons, comme le prouve la façon dont elle va commenter « en soi-même » la réponse de Tartuffe : Hélas ! très volontiers. - Comme il se radoucit ! En effet, outre que, comme Dorine ne manque pas de le remarquer, le ton de Tartuffe « se radoucit » comme par enchantement, l'ambiguïté de sa réponse est aussi révélatrice qu'elle est comique. Constituée de deux éléments (« hélas ! » et « très volontiers ») apparemment contradictoires, la réponse de Tartuffe est pour le moins inattendue et peut paraître absurde. Si le second ne pose évidemment aucun problème d'interprétation, on peut hésiter sur le sens exact du premier. Le « hélas » pourrait s'expliquer par le fait que l'imposteur, connaissant son point faible (et ce qui vient de se passer avec Dorine est là pour le lui rappeler), redouterait, autant qu'il le souhaite, de se trouver en tête-à-tête avec Elmire. Mais il est plus probable que, tout à la joie que lui donne la nouvelle qu'Elmire souhaite avoir un entretien avec lui, nouvelle qui constitue pour lui une divine surprise, Tartuffe ne pense guère pour l'instant au danger qu'il pourrait courir. S'il dit « hélas », c'est bien plus probablement en songeant à tous ces moments où il a rêvé, sans trop oser y croire, d'être seul à seule avec Elmire et de pouvoir enfin lui déclarer sa flamme, moments qu'il évoquera à la scène suivante, lorsqu'il dira à Elmire en parlant de leur tête-à-tête : C'est une occasion qu'au Ciel j'ai demandée, On pourrait rapprocher le « hélas » de Tartuffe de la fameuse exclamation, « Le pauvre homme ! [37]» , si illogique, en apparence, par laquelle Orgon ponctue, à quatre reprises, les informations, pourtant bien peu alarmantes, que lui donne Dorine sur son protégé. Mais, s'il s'apitoie si mal à propos sur le Tartuffe que lui dépeint Dorine, ce Tartuffe « gros et gras », qui mange « deux perdrix » et « une moitié de gigot » à son souper, qui passe tout sa nuit à dormir paisiblement « dans son lit bien chaud » et qui s'envoie, en se réveillant, « quatre grands coups de vin », c'est qu'il revoit en imagination l'individu miséreux et famélique qu'était Tartuffe avant qu'il ne le recueille chez lui., et que Tartuffe reste toujours dans l'esprit d'Orgon. Viendra-t-elle bientôt ? Elmire arrive alors, et Dorine prend rapidement congé de Tartuffe : ……………Je l'entends, ce me semble. non, sans doute, par une ultime malice, sans souligner intentionnellement le dernier mot qu'elle prononce : « ensemble «. Elle s'en va, en tout cas, plus convaincue que jamais que Tartuffe a bien, comme elle le disait à Damis, « douceur de cœur [38]» pour Elmire. Et tel est, bien sûr, aussi le sentiment du spectateur. Aussi, contrairement a M. Jacques scherer [39], ne sera-t-il aucunement surpris par le comportement de Tartuffe au début de la scène suivante. Pleinement convaincu, à la fin de cette scène, que, comme Dorine vient d'en faire l'expérience, la chair féminine, en général, fait une « grande impression » sur Tartuffe, et qu'en particulier, il est spécialement sensible au channe d'Elmire, le spectateur s'attend d'autant plus à ce qu'il se montre très entreprenant que l'annonce de la venue d'Elmire qui souhaite le voir en tête-à-tête lui a apparemment donné des espoirs que Dorine, d'une manière discrète mais efficace, a largement contribué à faire naître. ¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤ ¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤ Simple scène de transition du point de vue dramatique, la brève scène 2 de l'acte III n'en est pas moins, au même titre que les scènes 1,4 et 5, de l'acte I, les scènes 3 et 6 de l'acte III et la scène 5 de l'acte IV, une des grandes scènes du Tartuffe. Orgon disait à Cléante, a la scène 5 de l'acte I, que pour savoir vraiment qui était Tartuffe, il fallait absolument faire sa connaissance, le voir et l'entendre en personne. Il avait tort, bien sûr, puisque, pour l'essentiel, nous savions déjà fort bien qui était Tartuffe avant de le voir paraître et que cette scène ne nous a rien appris de vraiment nouveau. Il n'en reste pas moins que Tartuffe méritait bien d'être connu et que, pour apprécier pleinement ce personnage hors du commun, il fallait, en effet, le voir et l'entendre lui-même.
NOTES : [1] Rappelons seulement quelques exemples très célèbres, comme ceux d'Horace dans Horace, d'Auguste dans Cinna, de Cléopâtre dans Rodogune, de Célimène dans Le Misanthrope, d'Hermione dans Andromaque, de Néron dans Britannicus, de Titus dans Bérénice, de Bajazet dans Bajazet, de Mithridate dans Mithridate ou d'Athalie dans Athalie. [2] On peut dire que Tartuffe a été, pendant les deux premiers actes, au centre de tous les propos et de toutes les discussions. C'est le cas de la grande discussion qui, a la scène 1 de l'acte I, oppose Madame Pernelle a tout le reste de la famille; c'est le cas des confidences que Dorine fait à Cléante à la scène 2; c'est des nouvelles de Tartuffe qu'Orgon demande à Dorine à la scène 4; c'est à propos de Tartuffe que Cléante et Orgon s'opposent à la scène 5; c'est pour lui parler de Tartuffe qu'Orgon a voulu voir Mariane seul a seule à la scène 1 de l'acte II; c'est au sujet de Tartuffe que Dorine se querelle avec Orgon à la scène 2, et qu'elle fait des remontrances à Mariane a la scène 3. Il n'y a que dans la scène 4 de l'acte II que le personnage de Tartuffe passe momentanément à l'arrière-plan, bien que le projet d'Orgon de lui faire épouser Mariane soit à l'origine du dépit amoureux qui oppose Mariane et Valère. [3] Auguste, dans Cinna, est sans doute, avec Tartuffe, le personnage de théâtre dont l'entrée en scène est attendue avec le plus d'impatience et de curiosité. Mais, outre que cette entrée en scène ne se fait attendre que pendant un acte, si l'on n'a pas cessé de parler de lui, si l'on a, pour ainsi dire, parlé que de lui pendant tout le premier acte, bien loin qu'il ait suscité, comme Tartuffe, des jugements aussi catégoriques que diamétralement opposés, on n'a guère entendu sur lui que les propos très vigoureux, mais concordants d'Emilie et de Cinna. Seule Fulvie, à la scène 2, a fait entendre une note différente lorsqu'elle a rappelé à Emilie tous les bienfaits dont Auguste n'avait cessé de la combler (voir vers 63-68). [4] Rappelons que « hypocrite » vient d'un mot grec qui signifie « acteur ». [5] En homme qui connaît son métier et sait se mettre à la place du spectateur, Molière nous a fait découvrir ce petit cabinet et les possibilités qu'il offre pour espionner les conversations, au début de l'acte II, lorsque, avant de parler à Mariane, Orgon a pris la précaution de s'assurer que personne ne s'y était caché (voir acte 11, scène 1, vers 428-430). Si, au début de la scène 4, la réplique de Damis sera précédée de l'indication scénique suivante « sortant du petit cabinet où il s'était caché», en revanche, c'est seulement dans l'édition de 1734 qu'une indication scénique précisera, à la fin de la scène 1, que « Damis va se cacher dans un cabinet qui est au fond du théâtre». Mais, si Molière n'a pas jugé nécessaire de le préciser, c'est évidemment parce qu'il a pensé que la chose allait de soi. Aussi bien, pendant trois siècles, Damis n'a jamais manqué, à la fin de la scène 1, d'aller se cacher dans le petit cabinet. Sur ce point, comme sur tant d'autres, Roger Planchon a cru bon d'innover dans ses deux mises en scène, celle de 1962 (Voir Op. cit., p. 86 et 88) et celle de 1973 (Voir Op. cit., p. 305), en faisant rester Damis sur la scène à l'arrivée de Tartuffe et assister à son entretien avec Dorine. Le résumé de la mise en scène de 1962 précise que Dorine s'adresse à Damis, lorsqu'elle commente les propos de Tartuffe en disant : « Que d'affectation et de forfanterie ! », et, chose beaucoup plus étrange, c'est à Damis que Tartuffe demande : « Viendra-t-elle bientot ? ». Est-il besoin de le dire, le choix de Roger Planchon, outre qu'il est eéidemment contraire à l'intention de l'auteur (le nom de Damis ne figure pas en tête de la scène), semble passablement absurde. Damis qui veut se cacher pour entendre la conversation de Tartuffe et d'Elmire, a évidemment tout intérêt à le faire avant l'arrivée de Tartuffe. De plus, et c'est sans doute ce qui le rend le plus regrettable, le choix de Roger Planchon va à l'encontre de l'intention profonde de Molière, qui, pour mieux faire ressortir, des son entrée sur scène, l'hypocrisie de Tartuffe, a voulu qu'il ait à affronter en tête-à-tête le personnage qui est le plus ennemi de l'hypocrisie et qui en est le plus dénué : Dorine. [6] Voir les vers 844-845 :
Rappelons que la scène se situe dans une « salle basse » comme dira Dorine au vers 873, c'est-à-dire dans une salle du rez-de-chaussée où sont les pièces de réception, tandis que les chambres sont à l'étage. À la scène 3 de l'acte I, Elmire annonce qu'elle va attendre « là-haut » (vers 214) son mari qui vient de rentrer de voyage. La chambre de Tartuffe est donc à l'étage, ce pourquoi, pour se débarrasser de lui, il dit à Cléante, à la scène 1 de l'acte IV (vers 1267) :
[7] Op. cit., tome I, p. 884. Rappelons que « d'abord » a le sens de « tout de suite, aussitôt ». [8] Molière a pris soin de nous apprendre que le valet de Tartuffe s'appelait Laurent, lorsqu'il a fait dire à Dorine, au début de la pièce, en parlant de Tartuffe (acte I, scène 1, vers 71-72) : ……… À lui, non plus qu'a son Laurent, ……… Je ne me fierais, moi, que sur un bon garant. [9] Molière n'a vraisemblablement pas prévu de faire paraître Laurent sur la scène, car, outre qu'il n'a rien à dire, son nom ne figure pas dans la liste des personnages, alors qu'y figure celui de Flipote, qui n'a rien à dire, non plus, mais qui, elle, est effectivement présente sur la scène (à défaut d'avoir quelque chose à dire, elle reçoit un soufflet). Cette hypothèse est, d'ailleurs, corroborée par une intéressante indication scénique de l'édition de 1734 : au lieu de « apercevant Dorine», on trouve, en effet : « parlant haut à son valet, qui est dans la maison, dès qu'il aperçoit Dorine». Cette indication reflète très vraisemblablement un usage bien établi et qui pourrait fort bien remonter à la création de la pièce, tant il semble s'imposer. Si Laurent est, non pas sur la scène, mais « dans la maison », et, qui plus est, à l'étage, Tartuffe, pour faire semblant de lui parler, est obligé de parler « haut », et c'est précisément pour lui permettre de parler haut, que Molière n'a sans doute pas voulu que Laurent parût sur la scène. Le fait que le nom de Laurent figure en tête de la scène est donc assez surprenant. Mais il pourrait s'agir d'une inadvertance ou d'une erreur due au fait que le nom de Laurent est le premier mot de la scène. Au moment de composer son nom, alors qu'il venait de composer ceux de Tartuffe et de Dorine pour les mettre en tête de la scène, l'imprimeur a pu croire que Laurent avait été oublié et vouloir réparer l'oubli. Il aurait été, en tout cas, très étonnant qu'il ne s'étonnât pas de voir interpellé au début de la scène un personnage dont la présence n'avait pas été annoncée. Relevons à ce sujet les propos assez déroutants de M. Robert Horville, qui écrit à propos de la représentation du 5 février 1669 : « Il convient de noter que nous ignorons à qui étaient confiés les rôles de Flipote, de Laurent et de l'exempt; mais le valet de Tartuffe ne paraît pas en fait sur scène » (Le Tartuffe, Hachette 1973, collection "Poche critique", p. 31). M. Horville me paraît avoir tout a fait raison de penser que Laurent « ne paraît pas en fait sur scène », mais, cela étant, je n'arrive pas a comprendre comment il peut s'inquiéter de savoir à qui le rôle a été confié.
[10] C'est le cas notamment de Roger Planchon dans les deux mises en scène qu'i] a signées. Voici comment la description de la mise en scène de 1962 évoque le début de la scène 2 : « On voyait entrer un homme rougeaud, l'air assez fort, rondelet qui joignait les mains et qui gagnait le centre du plateau, à pas lents, avec des gestes onctueux : c'était Laurent. II précédait de peu Tartuffe qui entrait d'un pas vif, jetait un regard à Dorine, s'approchait de Laurent, lui parlait sur un ton préoccupé et, lui donnant sa haire et sa discipline, d'un geste, il lui donnait un ordre » (Op. cit., p. 86). En 1973, c'est Tartuffe qui entre le premier: « Tartuffe entre, suivi de Laurent, par la petite porte du fond […]. Laurent porte un haut-de-chausse, des bas et des escarpins noirs, une chemisette blanche laissant ses bras nus. II a des lunettes. Sa tenue négligée indique à quel point il se sent a l'aise dans la maison d'Orgon » (Op. cit., p. 305). Notons que « cette tenue négligée » constitue un évident contresens pour qui se souvient du personnage que joue Laurent, à l'imitation de son maître, et de ce que Dorine a dit à Cléante de son comportement (acte I, scène 2, vers 205-210) :
[11] Chez Roger Planchon, au lieu de parler à la cantonade, Tartuffe prenait quasiment Laurent à part, si l'on se fie a la description de la mise en scène de 1962 qui dit que Tartuffe « s'approchait de Laurent, lui parlait sur un ton préoccupé » (Loc. cit.). Pour un peu, alu lieu de déclamer ses quatre premiers vers, il les aurait murmurés à l'oreille de son domestique.
[12] C'est de nouveau avec un quatrain que Tartuffe va saluer Elmire au début de la scène suivante (acte III, scène vers 879-882) :
[13] Voici comment Furetière définit la Haire : « petit vêtement tissu de crin en forme de corps de chemise, qui est rude et piquant, que les religieux austères ou les dévots mettent sur leur chair pour se mortifier et faire pénitence. Il s'en fait en forme de réseaux, afin qu'il y ait des nœuds qui incommodent davantage. Les Chartreux portent perpétuellement la haire ». II cité ensuite le vers de Tartuffe. [14] Voici comment Furetière définit la Discipline : « se dit aussi de l'instrument avec lequel on châtie ou l'on se mortifie, qui ordinairement est fait de cordes nouées, de crin, de parchemin tortillé. On peint saint Jérôme avec des disciplines de chaînes de fer, avec des molettes d'éperon […]». Et il cite également le vers de Tartuffe. [15] Le commentaire qu'inspire à Georges Couton le premier vers de Tartuffe, ne laisse pas d'être assez surprenant. Voici ce qu'il écrit : « Que Tartuffe commette le péché d'orgueil en proclamant de la sorte qu'il porte la haire et se donne la discipline n'est pas douteux. Se livre-t-il véritablement à ces mortifications ? On peut se poser la question et il n'est pas impossible qu'au péché d'orgueil il ajoute le mensonge »; et il ajoute un peu plus bas : « A en juger par son comportement avec Dorine (cf. v. 862), puis avec Elmire (v. 916, notamment) Tartuffe paraît bien être de ceux pour qui la discipline a des effets aphrodisiaques. Mais Molière a-t-il voulu suggeérer cela ? » (Op. cit., p. 1353, note 1 de la page 938). Comment M. Couton peut-il se poser une question qui ne se pose aucunement tant la réponse négative s'impose immédiatement ? Non, Tartuffe ne se livre pas à ces mortifications ni à aucune autre. II est si peu « impossible qu'au péché d'orgueil il ajoute le mensonge » qu'on ne saurait en douter un seul instant. Georges Couton ne semble pas avoir très bien compris que Tartuffe était un imposteur. Quant à l'hypothèse qu'il pourrait utiliser la discipline comme aphrodisiaque, Georges Couton a assurément bien raison de n'être pas sûr que Molière ait "voulu suggérer cela". On peut même être tout à fait sûr qu'il n'y a pas pensé un seul instant. Car, s'il y a une chose dont Tartuffe n'a pas besoin, c'est bien d'aphrodisiaques. II aurait plutôt besoin de bromure. C'est en tout cas l'opinion de Dorine, et elle va se faire le malin plaisir de le lui dire dans un instant (voir 863-864). [16] Voir acte I, scène 4, vers 245-248. [17] Voir acte I, scène 2, vers 192. [18] Voir acte I scène 4, vers 238-240. [19] Ibidem, vers 255. [20] Ibidem, vers 234. [21] Voir acte II, scène 3, vers 647. [22] Op. cit., p. 85. [23] Ibidem. On ne comprend pas très bien pourquoi M. Guicharnaud emploie ici le pluriel (« tous les personnages ») alors que tous les traits auxquels il fait allusion, sont empruntés à la tirade d'Orgon à la scène 5 de l'acte I. [24] Vers 293-294 et 297-298. [25] On peut certes se demander s'il arrive bien à Tartuffe d'aller distribuer aux prisonniers un argent qu'il préférerait évidemment garder pour lui. Pourtant, s'il ne le fait peut-être pas aussi souvent qu'il veut le faire croire, et s'il ne donne certainement aux prisonniers qu'une partie de l'argent qu'il reçoit, il est très probable qu'il s'impose effectivement de le faire de temps en temps (cela fait partie de ses frais professionnels), en s'arrangeant, bien sûr, pour que ce soit devant témoins. [26] C'est le cas notamment de Georges Couton qui indique que le père jésuite A. Bonnefons, dans un livre publié pour la première fois en 1637 et très souvent réédité, Le Chrétien charitable qui va visiter les prisonniers, les malades, les pauvres, les agonisants, mentionne quatre compagnies qui s'adonnent tout particulièrement à la visite des prisons, et, parmi elles, la Compagnie du Très Saint-Sacrement de l'Autel. [27] Rappelons que le mot « mouchoir », au XVIIe siècle, désigne deux objets différents : le « mouchoir de poche » ou « mouchoir à moucher », c'est-à-dire notre mouchoir actuel, et le « mouchoir de cou », c'est-à-dire, nous dit Furetière, un « linge garni ordinairement de dentelles exquises, dont les dames se servent pour cacher et pour parer leur gorge ». C'est un « mouchoir de cou » qu'à la scène 2 de l'acte II, Dorine accuse Laurent d'avoir déchiré, puisqu'il le considère comme faisant partie des « parures du diable ». Mais c'est évidemment un « mouchoir de poche » que Tartuffe « tire de sa poche » pour l'offrir à Dorine, conférant donc, par ce geste, à un simple « mouchoir à moucher », une dignité et une fonction qui non seulement ne sont pas les siennes, mais que sa fonction propre (on aimerait savoir si Tartuffe s'en est déjà servi) semble rendre peu apte à remplir . [28] Loc. cit. [29] N'allons pas imaginer que le décolleté de Dorine est véritablement provocant. Comme le fait remarquer M. Jacques Scherer, « Rien ne permet de supposer que Dorine soit vêtue de façon particulièrement inconvenante, que sa robe soit décolletée au-delà de ce qui est d'usage au XVIIe siècle. Les gravures du temps confirment d'ailleurs que son habillement est parfaitement normal » (Op. cit., p. 243). [30] Sur ce livre, De l'abus des nudités de gorge, qui a été édité pour la première fois à Bruxelles en 1675 et qui a connu plusieurs rééditions et a même été traduit en anglais dès 1678, comme, plus généralement, sur les inquiétudes que donnaient aux dévots, et notamment aux confrères de la Compagnie du Très-Saint Sacrement de l'Autel, la tenue des femmes et tout particulièrement leurs décolletés, voir Herman Prins Salomon, Tartuffe devant l'opinion française, P.U.F., 1962, p.18-28. [31] Rappelons qu'au XVIleme siècle, le verbe « convoiter » s'emploie tout particulièrement, et notamment lorsqu'il est pris absolument, pour parler du désir sexuel. Furetière, après avoir donné le sens général de « convoiter » (« désirer ardemment le bien d'autrui »), ajoute qu'il « se dit plus particulièrement des désirs de chair. Il n'est pas permis de convoiter la femme d'autrui, d'avoir désir d'en avoir la jouissance », et il cité les deux vers de Dorine :
[32] Le rythme et les sonorités des vers 867-868 :
[33] Acte Ill, scène 3, vers 989-994. [34] Ibidem, vers 1000. [35] Acte IV, scène 1, vers 1266-1268. [36] Acte Ill, scène 3, vers 901-902. [37] Acte I, scène 4, vers 235, 241, 249 et 256. [38] Voir acte Ill, scène 1, vers 837. [39] Voici, en effet, ce qu'il écrit à propos du comportement de Tartuffe dans cette scène : « Ses intentions vis-à-vis d'Elmire ne sont pas dévoilées; son inclination pour elle n'est indiquée que dans une suggestion fort discrète. Le spectateur assistera donc avec une certaine surprise et une sorte de plaisir horrifié à la scène suivante » (Op. cit., p. 133). Certes, Tartuffe n'a pas dit à Dorine qu'il allait essayer de séduire Elmire et lui faire une déclaration en forme. Car il n'avait assurément aucune raison de le lui dire. Mais le spectateur n'a aucunement besoin que Tartuffe dévoile à l'avance ses intentions pour prévoir qu'Elmire va avoir à se défendre contre ses avances, et il en rit d'avance. [40] Rappelons ce qu'elle a dit (acte I, scène 1, vers 7984) : Oui; mais pourquoi, surtout depuis un certain temps, Ne saurait-il souffrir qu'aucun hante céans ? En quoi blesse le Ciel une visité honnête, Pour en faire un vacarme a nous rompre la tête ? Veut-on que la-dessus je m'explique entre nous ? Je crois que de madame il est, ma foi, jaloux. Elle se montre, de nouveau, prudente, à la scène 1 de l'acte III, lorsqu'elle dit à Damis, pour l'engager à laisser agir Elmire (vers 835-838) : Sur l'esprit de Tartuffe elle a quelque crédit; Il se rend complaisant et tout ce qu'elle dit, Et pourrait bien avoir douceur de cœur pour elle. Plût adieu qu'il fût vrai ! la chose serait belle ! On le voit, elle emploie le conditionnel (« pourrait », « serait »). La chose lui paraît tellement énorme qu'elle a presque autant de peine à y croire que d'envie de le faire.
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