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....................Conclusion

 

C'est peu de dire que le livre de René Girard est un tissu d'inepties : c'est un livre totalement insensé. On sort de sa lecture soûlé par tant de sottises, sonné par tant de sornettes, abasourdi par tant d'absurdités. On titube stupéfié par tant de stupidités. On est pétrifié, saisi d'hébétude, on a la plus grande peine à résister à l'envie de se précipiter pour se taper la tête contre les murs.
Le nombre de livre et d'articles que l'on a écrits sur Shakespeare étant absolument phénoménal, il va de soi que René Girard n'est pas le premier à avoir proposé des interprétations totalement arbitraires de ses œuvres. Mais, si de nombreux critiques, avant René Girard, ont dit des âneries sur l'auteur d'Hamlet, il peut certainement se flatter d'avoir battu tous les records dans ce domaine. Aucun autre livre sur Shakespeare assurément ne peut prétendre à une sottise aussi soutenue, aussi intensive, aussi massive, à une imbécillité aussi abyssale. Non content de prétendre sans cesse faire dire à Shakespeare ce qu'il ne songe aucunement à dire, à savoir que le désir est foncièrement mimétique, il refuse continuellement de prendre en compte les textes si nombreux dans lesquels Shakespeare souligne le rôle du regard dans la naissance du désir, où il nous montre l'amour naissant spontanément, directement et le plus souvent instantanément à la seule vue de l'être aimé. Loin d'être le grand peintre du désir mimétique, comme le prétend René Girard, Shakespeare est par excellence le peintre de l'amour « at first sight ». 
Mais le plus stupéfiant, c'est que loin de se rendre compte qu'il ne cesse de trahir Shakespeare pour en faire le grand précurseur du girardisme, René Girard ne craint pas d'accuser les autres critiques d'annexer Shakespeare et de lui prêter leurs préjugés personnels : « Le plus curieux est que les critiques qui ne lisent jamais vraiment le texte de Shakespeare sont les mêmes, en règle générale, qui affirment haut et fort le primat du texte et leur indifférence à tout ce qui pourrait les détourner de lui. La vraie tâche du critique, proclament-ils, est de lire le texte, tout le texte, rien que le texte. Cela ne les empêche pas de projeter toujours sur Shakespeare leurs propres préjugés, les éternels préjugés dits “modernes” en faveur du désir, les mêmes à vrai dire que ceux des personnages eux-mêmes » (p. 212).
Devant un tel culot, comment ne pas tomber sur le cul ? Il y a effectivement, il y a toujours eu et il y aura toujours des critiques, qui, tout en prônant le respect des textes, ne cessent de vouloir leur faire dire, non ce que qu'ils disent effectivement, mais ce qu'ils auraient voulu qu'il disent. Mais jamais personne n'a été plus mal placé que René Girard pour le leur reprocher, car jamais personne n'a autant que lui pratiqué le mépris des textes, si ce n'est peut-être Lucien Goldmann dans Le Dieu caché, qui n'a heureusement jamais obtenu l'extraordinaire notoriété de René Girard et dont l'audience n'a pas survécu à la chute du communisme.
Le premier problème qui se pose, une fois que l'on commence à se remettre de l'effarement que procure la lecture de Shakespare : Les feux de l'envie est d'expliquer comment quelqu'un a pu écrire un livre d'une stupidité aussi phénoménale. Et la première réponse qui vient à l'esprit, c'est évidemment que son auteur doit être lui-même d'une stupidité tout à fait phénoménale. Cette réponse ne saurait pourtant être sérieusement retenue et cela à cause même de l'incroyable stupidité de ce livre. Quelqu'un qui est capable d'écrire des livres ne saurait être assez stupide pour écrire un livre aussi stupide. Logiquement, en effet, son auteur n'aurait jamais dû pouvoir apprendre à lire et à écrire. Or René Girard a beaucoup lu et beaucoup écrit. S'il n'a pas fait d'études très brillantes, ayant vite renoncé à préparer le concours de l'école Normale Supérieure, il a tout de même réussi celui de l'école des Chartes, établissement tout à fait estimable. Un Roland Barthes, lui, aurait été évidemment bien incapable de réussir ce concours. Mais la profonde imbécillité de Rolland Barthes ne saurait faire aucun doute, même si, pour faire plaisir à ses nombreux admirateurs, on pourrait peut-être à la rigueur envisager de leur concéder que c'était un imbécile relativement brillant ou du moins qui pouvait paraître brillant aux yeux des jobards.
Je suis, on l'aura compris, tout disposé à considérer René Girard comme un imbécile, mais je ne puis croire que son imbécillité puisse être à la hauteur de celle de son livre. Je l'ai souvent dit, la stupidité et l'absurdité des croyances religieuses sont telles que l'on ne saurait imputer le fait d'y adhérer à une seule faiblesse intellectuelle et, de fait, beaucoup de croyants font preuve, quand leur foi n'est pas en cause, d'une incontestable intelligence. Certains même sont des esprits tout à fait supérieurs et de grands savants. Même si la sottise favorise grandement la croyances religieuse, elle n'en est pas la seule explication ni même la principale et cela, sans doute, vaut même pour les croyant dont l'intelligence est médiocre. Il faut donc chercher une autre explication, et elle n'est pas très difficile à trouver. Un grand croyant, qui fut en même temps un très grand savant et un très grand écrivain, Blaise Pascal, nous la révèle lorsqu'il évoque « la misère naturelle de notre condition faible, mortelle et si misérable que rien ne nous peut consoler lorsque nous y pensons de près ». C'est, selon lui, parce que les hommes n'ont pas le courage de regarder en face leur condition qu'ils se réfugient dans ce qu'il appelle le « divertissement », dont relèvent selon lui toutes les activités humaines, mais il ne voit pas, il ne veut pas voir, que ce que les hommes ont inventé de mieux pour essayer de se masquer leur misère, ce sont les religions.
Pour en revenir à René Girard, il est très aisé de déterminer quel est le facteur qui, associé à une sottise naturelle d'un bon niveau, lui a permis d'atteindre aux plus hauts sommets de l'ineptie. Ce facteur, c'est un orgueil pharaonique, une mégalomanie inégalée et véritablement phénoménale, l'outrecuidance intellectuelle la plus incroyable. L'alliance de moyens intellectuels réduits et d'une ambition absolument démesurée constitue un mélange détonant qui est parfois capable de propulser un individu jusque sur les plus hautes cimes de la sottise humaine.
La folie de René Girard égale et sans doute même dépasse, si faire se peut, celle de Freud lui-même. Elle a en tout cas la même origine fondamentale : le désir d'être regardé comme un des plus grands génies que l'espèce hautaine ait jamais comptés. Freud s'est comparé lui même à Copernic et à Darwin. Quant à René Girard, si ses admirateurs l'ont comparé lui aussi à Darwin, ainsi qu'à Einstein, il n'est pas sûr qu'ils lui aient fait tout le plaisir qu'ils croyaient lui faire. Il a dû juger, en effet, que cette comparaison était plus flatteuse pour Darwin et Einstein que pour lui-même. Si Freud et René Girard sont fous, s'ils sont archi fous s'ils sont complètement fondus, c'est l'orgueil qui constitue le principal ingrédient, le fondement de leur folie. Quand il est, comme chez eux, immense, incommensurable, la dose de sottise nécessaire pour écrire les sottises les plus incroyables peut être relativement modérée.
Comme c'est souvent le cas, ce sont les débuts qui sont les plus difficiles, et il a tout de même fallu un peu de temps à René Girard pour se convaincre qu'il était bien le grand, le très grand René Girard. Mais dès qu'il a commencé à envisager sérieusement la possibilité qu'il pût vraiment être un génie, cette hypothèse lui a paru si séduisante qu'elle s'est assez vite imposée à lui avec la force de l'évidence : « C'est ça ! c'est bien ça ! ça ne peut pas être autre chose : je suis un génie et quel génie ! Je suis le plus grand géant de tous les plus grands géants de la pensée ».
La folie de René Girard s'est développée de la même façon que celle de Freud. Alors qu'ils cherchaient l'un et l'autre désespérément à se distinguer d'une manière éclatante, ils ont eu un jour une idée qui leur a paru de nature à pouvoir peut-être leur permettre d'exaucer leur vœu, bien quelle fût à première vue totalement arbitraire, complètement absurde, contraire à toutes les opinions les plus généralement répandues et à l'expérience universelle. Mais c'est cela même qui les a séduits, car ils se sont dit que s'ils parvenaient à prouver, ou du moins à en convaincre un grand nombre de gens, que cette idée en apparence si parfaitement extravagante, était non seulement vraie, mais qu'elle était d'une prodigieuse fécondité et susceptible de rendre compte innombrables phénomènes, alors ils auraient de bonnes chances de réaliser enfin leur grand rêve, celui de devenir non seulement un des plus grands hommes de leur époque, mais une de plus grands hommes, voire le plus grand homme de tous les temps.
Mais, si la théorie mimétique de René Girard a la portée universelle qu'il lui prête, si vraiment, comme il le prétend, elle jette une lumière éclatante sur tant de phénomènes, si elle éclaire d'une manière si lumineuse tous les rapports humains, si elle répond à toutes les questions, si elle résout tous les problèmes, alors elle aurait dû depuis très longtemps s'imposer avec évidence à la grande majorité des esprits. Aussi bien René Girard lui-même ne peut-il éviter de s'interroger : « Ou ma thèse est évidente depuis des siècles, ou elle ne le sera jamais » (p. 431). René Girard, bien sûr, n'hésite pas une seconde : il ne fait aucun doute à ses yeux que sa thèse est évidente depuis des siècles. Mais alors on en revient toujours à la même question à laquelle il ne saurait répondre, à laquelle personne ne saurait répondre : Pourquoi cette évidence a-t-elle jusqu'à lui échappé à tout le monde ?
Freud bien sûr n'échappe pas, lui non plus, à la même objection fondamentale, irréfutable, mortelle. Aussi bien une freudienne aussi fervente que Marthe Robert se croit-elle obligée d'évoquer « la question la plus troublante que pose l'apparition soudaine d'une vérité vraiment importante : pourquoi a-t-il fallu attendre tant de siècles une découverte qui ne demandait en somme qu'à voir le jour et que n'importe qui aurait pu faire ? Pourquoi Freud fut-il appelé à dire tout haut ce que l'homme savait sans le reconnaître et à quoi l'art, la philosophie, la littérature font depuis toujours allusion ? Qu'est-ce qui le destinait à ce rôle exceptionnel, grâce à quel concours de circonstances historiques, sociales, familiales, psychologiques lui fut-il donné de le jouer et de changer ainsi la face de son époque [1]? » Il est, en effet, impossible de répondre à cette question et le livre de Marthe Robert n'y répond pas. Mais il est, en revanche, très facile d'expliquer pourquoi on ne peu pas répondre à cette question : c'est tout simplement parce qu'elle ne se pose pas. Freud n'a, en effet, rien découvert du tout. Certes, il lui arrive à l'occasion de faire des remarques tout à fait pertinentes, mais alors, comme on l'a déjà souvent fait remarquer, il ne fait que redire ce que d'autres ont dit avant lui. Quand Freud est vraiment freudien, et c'est hélas ! presque toujours le cas, il ne dit que des foutaises.
Il en est de même pour René Girard. Il peut lui arriver à lui aussi, bien que ce soit rare, de dire des choses exactes ou de redire ce que d'autres comme Spinoza, Tocqueville ou Gabriel Tarde, ont déjà dit avant lui. Le mimétisme joue assurément un grand rôle dans les rapports humains et René Girard devrait s'en féliciter, car c'est lui qui explique pour une très large part l'extraordinaire notoriété dont il jouit. Mais quand René Girard est pleinement girardien ce qu'il est hélas ! le plus souvent, il ne nous sort que des sornettes, il n'énonce que des âneries. Le jour viendra, et cela ne tardera guère sans doute, où tout le monde se rendra compte que celui que l'on prenait pour le plus grand penseur de notre temps en était le plus grand bouffon.
Et l'on se demandera avec stupéfaction comment René Girard a pu jouir d'une notoriété aussi inouïe, comment on a pu autant chanter les louanges d'un individu aussi déjanté, comment on a pu célébrer comme un immense génie un personnage aussi complètement givré ? Mais l'on se souviendra alors que, dans le dernier demi-siècle, si René Girard s'est élevé plus haut qu'aucun de ses contemporains sur les trois cimes de la sottise, de la prétention et de la notoriété, bien d'autres crétins gratinés comme Roland Barthes, bien d'autres monstrueux imbéciles comme Lucien Goldmann ont bénéficié d'une immense audience, sans parler de Jacques Lacan, de Françoise Dolto et de tous les autres grands dingues, de tous les autres grands foldingues, de tous les autres grands louftingues de la secte psychanalytique. On se souviendra aussi que, pendant cette période, le monde universitaire aura été sous la coupe des tenants du structuralisme et de la sémiotique qui auront réussi à imposer à la grande majorité des étudiants la lecture de leurs livres aussi ineptes qu'indigestes, comme ceux d'Anne Ubersfeld ou de Georges Molinié, lequel est à mes yeux le plus grand grotesque de notre temps. Jamais peut-être, avant notre époque, on n'avait porté aux nues tant de nullités, jamais autant de connards inénarrables n'avaient été considérés comme incontournables.


NOTES :

[1] La Révolution psychanalytique, petite bibliothèque Payot, 2002 p. 45. Marthe Robert souligne justement l'immense orgueil de Freud, mais sans songer à se demander si ce trait essentiel de son caractère ne l'a pas porté à regarder comme de grandes découvertes des élucubrations absurdes : « le jeune Freud développa précocement l'ambition, la soif ardente de gloire qui est certainement l'un des trais les plus frappants de son caractère. Devenir célèbre, accomplir des prouesses dans l'ordre de l'action ou de la pensée, on peut croire qu'il voyait là l'un des moyens les plus puissants de forcer le monde à le reconnaître et à lui faire une vraie place » (p. 49).

 

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